Category: Psychomotricien

Concours de psychomotricité : formation, sélection, annales et conseils pour préparer les épreuves.

  • Psycho 2003 français

       

       

    CONCOURS D’ENTRÉE A L’INSTITUT SUPÉRIEUR DE RÉÉDUCATION PSYCHOMOTRICE

    ISRP Paris 2003

    17 mai 2003  – EPREUVE DE FRANÇAIS

    (Durée : 2 heures)

    Éloge de la différence

    « Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente », Saint Exupéry, Lettre à un otage. Cette évidence, tous nos réflexes la nient. Notre besoin superficiel de confort intellectuel nous pousse à tout ramener à des types et à juger selon la conformité aux types; mais la richesse est dans la différence.

    Beaucoup plus profond, plus fondamental, est le besoin d’être unique, pour «être» vraiment. Notre obsession est d’être reconnue comme une personne originale, irremplaçable; nous le sommes réellement, mais nous ne sentons jamais assez que notre entourage en est conscient. Quel plus beau cadeau peut nous faire l’«autre » que de renforcer notre unicité, notre originalité, en étant différent de nous ? Il ne s’agit pas d’édulcorer les conflits, de gommer les oppositions; mais d’admettre que ces conflits, ces oppositions doivent et peuvent être bénéfiques à tous.

    La condition est que l’objectif ne soit pas la destruction de l’autre, ou l’instauration d’une hiérarchie, mais la construction progressive de chacun. Le heurt, même violent, est bienfaisant; il permet à chacun de se révéler dans sa singularité; la compétition, au contraire, presque toujours sournoise, est destructrice, elle ne peut aboutir qu’a situer chacun à l’intérieur d’un ordre imposé, d’une hiérarchie nécessairement artificielle, arbitraire.

    La leçon première de la génétique est que les individus, tous différents, ne peuvent être classés, évalués, ordonnés ; la définition de «races», utile pour certaines recherches, ne peut être qu’arbitraire et imprécise; l’interrogation sur le «moins bon» et le «meilleur» est sans réponse; la qualité spécifique de l’Homme, l’intelligence, dont il est si fier, échappe pour l’essentiel à nos techniques d’analyse; les tentatives passées d’«amélioration» biologique de l’Homme ont été parfois simplement ridicules, le plus souvent criminelles à l’égard des individus, dévastatrices pour le groupe.

    Par chance, la nature dispose d’une merveilleuse robustesse face aux méfaits de l’Homme :

    le flux génétique poursuit son œuvre de différenciation et de maintien de la diversité, presque

    insensible aux agissements humains; l’«univers des phénotypes» où nous vivons, n’a fort

    heureusement que peu de possibilités d’action sur l’«univers des génotypes» dont dépend notre

    avenir, transformer notre patrimoine génétique est une tentation; mais cette action restera

    longtemps, espérons-le, hors de notre portée.  

    Cette réflexion peut être transposée de la génétique à la culture : les civilisations que nous avons sécrétées sont merveilleusement diverses et cette diversité constitue la richesse de chacun de nous; Grâce à une certaine difficulté de communication, cette hétérogénéité des cultures a pu longtemps subsister ; mais , il est clair qu’elle risque de disparaître rapidement.

    Notre propre civilisation européenne a étonnamment progressé vers l’objectif qu’elle s’était donné: le bien-être matériel. Cette réussite lui donne un pouvoir de diffusion sans précédent, qui aboutit peu à peu a la destruction de tontes les autres; tel a été le sort, pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, des Esquimaux d’Ammassalik, sur la côte est du Groenland, dont R, Gessain a décrit la mort culturelle sous la pression de la «civilisation obligatoire».

    Lorsque l’on constate la qualité des rapports humains, de l’harmonie sociale dans certains groupes que nous appelons «primitifs», on peut se demander si l’alignement sur notre culture ne sera pas une catastrophe : le prix payé pour l’amélioration du niveau de vie est terriblement élevé, si cette harmonie est remplacée par nos contradictions internes, nos tensions, nos conflits. Est-il encore temps d’éviter le nivellement des cultures ? La richesse à préserver ne vaut-elle pas l’abandon de certains objectifs qui se mesurent en produit national brut on même en espérance de vie?

    Poser une telle question est grave; il est bien difficile, face à cette interrogation, de rester cohérent avec soi-même, selon que l’un s’interroge dans la calme douillet de sa bibliothèque ou que l’on partage durant quelques instants la vie d’un de ces groupes qui nous émerveillent, mais où les enfants meurent, faute de nourriture ou de soins.

    Pourrons-nous préserver la diversité des cultures sans payer un prix exorbitant ? Subi ou souhaité, un changement de l’organisation de notre planète ne peut être évité; la parole est donc aux «utopistes». Certains d’entre-eux posent le problème en termes inattendus, ainsi Yona Friedman intitulant un de ses livres Comment vivre entre les autres sans être chef et sans être esclave. Même lorsque le monde qu’ils nous proposent nous paraît vraiment trop «différent» du nôtre, nous pouvons être à peu près sûrs que la réalité le sera plus encore.

    Cet effort d’imagination, il semble que la génération si décriée, qui s’apprête à nous succéder l’ait déjà largement entrepris. La révolte contre la trilogie métro-boulot-dodo, contre le carcan du confort douceâtre, l’affadissement du quotidien organisé, la mort insinuante des acceptations, ce sont nos enfants qui nous renseignent Sauront-us bâtir un monde où l’Homme sera moins à la merci de l’Homme ?

    Albert JACQUAJRD

    La génétique et les hommes (Editions Le Seuil 1978).

