Annales AS : Lorraine 2007
DOCUMENT 1 : TERRIBLE BILAN DES FEMMES BATTUES
La ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la parité, Catherine Vautrin, a présenté hier un rapport accablant sur les violences conjugales.
« En France métropolitaine, en moyenne, une femme meurt tous les trois jours victime de violences conjugales, contre seulement un homme tous les 14 jours », indique un « recensement national faisant état de personnes décédées » depuis le ler janvier 2006, réalisé avec la police et la gendarmerie et présenté hier en conseil des ministres par la ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité Catherine Vautrin.
« C’est un fléau qui touche absolument tous les milieux », a souligné la ministre, annonçant qu’elle allait proposer d’en faire une « cause nationale » en 2008.
Dix enfants tués
« De façon globale depuis le 1er janvier 2006, il a été commis 113 homicides dont 83 % des victimes sont des femmes », précise le rapport.Il souligne également que 10 enfants de moins de six ans ont été tués depuis le début de l’année, dans le cadre de violencès conjugales.« La séparation apparaît toujours comme une période à risques, puisqu’elle intervient dans pas loin de la moitié des cas (41 %). Dans plus de la moitié des homicides, les auteurs sont en inactivité et l’alcool est présent dans un quart des faits », selon l’enquête.Amnesty International avait dénoncé en février les violences contre les femmes en France, estimant qu’il s’agissait d’une « affaire d’État », et critiqué la timidité de la justice et l’absence d’une véritable prévention.
Un milliard d’euros par an
Un sondage CSA paru hier dans le Parisien montre que près d’un tiers des Français (30 0/o) pensent qu’une femme de leur entourage subit ou a subi des violences conjugales.75 % estiment que les pouvoirs publics n’agissent pas de manière suffisamment efficace pour lutter contre ce fléau, malgré la promulgation d’une loi le 4 avril, qui a notamment porté l’âge légal du mariage pour les filles à 18 ans au lieu de 15 et aggravé les peines en cas de violences entre conjoints ou ex-conjoints. La loi est un « indéniable progrès mais elle ne va pas assez loin », estime Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes.Hier, pour la première fois, le gouvernement a chiffré le coût économique des violences conjugales, qu’il estime à un milliard d’euros par an.
Selon Mme Vautrin, il faut d’abord « sortir les victimes de l’état de culpabilité dans lequel elles sont ». Elle a présenté 10 courts-métrages qui seront diffusés sur TV5 et Arte à partir de samedi, pour sensibiliser l’opinion.Mme Vautrin a aussi annoncé la mise en place d’un numéro de téléphone unique à quatre chiffres pour les victimes, à partir de janvier 2007.
Les difficultés de logement
Par ailleurs, le gouvernement veut lutter contre les difficultés de logement des femmes victimes en travaillant avec les bailleurs sociaux pour faire lever la clause de solidarité figurant dans la plupart des contrats de bail, lorsqu’elles souhaitent quitter le domicile conjugal.Il espère faciliter l’attribution de logements sociaux aux personnes en instance de divorce.
Campagne européenne contre les violences aux femmes
Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, lancera lundi à Madrid une campagne européenne contre les violences domestiques faites aux femmes, a annoncé hier le Conseil de l’Europe, promoteur de cette initiative. Cette campagne baptisée « Stop à la violence domestique faite aux femmes », s’étendra tout au long de l’année 2007 à travers les 46 pays membres de cette organisation.
L’Est républicain, 23 novembre 2006
DOCUMENT 2 : VIOLENCES CONJUGALES
Prévenir la récidive des auteurs de violences et faciliter l’hébergement des victimes.
La lutte contre les violences au sein du couple se renforce. Alors que le Parlement a définitivement adopté, le 23 mars, la proposition de loi aggravant les peines pour les auteurs de violences (voir p. 168), deux rapports viennent enrichir le débat sur la prise en charge des hommes violents et l’hébergement des femmes victimes.
