Concours de Psychomotricien de l’ISRP ; session 2008. Epreuve de français. Durée : 2 heures

   

   

Concours de psychomotricien de l’ISRP ; session 2008

Epreuve de français

Durée : 2 heures 

Il existe trois grandes origines des secrets de famille. Tout d’abord, les événements gardés secrets parce qu’ils tombent sous le coup de la loi sociale (ceux- ci peuvent ne provoquer ni angoisse ni honte chez leur porteur, si ce n’est celle d’être “découvert” ). Ensuite, les événements dissimulés en raison de la honte qui les accompagne. Enfin, les événements vécus par un parent qui ne peut en parler du fait de la trop grande angoisse qu’ils suscitent en lui. Ces dernières situations relèvent plutôt des non-dits que des secrets proprement dits. Néanmoins, dans tous les cas, celui qui garde le silence sur un événement présente une organisation psychique caractéristique du Secret. Par ailleurs, le fait qu’il existe, ou non, une honte chez le porteur de secret s’efface à la génération suivante. Un enfant qui pressent qu’un parent lui cache quelque chose pense en effet toujours que ce parent a un secret honteux. La honte entoure donc toujours le secret à la seconde génération. Envisageons maintenant les conséquences plus probables d’un secret grave sur plusieurs générations.

Celui qui garde un secret douloureux est toujours partagé en deux : d’un côté, il aimerait pouvoir le révéler pour s’en libérer ; d’un autre côté, il ne peut se résoudre de crainte de porter atteinte aux autres partenaires du secret. A l’origine, son silence peut ne toucher qu’un événement dont il ne peut pas ou ne veut pas parler. Mais petit à petit, pour éviter de se trahir, il risque de taire un grand nombre d’informations se rapportant,de près ou de loin, au secret initial. Par ailleurs, cette tension intérieure du porteur de secret – entre la part de lui-même qui veut préserver le secret et celle qui voudrait s’en libérer en la confiant – le conduit à le révéler de façon parcellaire et incomplète, par bribes ou allusions obscures et constamment démenties. Il en résulte des perturbations de sa relation avec ses enfants et ceux-ci en subissent d’importantes conséquences dans leur fonctionnement psychique. Par exemple, un parent peut manifester de l’affection à un enfant puis, subitement, le rejeter de façon inexplicable parce que cet enfant, à son insu, a accompli un geste ou prononcé une parole qui a réveillé un secret douloureux ; ou bien un parent peut tenir des propos contradictoires pour tenter de cacher un secret à un enfant qui l’a surpris en train de parler à un autre adulte, etc. C’est ainsi qu’une mère était prise de fortes angoisses toutes les fois où il était question des groupes sanguins dans un roman, dans un film, à la télévision ou dans les conversations courantes : la confrontation de ceux de son mari et de son fils lui avait confirmé que le second n’était pas né du premier (elle l’avait eu avec son amant) et elle vivait dans l’inquiétude permanente que ce secret soit découvert !

   

   

Alors que les événements à l’origine du secret étaient “indicibles” pour ceux qui les avait vécus, ces mêmes événements deviennent “innommables” pour la seconde génération. Entendons par là qu’ils ne peuvent faire l’objet d’aucune représentation verbale. Leurs contenus sont ignorés et seule leur existence est pressentie et interrogée. C’est dans cette seconde génération que peuvent apparaître des troubles spécifiques de l’apprentissage sans perturbation grave de la personnalité ou s’accompagnant de perturbations légères.

A la troisième génération, l’événement “indicible” puis “innommable” devient littéralement “impensable”. L’ enfant, puis l’adulte qu’il devient, peut percevoir en lui-même des sensations, des émotions, des potentialités d’action ou des images qui lui paraissent “bizarres” et qu’il lui est impossible d’expliquer par sa vie psychique propre ou son histoire familiale .

Comme à la génération précédente, l’ensemble de ces distorsions est lié aux perturbations de la communication, aussi bien précoces que tardives, entre l’enfant et ses parents. Mais ces perturbations ont des effets plus graves qu’à la génération précédente. En effet, si le parent porteur du secret est pour son enfant comme un miroir porteur d’une opacité localisée, le parent qui a lui-même été soumis à un parent porteur de secret, et dont la personnalité a été déformée à son insu, est pour son enfant comme un miroir déformant. Les effets du secret ne sont plus cernables et localisables comme à la génération précédente. Ils sont diffus et imposent des déformations dont le parent de la seconde génération du secret n’a pas la clef.

Ces enfants (dont les grands-parents étaient porteurs de traumatismes non surmontés et indicibles ) peuvent développer les mêmes troubles qu’ à la génération précédente, mais aussi des troubles beaucoup plus graves. le caractère général de ceux-ci est qu’ils sont apparemment dénués de tout sens. il s’agit en particulier de troubles psychotiques, de formes de délinquance ou de toxicomanie qui constituent autant d’obstacles dans les apprentissages de la vie.

Passée la troisième génération, les secrets, sauf cas de gravité extrême, tendent à se dissoudre dans l’ensemble des attitudes caractérisant la personnalité globale de l’individu. A vrai dire, ils laissent souvent la place à de nouveaux secrets…constitués sous l’effet des précédents ! En effet, tout individu soumis aux effets d’un secret – et cela même s’il n’en est pas clairement conscient – est tenté de créer ses propres secrets ! Faute de maîtriser les secrets dont il est la victime, il tente d’organiser et de contrôler ses secrets à lui ! Confrontés à l’existence d’un secret dont ils sont condamnés à ne jamais rien savoir, les enfants de la troisième génération du secret créent…de nouvelles situations de secrets ! Ils tentent de donner un sens- maîtrisé par eux – à une situation qui en était jusque-là dépourvue. Un secret de famille anodin en cache donc bien souvent un autre, parfois très grave, dans les générations précédentes. les nouveaux secrets créés par une génération en réaction à un secret familial font oublier les précédents même s’ils en sont pourtant la conséquence indirecte. Un secret risque toujours d’en cacher un autre !

Serge TISSERON ; Secrets de famille : mode d’emploi ; 1996 p 47-52.

1. Résumé :

Résumez le texte suivant en 180 mots (+ ou – 10 %)

2. Vocabulaire :

a. Expliquez les formules suivantes (3 points) : “tension intérieure”, “miroir porteur d’une opacité localisée”, “miroir déformant”.

b. Donner un synonyme de chacun de ces termes. (3 points) : “parcellaire”, “à son insu”, “distorsion”.

Voir le corrigé

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