    Questions

    1. Vous résumerez ce texte en 180 mots (+ ou -10 %) (sur 14 points)

                  2. Vous expliquerez les expressions suivantes : (3 fois 2 pts)

                                – édulcorer les conflits

                                – hétérogénéité des cultures

                                – utopistes

  • Concours de Psychomotricien de l’ISRP ; session 2008. Epreuve de français. Durée : 2 heures

       

       

    Concours de psychomotricien de l’ISRP ; session 2008

    Epreuve de français

    Durée : 2 heures 

    Il existe trois grandes origines des secrets de famille. Tout d’abord, les événements gardés secrets parce qu’ils tombent sous le coup de la loi sociale (ceux- ci peuvent ne provoquer ni angoisse ni honte chez leur porteur, si ce n’est celle d’être “découvert” ). Ensuite, les événements dissimulés en raison de la honte qui les accompagne. Enfin, les événements vécus par un parent qui ne peut en parler du fait de la trop grande angoisse qu’ils suscitent en lui. Ces dernières situations relèvent plutôt des non-dits que des secrets proprement dits. Néanmoins, dans tous les cas, celui qui garde le silence sur un événement présente une organisation psychique caractéristique du Secret. Par ailleurs, le fait qu’il existe, ou non, une honte chez le porteur de secret s’efface à la génération suivante. Un enfant qui pressent qu’un parent lui cache quelque chose pense en effet toujours que ce parent a un secret honteux. La honte entoure donc toujours le secret à la seconde génération. Envisageons maintenant les conséquences plus probables d’un secret grave sur plusieurs générations.

    Celui qui garde un secret douloureux est toujours partagé en deux : d’un côté, il aimerait pouvoir le révéler pour s’en libérer ; d’un autre côté, il ne peut se résoudre de crainte de porter atteinte aux autres partenaires du secret. A l’origine, son silence peut ne toucher qu’un événement dont il ne peut pas ou ne veut pas parler. Mais petit à petit, pour éviter de se trahir, il risque de taire un grand nombre d’informations se rapportant,de près ou de loin, au secret initial. Par ailleurs, cette tension intérieure du porteur de secret – entre la part de lui-même qui veut préserver le secret et celle qui voudrait s’en libérer en la confiant – le conduit à le révéler de façon parcellaire et incomplète, par bribes ou allusions obscures et constamment démenties. Il en résulte des perturbations de sa relation avec ses enfants et ceux-ci en subissent d’importantes conséquences dans leur fonctionnement psychique. Par exemple, un parent peut manifester de l’affection à un enfant puis, subitement, le rejeter de façon inexplicable parce que cet enfant, à son insu, a accompli un geste ou prononcé une parole qui a réveillé un secret douloureux ; ou bien un parent peut tenir des propos contradictoires pour tenter de cacher un secret à un enfant qui l’a surpris en train de parler à un autre adulte, etc. C’est ainsi qu’une mère était prise de fortes angoisses toutes les fois où il était question des groupes sanguins dans un roman, dans un film, à la télévision ou dans les conversations courantes : la confrontation de ceux de son mari et de son fils lui avait confirmé que le second n’était pas né du premier (elle l’avait eu avec son amant) et elle vivait dans l’inquiétude permanente que ce secret soit découvert !

       

       

    Alors que les événements à l’origine du secret étaient “indicibles” pour ceux qui les avait vécus, ces mêmes événements deviennent “innommables” pour la seconde génération. Entendons par là qu’ils ne peuvent faire l’objet d’aucune représentation verbale. Leurs contenus sont ignorés et seule leur existence est pressentie et interrogée. C’est dans cette seconde génération que peuvent apparaître des troubles spécifiques de l’apprentissage sans perturbation grave de la personnalité ou s’accompagnant de perturbations légères.

    A la troisième génération, l’événement “indicible” puis “innommable” devient littéralement “impensable”. L’ enfant, puis l’adulte qu’il devient, peut percevoir en lui-même des sensations, des émotions, des potentialités d’action ou des images qui lui paraissent “bizarres” et qu’il lui est impossible d’expliquer par sa vie psychique propre ou son histoire familiale .

    Comme à la génération précédente, l’ensemble de ces distorsions est lié aux perturbations de la communication, aussi bien précoces que tardives, entre l’enfant et ses parents. Mais ces perturbations ont des effets plus graves qu’à la génération précédente. En effet, si le parent porteur du secret est pour son enfant comme un miroir porteur d’une opacité localisée, le parent qui a lui-même été soumis à un parent porteur de secret, et dont la personnalité a été déformée à son insu, est pour son enfant comme un miroir déformant. Les effets du secret ne sont plus cernables et localisables comme à la génération précédente. Ils sont diffus et imposent des déformations dont le parent de la seconde génération du secret n’a pas la clef.

    Ces enfants (dont les grands-parents étaient porteurs de traumatismes non surmontés et indicibles ) peuvent développer les mêmes troubles qu’ à la génération précédente, mais aussi des troubles beaucoup plus graves. le caractère général de ceux-ci est qu’ils sont apparemment dénués de tout sens. il s’agit en particulier de troubles psychotiques, de formes de délinquance ou de toxicomanie qui constituent autant d’obstacles dans les apprentissages de la vie.

    Passée la troisième génération, les secrets, sauf cas de gravité extrême, tendent à se dissoudre dans l’ensemble des attitudes caractérisant la personnalité globale de l’individu. A vrai dire, ils laissent souvent la place à de nouveaux secrets…constitués sous l’effet des précédents ! En effet, tout individu soumis aux effets d’un secret – et cela même s’il n’en est pas clairement conscient – est tenté de créer ses propres secrets ! Faute de maîtriser les secrets dont il est la victime, il tente d’organiser et de contrôler ses secrets à lui ! Confrontés à l’existence d’un secret dont ils sont condamnés à ne jamais rien savoir, les enfants de la troisième génération du secret créent…de nouvelles situations de secrets ! Ils tentent de donner un sens- maîtrisé par eux – à une situation qui en était jusque-là dépourvue. Un secret de famille anodin en cache donc bien souvent un autre, parfois très grave, dans les générations précédentes. les nouveaux secrets créés par une génération en réaction à un secret familial font oublier les précédents même s’ils en sont pourtant la conséquence indirecte. Un secret risque toujours d’en cacher un autre !