Le docteur Roland Coutanceau a remis, le 21 mars, à Mme Catherine Vautrin, son rapport intitulé « Auteurs de violences au sein du couple : prise en charge et prévention (http://www.cohesion-sociale.gouv.fr/). Un travail qui s’inscrit dans le prolongement du plan global 2005-2007 sur les violences au sein du couple (TSA, n° 996 du 26 novembre 2005, p. 22, n° 1044 du 2 décembre 2005, p. 22). Pour ce psychiatre, précurseur des consultations spécialisées pour hommes violents, la prise en charge du sujet violent suppose d’abord « des obligations ou des injonctions recommandées ou imposées lors des décisions de justice ». La loi permet à cet égard au juge d’imposer ou de suggérer une prise en charge sanitaire, sociale et psychologique dans différents cadres pré ou post-sententiel. Le docteur Coutanceau considère aussi que « le rappel à la loi de l’auteur des violences est le point de passage obligé de toute prise en charge ». Il devrait donc être réaffirmé « solennellement par un magistrat ». Outre ces principes, le rapport préconise notamment de systématiser la garde à vue et le déferrement au Parquet en cas de violences, d’effectuer un signalement auprès de la protection de l’enfance lorsque le couple a des enfants et de développer des consultations spécialisées pour hommes violents sous forme de prise en charge individuelle et de groupes de paroles. Il annonce également la mise en place de l’accueil familial des femmes victimes de violences à titre expérimental dans trois départements — la Drôme, l’Ardèche et la Réunion —, sur le modèle de l’accueil familial à titre onéreux des personnes âgées et handicapées. Le coût financier de la mesure, estimé à environ 1 300 € par mois (à comparer au coût en CHRS, 3 100 €), sera supporté esentiellement par l’État, les conseils généraux prenant en charge les femmes enceintes et les enfants de moins de trois ans.
C’est sur « l’hébergement et le relogement des femmes victimes de violences » que se sont penchés, pour leur part, M. Bernard de Korsak et Mme Anne-Marie Leger, respectivement ingénieur des ponts et chaussées et inspectrice générale des affaires sociales (IGAS), dans un rapport daté de janvier 2006 et rendu public ces jours-ci (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/). Les deux institutions avaient été missionnées en avril dernier par le Gouvernement pour dresser un état des lieux. Le rapport formule 26 propositions qui visent à traiter en amont la question du « lieu de vie » pour la victime et, le cas échéant, ses enfants. Il suggère ainsi d’améliorer l’évaluation quantitative des besoins, de renforcer le rôle de la commission départementale d’action contre les violences faites aux femmes dans le domaine de l’hébergement et du logement, de transcrire les besoins recensés dans les dispositifs prioritaires locaux (plans départementaux d’accès au logement des personnes défavorisées, schémas d’accueil d’hébergement et d’insertion…). Afin de détecter plus tôt les femmes victimes, les experts proposent de mettre en place un numéro téléphonique unique et simplifié au niveau national. Ils souhaitent aussi que le dispositif d’éviction du conjoint violent soit complété. Par exemple, en assouplissant les conditions de maintien de la victime dans son logement du parc social : changement du titulaire du bail sans nouvelle attribution, prise en compte de ressources temporairement inexistantes ou insuffisantes, mise en sécurité minimale du logement.
La loi réprimant plus sévèrement les violences au sein du couple est adoptée. Les députés ont adopté définitivement, le 23 mars, la proposition de loi renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple ou contre les mineurs. Elle définit comme circonstance aggravante le fait de commettre des violences au sein du couple (mariés, concubins ou pacsés) ou entre anciens conjoints. Elle érige aussi en circonstance aggravante le viol et les autres agresssions sexuelles au sein du couple. Et lorsque l’auteur du viol et la victime sont unis par les liens du mariage, la présomption de consentement des époux à l’acte sexuel ne vaut que jusqu’à preuve du contraire. Parmi les autres mesures : les dispositions qui permettent déjà l’éloignement du conjoint ou concubin violent du domicile du couple sont étendues aux ex-conjoints. La loi cherche aussi à lutter contre les mariages forcés. À ce titre, elle porte notamment de 15 à 18 ans l’âge du mariage des femmes et allonge les délais permettant de demander la nullité du mariage pour vice de consentement.
TSA, n° 1061, 31 mars 2006
DOCUMENT 3 : VIOLENCES CONJUGALES, COMMENT EN SORTIR ?
