Paris ISRP 2001

Annales Psychomotricien : Paris 2001 (I.S.R.P)
Epreuve de Français : 2 heures

1. Résumer le texte en 150 mots (+ ou-10%) ( 14 Points )
2. Expliquer les 3 expressions soulignées. ( 6 Points )

“Génome, après le tapage” par Arnold Munnich1
Le Monde, vendredi 2 mars 2001

Ce qu’il y a de troublant dans l’excitation que suscite l’annonce du décryptage du génome humain, c’est le cortège de malentendus, d’incompréhensions et d’illusions qu’elle entraîne dans son sillage. Ce n’est pas nouveau. Chaque avancée de la génétique s’accompagne d’un vacarme assourdissant, d’innombrables clameurs qui résonnent tantôt comme des cris de joie, tantôt comme des cris d’alarme. Et l’opinion de s’interroger à juste raison : Entre la diabolisation de la génétique et le triomphalisme de la guérison annoncée, qui dit la vérité ? ».

Les meilleurs journalistes, les professionnels de la communication les plus talentueux semblent impuissants à combler le fossé qui se creuse entre une opinion publique méfiante et des scientifiques collectivement suspects de menacer l’humanité en tant que telle. Si vous demandez à votre voisin ce qu’est au juste un gène et ce que le séquençage du génome va changer à sa vie, il vous répondra perplexe qu’il n’en sait rien, mais que toute cette histoire ne lui dit rien de bon. Qu’elle lui évoque plutôt une menaçante entreprise, synonyme d’eugénisme, de clonage humain et de catégorisation des hommes de sinistre mémoire. Beaucoup s’imaginent bientôt «fichés». pour leurs caractéristiques génétiques ou titulaires d’une carte génétique individuelle dont la puce contiendrait — à la manière d’une carte de groupe sanguin — l’identité génétique des personnes, à la disposition des compagnies d’assurances et des agences de recrutement ! A la manière d’un thème astral, nos gènes dicteraient nos conduites et gouverneraient notre destinée.

Grossière caricature, triste fiction ! Comme si les utopies, les faux problèmes et les scénarios catastrophes avaient capté tout l’intérêt que suscite notre jeune science. Paradoxalement, c’est lorsque le savoir et les outils de l’homme lui donnent la capacité de décomposer — et de recomposer — l’humain que les enjeux de la condition humaine se révèlent dans toute leur complexité. On pourrait épiloguer longtemps sur les sentiments d’excitation et d’effroi que suscitent ces annonces et sur l’état de sidération psychique qui en découle. Il reste que ce dernier empêche de penser sereinement les problèmes d’aujourd’hui.

Pourtant, si nous nous montrions collectivement capables de nous départir de cet effroi qui nous glace, pour ne retenir que la dimension constructive de la crainte, alors cette crainte salutaire, qui fait esquiver les écueils, pourrait nous servir de guide dans la détermination de ce à quoi nous tenons par dessus tout. Car, au fond, derrière cette méfiance que suscite la génétique, c’est bien le risque de défigurer l’image de l’homme qui nous hante. On retrouve dans cette affaire, comme dans bien d’autres domaines de la génétique, cette même difficulté à communiquer et à commuter l’effroi en une crainte constructive. Il faut bien reconnaître qu’il existe un réel déficit d’accompagnement et d’information sur les enjeux véritables. Déficit qualitatif plus que quantitatif, comme si les scientifiques n’avaient pas su trouver le ton juste, les mots simples et clairs que nos contemporains attendent de nous.

L’exercice n’est pas aisé : il s’agit pour nous d’exprimer en langage intelligible et — sans jeux de mots — de décrypter ce que l’opinion est en droit d’attendre du décryptage du génome. Premier et sans doute principal enseignement : la carte des gènes est la même chez tous les hommes d’hier et d’aujourd’hui, quelles que soient leur ethnie, religion, couleur de peau, d’yeux ou de cheveux. Le décryptage du génome prive les idéologies racistes de tout fondement scientifique. Il n’y a donc pas lieu d’établir la carte génétique de tout un chacun. S’il nous prenait la folie de nous y hasarder, l’étude systématique des constituants élémentaires de nos gènes pourrait se révéler non seulement d’un coût exorbitant, mais aussi très décevante en termes de prédiction pour l’avenir de l’individu. En effet les maladies courantes comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’arthrite, l’obésité où une prédisposition génétique est fortement soupçonnée, résultent en réalité de l’interaction entre l’environnement du sujet et une combinaison de facteurs génétiques hérités dont aucun ne peut être tenu à lui seul pour responsable de la maladie. De sorte que disposer de l’inventaire complet des gènes humains ne permet nullement d’identifier les sujets à risque dans la population.

Prétendre le contraire reviendrait à prendre des paris sur l’issue d’une compétition sportive sans connaître les règles du jeu ni le nom ou le nombre de joueurs. Bien sûr, cette complexité va se réduire mais, pour l’heure, la médecine prédictive reste une abstraction. Bien des incertitudes planent encore sur le bien-fondé de l’hypothèse comme sur la fiabilité des résultats attendus. Bien des doutes subsistent sur les bénéfices de pratiques qui n’ont de médical que le nom, car, pour appartenir au champ de la médecine et non à celui de la médisance, il faudrait encore que ces prédictions soient suivies de mesures thérapeutiques, diététiques ou préventives de nature à faire reculer le spectre de la maladie annoncée. Ce qui reste à démontrer.

1. Arnold Munnich est professeur à l’Université René Descartes — Paris V, centre de génétique de l’hôpital Necker – Enfants-Malades.

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