    Serge TISSERON ; Secrets de famille : mode d’emploi ; 1996 p 47-52.

    1. Résumé :

    Résumez le texte suivant en 180 mots (+ ou – 10 %)

    2. Vocabulaire :

    a. Expliquez les formules suivantes (3 points) : “tension intérieure”, “miroir porteur d’une opacité localisée”, “miroir déformant”.

    b. Donner un synonyme de chacun de ces termes. (3 points) : “parcellaire”, “à son insu”, “distorsion”.

    Voir le corrigé

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  • Concours de Psychomotricien de Loos ; session 2007. Epreuve de résumé. Durée : 2 heures

       

       

    Concours de psychomotricien de Loos ; session 2007

    Epreuve de résumé

    Durée : 2 heures.

    Au début du XXème siècle, l’idée qu’une maladie puisse se développer après un choc traumatique n’était pas évidente. Pourtant les symptômes observés chez les combattants de la Première Guerre mondiale poussèrent à s’interroger : certains soldats revenus du front étaient apathiques, et revivaient inlassablement la même scène vécue sur le champ de bataille. Les psychiatres commencèrent à parler de névrose de guerre et Sigmund Freud en fera la pivot de la pulsion de mort. Mais pour beaucoup, le névrosé de guerre était un fraudeur, un simulateur ou un lâche, animé par un désir, conscient ou inconscient, de se soustraire au combat. Derrière de telles interprétations, une vision particulière de la morale dominait : un soldat doit être dur au mal, capable d’affronter avec courage l’horreur de la guerre…

    La Seconde Guerre mondiale changea la donne. les récits terribles que firent les rescapés des camps de concentration transformèrent résolument l’idée que l’on se faisait des traumatismes psychologiques. Des études sur ces rescapés, comme celle de Bruno Bettelheim, attirèrent l’attention sur la culpabilité lancinante de celui qui n’accepte pas d’avoir survécu au milieu de tant de morts – ce que l’on nommera le “syndrome du survivant”. Dans les années 1980, l’Association américaine des psychiatres, dans sa nouvelle classification des troubles mentaux (dite DSM III), introduit la notion de “stress post-traumatique”. Tout événement traumatisant peut engendrer un trouble psychologique : le névrosé est devenu une victime. C’est la naissance de la “victimologie” en psychiatrie.

    Parallèlement, la notion de victime fait son entrée dans le droit. Pour l’avocat Thierry Lévy, le fait que la victime d’un dommage dispose de certains droits n’est pas nouveau et se comprend parfaitement. ce qui pose problème, ce sont les dérives du système juridique actuel, dans lequel les victimes se voient reconnaître des droits excessifs. Il y aurait désormais des catégories types de victimes : si, lors d’un procès, le plaignant entre dans une de ces catégories, alors sa parole est sacralisée. La défense de l’accusé devient donc impossible, tout le monde étant inconsciemment persuadé de sa culpabilité.

    L’un de ces portraits types de victimes pourrait être l’enfant ayant subi des abus sexuels, dont l’affaire d’Outreau donne l’un des exemples les plus édifiants. L’enquête fut dramatisée : aux rumeurs succédèrent les dénonciations, puis la parole des enfants, dont les exprts reconnurent “l’entière crédibilité”… Résultat : 17 personnes accusées, alors qu’il n’y avait pas l’ombre d’une preuve tangible ! Les inculpations abusives qui suivirent (avant l’acquittement général de décembre 2005 ) doivent être imputées, affirment les magistrats Antoine Garapon et Denis Salas, à une idéologie désormais établie selon laquelle “l’agresseur ment et la victime dit vrai” : celle-ci aurait donc tous les droits. Mais l’on peut aller plus loin dans la dénonciation d’une “litanie victimaire”. Le sociologue Guillaume Erner dénonce, dans La Société des victimes, un nouvel ordre moral qui s’instaure et confère à la victime un statut sacré, puisqu’elle serait une version laïcisée des martyrs et des saints. La victime, en prenant la parole publiquement pour dire sa souffrance, susciterait la compassion d’autrui, ce qui lui permettrait d’être reconnue. Les frontières morales auraient donc bougé en moins d’un siècle : si avant, on était respecté parce qu’on taisait sa souffrance, aujourd’hui on est reconnu parce qu’on la dit .

    Conséquence de ce nouvel ordre moral : des individus peuvent instrumentaliser la souffrance d’autrui pour servir leurs fins personnelles. Il faut dire que l’on assiste peut-être à l’émergence d’une sorte de substitut aux espérances messianiques globales, qui privilégie la compréhension de l’histoire à travers des drames personnels, familiaux ou communautaires, à un moment de crise du politique et de montée de l’individualisme. Ainsi se mettent en place des “communautés de victimes” grâce auxquelles certains crimes d’Etat longtemps tus peuvent aujourd’hui être reconnus (par exemple, le massacre de 300 algériens le 17 octobre 1961 à Paris ). Mais lo’n court alors le risque d’arriver à cette “concurrence des victimes” dont a parlé jean-Michel Chaumont, où chaque communauté renvendique, plus que les autres, les palmes de la souffrance. la mémoire devient-elle dès lors une “religion civile”, comme l’écrit Enzo Traverso, où chaque groupe se définit avant tout par les blessures du passé ?

    Par ailleurs, les médias feraient des victimes leurs fonds de commerce, écrit encore G. Erner : ce qui se vend, c’est la compassion – les informations, et non plus seulement “la mauvaise presse” , se sont spécialisées dans les faits divers ou dans l’image voyeuriste de la victime souffrante. Enfin, les politiques eux aussi joueraient désormais sur la fibre victimaire, comem dans le cas de la mairie de Toulouse qui recueillit, via des “cellules d’écoute”, la parole des “victimes” après l’explosion de l’usine AZF le 21 septembre 2001 : la catégorie tait devenue très large puique tous les habitants de la ville yant entendu le bruit ou preçu le souffle furent considérés comme des victimes.