Le terme « violences conjugales » recouvre plusieurs réalités. Pour les victimes, sortir de ce cercle infernal est long et douloureux, comme l’explique Maïté Albagly, secrétaire générale du Mouvement français pour le planning familial. Pour Liliana Gonzales, psychanalyste, les places assignées — en l’occurrence celle des femmes battues — sont porteuses de souffrance mais aussi de signification. De plus, explique-t-elle, le récit de la violence rencontre des résonances chez celui qui écoute. D’où l’intérêt pour les professionnels de prendre le temps de construire la relation avec la victime. Selon Marlene Frich, conseillère conjugale et familiale et thérapeute, la violence conjugale recouvre un conflit psychique vie-mort. L’autre, explique-t-elle, devient nécessaire pour assurer la survie. C’est un travail du couple, pense-t-elle, qui est nécessaire pour en sortir.
Que recouvre le terme « Violences conjugales » ?
Malté Albegly : Il définit le processus au cours duquel un partenaire exerce des comportements agressifs et violents à l’encontre de l’autre, dans le cadre d’une relation privée et privilégiée. La violence conjugale peut être le fait de l’homme comme de la femme, cependant, dans 95 % des cas, la femme en est victime.
Quelles formes prend la violence conjugale ?
Elle peut prendre plusieurs formes, isolées ou conjointes, comme la violence psychologique disqualifiant la victime dans tout ce qu’elle est, la violence verbale qui humilie, la violence économique qui consiste à soumettre une personne par l’argent, la violence sexuelle avec par exemple le « viol marital » qui impose des relations sans consentement. Tous ces comportements en général précèdent la violence physique qui est la forme la plus connue et la plus repérable des violences conjugales, la femme en portant les traces visibles.
Pourquoi les victimes ne portent-elles pas plainte rapidement ?
La violence conjugale procède par phases : la déconsidération, les coups, l’explication des coups, la déresponsabilisation « Je ne suis pas responsable. Tu as provoqué ma colère », les excuses et enfin la « Lune de miel ». La lune de miel est un état fantastique durant lequel la victime va retrouver l’autre tel qu’elle l’avait imaginé quand elle l’a choisi comme partenaire.
Existe-t-il un « profil type » des femmes qui subissent de la violence ?
Non, les femmes de tous milieux culturels, intellectuels ou économiques sont touchées. Cette violence est encouragée par l’oppression sociale des femmes, amplifiée par l’inégalité et la dépendance économique. Bien entendu, une femme dévalorisée ou battue dans son enfance aura moins de ressources pour se défendre qu’une femme avec une personnalité bien construite.
Quels arguments cliniques peuvent expliquer la naissance de violences au sein d’un couple ou d’une famille ?
Liliana Gonzales : La violence est une réponse possible d’un sujet à quelqu’un ou quelque chose qui lui fait barrage. Dans un couple, elle peut surgir à l’occasion de la réactualisation de questions identificatoires dans l’actuel et dans les actes. Ces questions, restées dans une impasse, sont des questions fondamentales : qu’est-ce qu’être un homme, une femme ? Qu’est-ce qu’aimer ? Et aussi : qu’est-ce qu’une mère, un père dans cette famille-là ? Qu’est-ce que la violence alors ? C’est à partir de ce que des femmes — mais aussi des hommes — peuvent m’en dire, de leurs récits, qu’on saisit la violence, et ce travail se fait à partir de l’évocation à travers la parole des effets des actes violents, c’est-à-dire des effets de sidération et d’arrêt de la pensée. Dans ces récits de personnes qui ont traversé des violences intra-familliales,c’est souvent au moment de la grossesse et notamment quand le « ventre rond » se donne à voir (la réalité d’un enfant à venir) que la violence du conjoint éclate. Ces hommes, pas prêts à devenir pères, qui se trouvent contraints à devenir pères à marche forcée, réagissent. Pour certains hommes, il n’est pas possible de changer de place, au moins à ce moment-là, cela ne constitue pas une expérience psychique.
Comment se traduisent concrètement ces violences ? Est-ce, comme il est courant de le penser de manière stéréotypée, l’homme qui est responsable et la femme qui est victime ?