       

       

    Régis MEYRAN ; “Les effets pervers de la victimisation” Sciences Humaines ; janvier 2007

    1. Résumé

    Vous résumerez ce texte en 180 mots (+ ou – 10 %) . Vous indiquerez à la fin le nombre de mots employés.

    2. Questions :

    a. expliquez le sens des mots ou expressions : (2 points )

    – une version laïcisée de martyrs et des saints.

    -instrumentaliser la souffrance d’autrui.

    b. Discussion :

    Débattez de la question posée par l’auteur de l’article : “La mémoire devient-elle dès lors une “religion civile”, comme l’écrit Enzo Traverso, où chque groupe se définit avant tout par les blessures du passé? ”

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  • Lille 2003

    Concours Psychomotricien Lille 2003
    Epreuve de français

    Contractez le texte en 150 mots avec une marge de 10%

    Le faux darwinisme informationnel

    L’information domine désormais le monde. Mais ce monde de l’information –notre monde- est aujourd’hui face à un redoutable problème : l’excès d’informations. Comment les trier, les classer, et finalement, lesquelles conserver ? Cet excès concerne le monde physique lui-même. L’espace est encombré par des ondes originales innombrables, sur des fréquences variées, avec interférences de plus en plus gênantes et, peut-être, des effets physiologiques non négligeables (qu’il faut étudier avec soin). L’information qualitative a connu un développement considérable en vingt ans, en raison de la mondialisation et de la multiplication des systèmes de diffusion.

    Prenons le cas d’Internet. Comme la langue d’Esope, c’est la meilleure et pire des choses ; On y trouve tout. Toutes les idées, tous les projets, toutes les informations. La créativité résulte des rapprochements féconds, dit-on. On pourrait donc penser qu’en combinant les informations du Net, on peut innover, créer, inventer. Or ce n’est le cas ! Le Net annihile la créativité. Car s’y produit un tri annuel des informations du fait que ce sont toujours les mêmes sites qui sont consultés. Un processus de sélection naturelle érode, élimine, efface les informations les plus insolites, donc les plus originales. En même temps, la consultation de toutes les informations donne une fausse impression d’exhaustivité qui conduit à la dissuasion. A quoi bon innover ou inventer puisque tout existe !

    Dans la recherche scientifique, le processus est semblable. Hier encore, la recherche scientifique était américano-européenne, avec quelques centres dans l’ex-Commonwealth et au japon. Aujourd’hui, l’Inde, la Chine, le Brésil, le Pakistan, Israël, la Corée, Taiwan, etc. sont des acteurs scientifiques majeurs. On produit à peu près cent fois plus d’articles scientifiques qu’il y a vingt ans. Dans cette jungle luxuriante qu’est devenue la littérature scientifique, que faut-il vraiment lire ? La sélection des articles par les grandes revues scientifiques a tendance à privilégier les savoirs établis. Car elle se fait souvent autour d’un consensus entre les scientifiques les plus influents, qui ne sont pas toujours les plus innovants.

    Les grands novateurs sont, en fait, des marginaux du « scientifiquement correct ». Dans un système où l’information est surabondante, le danger de voir disparaître la véritable innovation –celle qui ouvre des nouveaux chapitres de la science- au profit de la multiplicité de travaux estimables mais moins prospectifs, est réel.

    Second exemple, plus flagrant : les informations diffusées par les médias. Submergés d’informations en provenance du monde entier à toute heure du jour et de la nuit, les médias réagissent à travers un double processus. Ils laissent aux agences et à quelques grands médias le soin de faire le tri, puis ils diffusent tous les mêmes informations. Or ce tri est le reflet de la sensibilité de quelques journalistes travaillant dans l’urgence plutôt qu’un véritable tri rationnel, réfléchi, prenant en compte l’importance relative des informations. Le réflexe se substitue à la réflexion.

    Comment peut-on ouvrir un journal télévisé en parlant d’un attentat en Palestine qui a fait deux morts en ignorant que dans le même temps une tuerie a eu lieu en Tchétchénie, une autre au Soudan et que, sur nos propres routes, il y a eu 150 morts ? Pourquoi faut-il attendre une prise d’otages à Moscou pour reparler de la Tchétchénie ? Le tri des informations est une opération difficile, mais on aurait pu croire que la multiplicité des médias permettrait une variété des informations, des points de vue et des analyses. C’est l’inverse qui se produit. Avec bien sûr, des phénomènes de mode. Hier, l’insécurité, qui n’a pas disparu mais dont on ne parle plus. Aujourd’hui, les accidents de la route, qui ne constituent pas une nouveauté.

    Tout cela peut donner prise à des phénomènes de manipulation d’opinions conscientes ou inconscientes. Les médias sont d’ailleurs souvent accusés de cela. Mais l’analyse des conséquences est plus intéressante. Ce faux darwinisme informationnel, qui tend à uniformiser les informations, sera peut être tragique pour les médias eux-mêmes, où s’opère une sélection naturelle. L’une des conséquences évidentes est l’étiolement progressif des quotidiens nationaux. Entre les journaux gratuits et les informations télévisées ou radiophoniques délivrant tous les mêmes informations, les moins chers survivront. L’avenir de la presse écrite réside, d’une part, dans la presse de province, d’autre part, dans les hebdomadaires et les mensuels, parce que le recul qu’autorise leur fréquence permet analyses et réflexions.

    Dans la théorie de Darwin, il y a deux notions : les mutations créatrices de variété et la sélection naturelle uniformisante. Dans les informations, seul le second processus est aujourd’hui à l’œuvre. Vive la diversité…dans l’informatique comme ailleurs !

    « Le faux darwinisme informationnel », L’Express, Janvier 2003.

    Concours Psychomotricien Lille 2003
    Corrigé de l’épreuve de français

    Actuellement, on vit dans une société absorbée par un trop plein d’informations. Sans déprécier leur mérite, elles endommagent tout de même les ondes.

    Regardons Internet par exemple. Il est le siège de toutes les initiatives. Puisqu’on pense que l’inventivité dépend d’alliances productives, on admettrait à tort que la combinaison des informations sur Internet peut être une source d’innovation.
    IL en est de même pour l’internationalisation de la recherche scientifique. Elle accorde le primat, dans ses publications, aux noms les plus influents en défavorisant les innovations importantes.

    Les agences de presse, quant à elles, écrement de manière partiale les messages. On assiste à la redondance des mêmes informations avec des thèmes s’accordant aux convenances du moment. Le résultat de cette prédilection idéologique est manipulateur de l’opinion du lecteur et du téléspectateur dans la mesure où le choix d’un journal considérera plus son prix au détriment de son idéologie.

    156 mots

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  • Paris ISRP 2001

    Annales Psychomotricien : Paris 2001 (I.S.R.P)
    Epreuve de Français : 2 heures

    1. Résumer le texte en 150 mots (+ ou-10%) ( 14 Points )
    2. Expliquer les 3 expressions soulignées. ( 6 Points )

    “Génome, après le tapage” par Arnold Munnich1
    Le Monde, vendredi 2 mars 2001

    Ce qu’il y a de troublant dans l’excitation que suscite l’annonce du décryptage du génome humain, c’est le cortège de malentendus, d’incompréhensions et d’illusions qu’elle entraîne dans son sillage. Ce n’est pas nouveau. Chaque avancée de la génétique s’accompagne d’un vacarme assourdissant, d’innombrables clameurs qui résonnent tantôt comme des cris de joie, tantôt comme des cris d’alarme. Et l’opinion de s’interroger à juste raison : Entre la diabolisation de la génétique et le triomphalisme de la guérison annoncée, qui dit la vérité ? ».

    Les meilleurs journalistes, les professionnels de la communication les plus talentueux semblent impuissants à combler le fossé qui se creuse entre une opinion publique méfiante et des scientifiques collectivement suspects de menacer l’humanité en tant que telle. Si vous demandez à votre voisin ce qu’est au juste un gène et ce que le séquençage du génome va changer à sa vie, il vous répondra perplexe qu’il n’en sait rien, mais que toute cette histoire ne lui dit rien de bon. Qu’elle lui évoque plutôt une menaçante entreprise, synonyme d’eugénisme, de clonage humain et de catégorisation des hommes de sinistre mémoire. Beaucoup s’imaginent bientôt «fichés». pour leurs caractéristiques génétiques ou titulaires d’une carte génétique individuelle dont la puce contiendrait — à la manière d’une carte de groupe sanguin — l’identité génétique des personnes, à la disposition des compagnies d’assurances et des agences de recrutement ! A la manière d’un thème astral, nos gènes dicteraient nos conduites et gouverneraient notre destinée.

    Grossière caricature, triste fiction ! Comme si les utopies, les faux problèmes et les scénarios catastrophes avaient capté tout l’intérêt que suscite notre jeune science. Paradoxalement, c’est lorsque le savoir et les outils de l’homme lui donnent la capacité de décomposer — et de recomposer — l’humain que les enjeux de la condition humaine se révèlent dans toute leur complexité. On pourrait épiloguer longtemps sur les sentiments d’excitation et d’effroi que suscitent ces annonces et sur l’état de sidération psychique qui en découle. Il reste que ce dernier empêche de penser sereinement les problèmes d’aujourd’hui.

    Pourtant, si nous nous montrions collectivement capables de nous départir de cet effroi qui nous glace, pour ne retenir que la dimension constructive de la crainte, alors cette crainte salutaire, qui fait esquiver les écueils, pourrait nous servir de guide dans la détermination de ce à quoi nous tenons par dessus tout. Car, au fond, derrière cette méfiance que suscite la génétique, c’est bien le risque de défigurer l’image de l’homme qui nous hante. On retrouve dans cette affaire, comme dans bien d’autres domaines de la génétique, cette même difficulté à communiquer et à commuter l’effroi en une crainte constructive. Il faut bien reconnaître qu’il existe un réel déficit d’accompagnement et d’information sur les enjeux véritables. Déficit qualitatif plus que quantitatif, comme si les scientifiques n’avaient pas su trouver le ton juste, les mots simples et clairs que nos contemporains attendent de nous.

    L’exercice n’est pas aisé : il s’agit pour nous d’exprimer en langage intelligible et — sans jeux de mots — de décrypter ce que l’opinion est en droit d’attendre du décryptage du génome. Premier et sans doute principal enseignement : la carte des gènes est la même chez tous les hommes d’hier et d’aujourd’hui, quelles que soient leur ethnie, religion, couleur de peau, d’yeux ou de cheveux. Le décryptage du génome prive les idéologies racistes de tout fondement scientifique. Il n’y a donc pas lieu d’établir la carte génétique de tout un chacun. S’il nous prenait la folie de nous y hasarder, l’étude systématique des constituants élémentaires de nos gènes pourrait se révéler non seulement d’un coût exorbitant, mais aussi très décevante en termes de prédiction pour l’avenir de l’individu. En effet les maladies courantes comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’arthrite, l’obésité où une prédisposition génétique est fortement soupçonnée, résultent en réalité de l’interaction entre l’environnement du sujet et une combinaison de facteurs génétiques hérités dont aucun ne peut être tenu à lui seul pour responsable de la maladie. De sorte que disposer de l’inventaire complet des gènes humains ne permet nullement d’identifier les sujets à risque dans la population.