Parler en termes de victime et d’agresseur est important et fondamental non seulement parce qu’on intègre ainsi le point de vue de la loi (car il est important de déterminer un responsable des faits), mais surtout dans la mesure où une reconnaissance de la violence infligée par le corps social constitue parfois un pas nécessaire dans le chemin de l’appropriation psychique de cet acte de violence. Un pas néccessaire mais pas suffisant. Mais, de mon point de vue, penser uniquement en termes de victimes et de bourreaux ou responsables, ce serait rabattre la violence à un pur événement factuel, en écrasant toute duplicité, toute opacité fantasmatique. C’est déshumaniser et l’homme et la femme. Mais on ne peut pas non plus rabattre l’événement sur le fantasme, en occultant le rôle du conjoint ou du parent. Une telle opération l’innocenterait implicitement en le libérant, lui (parent, conjoint), de tout désir. Dans ce domaine, mon travail consiste a accompagner la personne dans la reprise en chantier de ses questionnements, de l’appropriation de ce qu’elle a pu jouer, à son insu, dans cette histoire et, autrement dit la subjectivation (c’est-à-dire pouvoir dire je à nouveau) et à essayer de faciliter l’accès à autre chose : quitter la place assignée – victime, coupable, responsable — sans oublier que les places assignées sont porteuses de souffrance mais aussi de significations.
Quels conseils suggéreriez-vous aux travailleurs sociaux pour mieux déceler et traiter ce phénomène ?
Il me semble important d’abord de repérer certains effets, certains signes de la violence subie ou infligée : la confusion, le chaos dans les récits par exemple. Certaines femmes sont aussi sous le poids de la honte ; c’est-à-dire qu’elles ne parlent pas, si ce n’est dans un contexte de confiance établie et réelle. De ce point de vue se révéle aussi le caractére de la violence : penser que l’autre va penser qu’elle y est pour quelque chose ; donc : il faut faire en sorte qu’on ne se sente pas jugée face à des violences reçues ; que ça peut arriver et que ça paralyse. Ce sont là des aspects importants. Or, ce contexte se construit dans le temps, avec du temps, dans une relation. Il est aussi important de ne pas agir avec précipitation, comme dans une réponse immédiate en miroir. La violence et son récit rencontrent des résonances chez celui qui écoute, produisant parfois de la fascination ou de l’horreur. La précipitation à agir ne viendrait-elle pas là, d’ailleurs, comme un évitement à ces effets ? La violence happe et annule la capacité de penser, nous l’avons dit.
Lien social, n`’ 6660, 3 avril 2003
DOCUMENT 4 : COUPS BAS
Dans les couples déchirés par la violence, la culpabilité ronge souvent les victimes davantage que les bourreaux.
D’un côté la victime, de l’autre le bourreau. Est-ce si simple ? Partant du principe que l’homme qui bat est bien évidemment en faute, François Chilowicz, auteur de cet excellent documentaire sur la violence conjugale, s’interroge sur la part de responsbilité de chacun dans ces couples qui ne fonctionnent que sur le mode de la brutalité.
« Pourquoi est-elle restée huit ans avec moi ? », demande Did. « Pas par amour. Pas parce qu’elle croyait pouvoir me guérir. Mais parce que la violence est un jeu à deux. Un combat à la vie, à la mort. » En cause d’abord, l’histoire personnelle des protagonistes. Puis une relation trop fusionnelle qui autorise petit à petit l’un à posséder l’autre tout en le niant. Sortie de dix ans de calvaire, Dominique reconnaît qu’elle appréciait, au début de son union, d’être « vampirisée » par son époux. Comme si, en faisant d’elle sa chose, il lui prouvait son amour. « Les victimes sont attirées par leur bourreau », dit-elle. « Il y a tant de douleur dans cette relation qu’on est obligée d’aimer celui qui vous frappe. Sinon, on devient folle. »
Chantal, de son côté a mis longtemps avant de se résoudre à faire poursuvire son tortionnaire. Un homme épousé en secondes noces, si bon danseur, si bon amant : « Je l’aimais. Je ne m’étais pas remariée pour divorcer. » Oser dénoncer les sévices subis en silence pendant des années, c’est aussi ravaler sa honte de les avoir acceptés. La culpabilité ronge par ailleurs les victimes, qui s’accusent d’être à l’origine de leur malheur comme de l’échec de leur couple. L’un n’est jamais tout noir et l’autre tout blanc. « Parfois, explique Jérôme, je vois dans son regard qu’elle me cherche. Elle sait exactement ce qu’il faut dire pour que j’explose. » Jérôme a fait l’objet de poursuites. Il cherche à comprendre. Max, en revanche, refuse d’admettre le départ de celle qu’il a martyrisée pendant vint-cinq ans. « Je la frappais avec amour, par amour », ose-t-il. « Je souffrais moralement plus qu’elle. Au bout d’un moment, je n’en pouvais plus, je lui faisais un câlin. » Après la raclée, les promesses de ne plus recommencer.