    Prétendre le contraire reviendrait à prendre des paris sur l’issue d’une compétition sportive sans connaître les règles du jeu ni le nom ou le nombre de joueurs. Bien sûr, cette complexité va se réduire mais, pour l’heure, la médecine prédictive reste une abstraction. Bien des incertitudes planent encore sur le bien-fondé de l’hypothèse comme sur la fiabilité des résultats attendus. Bien des doutes subsistent sur les bénéfices de pratiques qui n’ont de médical que le nom, car, pour appartenir au champ de la médecine et non à celui de la médisance, il faudrait encore que ces prédictions soient suivies de mesures thérapeutiques, diététiques ou préventives de nature à faire reculer le spectre de la maladie annoncée. Ce qui reste à démontrer.

    1. Arnold Munnich est professeur à l’Université René Descartes — Paris V, centre de génétique de l’hôpital Necker – Enfants-Malades.

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  • Paris ISRP 1998

    Concours Psychomotricien – Paris ISRP 1998
    Epreuve de Français

    D’ou viennent les informations relatives à la santé des adolescents ? On pense d’abord aux médecins, et aux faits qu’ils observent et enregistrent dans leurs dossiers. Mais en réalité, ils observent et enregistrent peu de choses, car les adolescents les fréquentent peu. Si les trois quarts d’entre eux consultent au moins une fois par an, cela reste relativement peu par rapport aux autres catégories d’âge. L’adolescence est la période durant laquelle on consulte le moins les médecins et on fréquente le moins l’hôpital.Au demeurant, l’usage du système de soins par les jeunes renseigne peu. En effet, les données constatées font rarement l’objet de relevés systématiques, et il faut a posteriori, aller fouiller dans les dossiers des cabinets médicaux ou des hôpitaux pour obtenir une vue d’ensemble. De plus, du fait de l’hétérogénéité des informations, cette méthode de recueil des données s’avère très satisfaisante.

    De fait, seule la Santé scolaire (service appelé aujourd’hui : « Service de promotion de la santé en faveur des élèves ») consigne ses observations et opère une analyse. Mais cela concerne peu les adolescents, non examinés de manière systématique.

    Qui donc parle de la santé des adolescents ? Les médias le font assez largement, mais en privilégiant quelques faits spectaculaires ou inquiétants : telle adolescente qui a accouché seule et dont le nouveau né n’a pas survécu, tels comportements violents, telles manifestations de ras-le-bol chez les jeunes se sentant oubliés de la marche du monde. Le phénomène médiatique le plus crucial de la santé des jeunes passe inaperçu : c’est, chaque lundi, la désastreuse relation des accidents de voiture ou de motos du week-end, qui totalise au fil des semaines la douloureuse rançon que les jeunes paient au goût du risque, et il faut bien le dire, à l’alcool…

    Les professionnels de l’adolescence que sont les enseignants, les éducateurs, et certains travailleurs sociaux ont-ils la parole pour parler de la santé ? Pratiquement jamais. Pourtant, ce que ne voient pas les professionnels de la santé, eux l’observent au quotidien, et dans de bien meilleures conditions. Les parents n’ont guère plus d’occasions de s’exprimer sur ce sujet.

    Ces informations (…) restent fragmentaires et vues de l’extérieur. Or l’adolescence est une expérience profonde, intime, un bouleversement intérieur. Si on s’attache à la santé, c’est donc dans la profondeur du bien-être et du mal-être qu’il faut faire porter l’observation et l’action. Qui peut mieux le dire que les adolescents eux-mêmes ? Encore faut-il les écouter vraiment. Or la position du chercheur est ambiguë, difficile. En effet, comment amener l’adolescent à s’exprimer dans l’enracinement de la formidable mouvance qu’il expérimente dans son corps, dans son esprit, dans ses relations affectives, tout en gardant la neutralité de l’observateur scientifique ? Peut-on poser des questions et ne noter que les réponses, quand ces questions sont celles de la vie et ces réponses inévitablement des demandes ? A-t-on le droit d’obliger quelqu’un à parler du profond de lui-même s’il n’en a pas le désir ? Est-il licite de vouloir mettre à jour ce qui pour un temps, est dans la pénombre, si l’on n’est pas sûr de pouvoir adoucir les effets de ce coup de projecteur incongru et de mettre du baume sur les irritations ou les blessures que, parfois, il éclaire ?

    Pour toutes ce raisons, l’étude épidémiologique de la santé des adolescents est un véritable défi éthique. S’il ne s’agissait que de compter des maladies ou des accidents, les scrupules seraient moindres. Mais que connaîtrait-on alors de la santé des adolescents ? Comment pourrait-on former les professionnels de la santé, aider les parents, améliorer le fonctionnement des services ?

    Article de Sciences et Vie, Jean-Pierre Deschamps.

    Résumez ce texte en 160 mots (+ ou – 10%).

    Concours Psychomotricien – Paris ISRP 1998
    Corrigé de l’épreuve de Français

    Il n’est pas aisé de se renseigner sur la santé des adolescents dans la mesure où ils rencontrent rarement les médecins et l’analyse des archives médicales est inéfficace. Si elle s’investissait davantage, la santé scolaire résoudrait ce problème. Les médias, eux, ne s’intéressent qu’aux faits faramineux occultant quotidiennement la question de la conduite en état d’ivresse. Ce non-dit des médias qui pourtant coudoeint fréquemment les adolescents mécontente éducateurs et parents. C’est incomplètement que l’on traite des questions relevant de leur santé. Il serait pourtant judiciueux d’en parler avec les intéressés. Les bouleversements physiques et psycho-affectifs de l’adolescent peuvent-ils nous laisser impartiaux? Si on ne peut y pallier, est-il nécessaire de demander à l’adolescent d’exprimer ses tourments? En conséquence, pour étudier leurs troubles, il ne faut pas juste les inventorier, il faut mieux les comprendre.

    150 mots

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  • ifp Meulan-Les Mureaux 2012

    LISTE des admis en Institut de Formation

     
    en Psychomotricité

     

      Meulan-Les Mureaux  2012

    Liste principale par ordre alphabétique : 25 places (dont 3 PACES)

    RANG
    NOM
    Prénom
    1
    ABBON
    Lucie
    2
    ANCEL
    Alice
    3
    BRASSEUR
    Anne-Claire
    4
    BURKHART
    Pauline
    5
    CABANNE
    Cyrielle
    6
    CARDOT
    Pierre
    7
    DAHAN
    Eloïse
    8
    GOGUET DE LA SALMONIE
    Aurore
    9
    GROSHENY
    Adeline
    10
    KOCHER
    Mathilde
    11
    LEFEVRE
    Marion
    12
    MARTINET
    Charlotte
    13
    MASSON-DUVERGNE
    Marie
    14
    MILLIAT
    Luce
    15
    OLIVI
    Vanina
    16
    PAGGETTI
    Marion
    17
    PALLUEL
    Juliette
    18
    QUACH
    Cindy
    19
    VALAT
    Flavie
    20
    VIGNE
    Emmanuelle
    21
    VINCENT
    Fanny
    22
    VRAIN
    Ophélie
     23  PACES
    24
    PACES
    25 PACES
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  • Toulouse 2003

    Annales Psychomotricien : Toulouse 2003

    Epreuve de Français : 2 heures

    Il faut reconnaître qu’à la confiance et à la foi un peu naïves de nos pères dans le progrès, a succédé une inquiétude qui tourne parfois à l’angoisse. Certes, dans le domaine de l’avancement des connaissances et de la science, le bilan est extrêmement positif ; on sait, de nos jours, infiniment plus de choses, et on les sait mieux qu’il y a un siècle. Parallèlement, les frontières du monde à connaître s’éloignent sans cesse, de sorte que personne n’espère ou ne redoute plus « la mort de la science ». En même temps, les applications des connaissances peuvent donner en principe à l’homme, vis-à-vis de la nature, une indépendance, une sécurité chaque jour plus grande. Mais dès qu’on passe du domaine de la science à celui de son utilisation et plus encore à celui du destin collectif de l’humanité, le tableau s’obscurcit dramatiquement. Même les applications pratiques des découvertes et des connaissances créent souvent des difficultés imprévues : le moteur qui doit libérer asservit en fait dans bien des cas ; la médecine guérit, mais l’allongement de l’espérance de vie pose des problèmes sérieux à la société ; l’urbanisation arrache les hommes aux rythmes et aux malédictions millénaires de la nature, mais elle sécrète des névroses individuelles et sociales qui assombrissent ses avantages. Enfin et surtout, notre temps a vu s’accomplir les plus grands massacres collectifs qu’on ait jamais connus, l’arbitraire et l’oppression n’ont jamais été aussi redoutables aux mains d’oligarchies(1) ou de pouvoirs qui disposent de moyens techniques colossalement multipliés. Sans parler de l’explosion démographique mondiale, en face de ressources insuffisantes et, au surplus, trop souvent mal réparties et mal utilisées.

    Ce monde, caractérisé par l’expansion vertigineuse des sciences et des techniques, est si différent de celui où nous avons puisé nos règles de pensée, que l’angoisse nous saisit parfois. Un monde sans paysans sera-t-il un monde meilleur ? La conquête de l’espace, quand tout reste à faire sur la Terre, est-elle « raisonnable » ? Le perfectionnement, toujours plus poussé et à n’importe quel prix, des engins de destruction massive est-il vraiment un progrès ? Ces questions sont tellement légitimes qu’il ne faut pas s’étonner si des formes de pensée non rationnelles, des eschatologies(2) religieuses ou autres prospèrent plus que jamais et continuent de hanter un grand nombre de nos contemporains, parfois parmi les jeunes.Faut-il donc dresser un bilan de faillite ? Je ne le crois pas. Il faut réagir contre les tentations du découragement. Sans doute attendions-nous trop, sinon du futur, du moins du présent et c’est pourquoi nous sommes déçus.

    Mais, pour faire nos comparaisons, ne surestimons pas le passé de l’humanité. Ses périodes les plus brillantes et les plus policées ne cachaient-elles pas des arrière-plans de misère, d’oppressions et d’injustices cruelles grâce auxquelles seulement certaines réussites étaient possibles ? Nous situons trop facilement l’âge d’or(3) derrière nous : mais les bergeries(4) de Versailles ne doivent pas faire oublier qu’au XVlllème siècle encore, les paysans français mouraient -au sens propre- de faim. Et les massacres contemporains les plus horribles ne sauraient faire pardonner ceux d’hier. En fin de compte, un bilan tout à fait honnête montre que le progrès dans l’organisation sociale se manifeste malgré tout, même si c’est avec lenteur et difficulté, sur des rythmes très différents ici et là, avec des arrêts, voire des reculs temporaires. Des forces profondes se sont mises en mouvement et elles se révèlent irrésistibles. Les masses,autrefois résignées, exercent une pression contre laquelle rien ne peut prévaloir ; les jeunes, tournés vers l’avenir, les chercheurs, les intellectuels apportent leur concours. La démocratie politique lui ouvre les voies. L’histoire se faisait autrefois dans le bruit des bottes, des fusillades, des massacres, dans les cris souvent implacablement étouffés des victimes. Convenons-en, c’est tout autrement que s’opèrent aujourd’hui mutations et réformes de structure. (…) Mais la raison fondamentale qui nous pousse à rejeter le pessimisme, c’est qu’hier encore, toutes les misères étaient ressenties comme des fatalités contre lesquelles il était vain de s’insurger ; à l’inverse, la société de demain, si elle porte encore en elle des formes d’aliénation inacceptables, refusera des horreurs qui nous étaient devenues familières et ses futurs artisans s’emploient dès maintenant à les prévenir. Même si l’avenir « meilleur pour tous » n’est pas aussi prochain que nous le voudrions, un nombre croissant d’hommes savent que leur sort peut s’améliorer et, du coup, ils cessent d’être résignés. Ils veulent se battre pour plus de justice et d’humanité. Et, tout compte fait, c’est cela le progrès.

    Pierre MENDES FRANCE

    Article paru dans Après–demain (journal mensuel de documentation politique), 1967.

    Vous résumerez ce texte en 160 mots (+ ou – 10 %). Vous indiquerez le nombre de mots utilisé.

    Notes :

    (1) Nom donné aux régimes politiques dans lesquels le pouvoir est détenu par un très petit nombre de dirigeants.

    (2) Croyances et doctrines expliquant la finalité de l’homme dans l’univers.

    (3) Période de bonheur imaginée par le poète grec Hésiode ( Ville — Vile siècle av. JC)

    (4) Allusion à la bergerie dans laquelle Marie Antoinette aimait s’occuper d’animaux, à Versailles. On peut également voir là une référence à des tableaux et motifs décoratifs évoquant la vie, heureuse et très idéalisée des bergers de l’Antiquité.

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  • Paris ISRP 2007

    Annales Psychomotricien : Paris 2007 (I.S.R.P)
    Epreuve de Français : 2 heures

    1) Résumer le texte en 170 mots (+/- 10%) sur 14 points
    2) Définir les expressions et termes soulignés : force de loi, conjugalités, concubinage, couples naturels, dissolution conjugale, matriarcat sur 6 points

    Telle fille, quel père ?

    Rappelons rapidement les quelques données qui ont un impact sur les relations entre la fille et son père. L’autonomie politique, professionnelle et financière des femmes françaises n’a pas un demi-siècle ! On l’oublie trop souvent. Il faut attendre 1944 pour que la fraternité républicaine puisse se décliner au féminin : les femmes obtiennent le droit de vote. En même temps que citoyennes, elles deviennent des ménagères « libérées » du travail domestique. Les machines et les robots sont censés les soulager de ces corvées, tout en suscitant le goût de la consommation. Cela devient nécessaire, car les femmes travaillent de plus en plus. L’accès aux professions demandant une qualification a été rendu possible par l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, où les femmes réussissent en moyenne mieux que les hommes. Mais il faudra attendre 1965 pour que la loi reconnaisse enfin aux femmes mariées le droit d’exercer une activité professionnelle sans l’autorisation de leur époux.

    Les femmes investissent surtout les professions du secteur public, où elles trouvent une sécurité professionnelle qu’elles recherchent, et où elles bénéficient de meilleures promotions que dans le privé. En 1972, l’égalité du salaire entre hommes et femmes devient force de loi. Par ailleurs, l’évolution des conditions de la maternité contribue à accroître l’autonomie des femmes. Les progrès de la médecine permettent de réduire la mortalité infantile. On assiste à une baisse du nombre de procréations : la gestation occupe de moins en moins de temps dans la vie des femmes. À partir des années 70, le baby-boom est terminé : la fécondité descend en dessous du taux de 2,1 enfants par femme, chiffre nécessaire pour que la population se maintienne à un niveau stable. De plus, avec l’apparition de la contraception, il y a eu passation de pouvoir : les femmes ont désormais l’initiative de la conception. Elles vont bientôt rêver de faire des enfants toutes seules. La conjugalité connaît les effets de ces changements. Le divorce devient plus fréquent, il atteint aujourd’hui 30% des couples. Les conjugalités se diversifient : les femmes sont mariées, pacsées, vivent en concubinage ou en union libre. Sur 14,7 millions de femmes françaises vivant en couple aujourd’hui, 2 millions ne sont pas mariées. Les naissances hors mariage connaissent le développement que l’on sait, pour un bon nombre dans le cadre de couples également dits « naturels ». En 1994, 40% des enfants naissaient hors mariage, et 17% ne vivaient pas avec leurs deux parents. Parmi ces derniers, 85% vivaient avec leur mère.

    Après avoir employé les femmes dans le service public, après leur avoir réservé un certain nombre de prestations comme les allocations familiales, la protection de la petite enfance, le développement du travail social, l’Etat a eu à coeur de protéger les femmes après une dissolution conjugale. Ce qui a amené certains auteurs à parler d’Etat-mari. Etat, mari des citoyennes et protecteur de leurs enfants à la place du père réel. Ces quelques constats nous permettent-ils de penser que la femme est émancipée ? L’évolution est significative, mais le discours triomphaliste tenu récemment par la presse, selon lequel les femmes seraient aujourd’hui restituées dans leurs droits, selon lequel nous vivons sous le matriarcat, ne sert qu’à masquer une réalité contraire. Si la famille a beaucoup évolué, et avec elle les rôles respectifs de l’homme et de la femme, redéfinis récemment par la loi vis-à-vis des enfants, la place de la femme dans le champ social laisse subsister bien des inégalités.La condition des femmes a évolué, mais leur position relative vis-à-vis des hommes est restée stable. Le couple d’opposition homme-femme se déplace, mais subsiste.

    La condition des femmes s’améliore, leur inégalité se maintient Si les filles réussissent mieux que les garçons au baccalauréat et sont plus nombreuses en université, certains domaines restent réservés à une majorité masculine : dans les lycées techniques, elles s’orientent plus vers des métiers humains et sociaux (commerce, secrétariat, santé) que des métiers techniques. Elles sont minoritaires dans les classes préparatoires et, à l’–université, elles sont peu présentes dans les disciplines scientifiques. Au niveau professionnel, leur choix semble guidé par trois principes. Le premier est que les emplois qui leur conviennent le mieux sont ceux apparentés aux fonctions domestiques : enseignement, santé, services, activités symboliques (art et littérature, presse). Le deuxième veut que, à qualification égale, les hommes sont préférés pour détenir une fonction d’autorité, les femmes restant cantonnées aux rangs hiérarchiques inférieurs. Le troisième principe veut que les hommes gardent le monopole des métiers techniques. On peut donc affirmer que, si la condition sociale des femmes s’améliore, le différentiel avec les hommes persiste.

    Jean-Claude Liaudet. Telle fille, quel père ? Paris : l’Archipel, 2002. P. 41- 44.

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