C’est le coup ou l’humiliation de trop qui déclenche la prise de conscience. « J’ai eu un flash », explique Sylvie. « Je me suis dit : c’est fini. Et cela a été fini. » Dominique dit avoir vécu le procès aux assises de son mari (cinq ans de prison dont trois avec sursis) comme « une révélation de la gravité de ce que j’avais enduré ». Caroline, elle, n’a pas eu la force de porter plainte. Le jour où elle a senti que son compagnon allait la tuer, elle lui a planté un couteau dans le coeur. Elle a écopé de huit ans de prison. « Cette fois, il n’a pas eu le temps de m’amocher », dit-elle. « La justice a donc considéré que c’était moi, et non pas lui, qui étais coupable. Mais ce geste a été ma délivrance. » Tous les trois jours, en France, une femme meurt des suites de violences conjugales.
SYLVIE VÉRAN,
© Le Nouvel Observateur, 7 décembre 2006.
DOCUMENT 5 : VIOLENCES CONJUGALES : SOIGNER L’HOMME VIOLENT
Selon Michela Marzano, philosophe, chercheuse au CNRS : « À la base de la violence il y a une crise existentielle profonde qui pousse l’auteur à considérer la femme comme rien ».
Quel est le profil de l’homme violent ? Il s’agit souvent d’individus qui n’acceptent pas la « résistance » du réel, c’est-à-dire le fait que parfois la réalité s’oppose à leur désir, que parfois les autres ne répondent pas exactement à leurs demandes. Ce qui les amène à vouloir forcer ce qui résiste, à vouloir plier ceux ou celles qui leur opposent un refus. Si l’on analyse le cas particulier des violences sexuelles envers les femmes, l’on se rend compte que les violeurs forcent leurs victimes à se plier à leurs exigences,sans prendre en compte leur refus. Ce qui devient possible à partir du moment où l’autre n’est plus pris en compte comme autre, et qu’il n’est donc plus reconnu comme un être humain digne de respect : son « non » devient un « oui », car la seule chose qui compte est la volonté de celui qui exerce la violence. Les hommes violents sont souvent des individus qui n’arrivent pas à s’inscrire dans le monde et dans la société de façon satisfaisante : à la base de leur violence il y a une crise existentielle profonde, qui les pousse à considérer les autres, et notamment les femmes, comme « rien », peut-être aussi parce qu’eux-mêmes n’arrivent pas à donner beaucoup de valeur à leur vie, et n’arrivent pas non plus à obtenir une considération adéquate de la part des autres (et notamment des femmes) La violence, de ce point de vue, apparaît comme le seul recours possible, comme le seul moyen pour s’imposer, en montrant ainsi à la société qu’il y a au moins les victimes de leur violence qui ont dû se plier à leur volonté et leur puissance.
Que peut-on faire pour lutter contre cette violence, comment tenter de la prévenir ?
L’éducation peut jouer un rôle très important, en permettant aux individus de prendre la mesure des effets dramatiques que la violence peut avoir. De ce point de vue, il faudrait peut-être commencer par faire comprendre aux jeunes l’existence de limites, et leur montrer comment ces limites font partie de la condition humaine. Et cela, non seulement parce que l’être humain est une créature « limitée » et « mortelle » (c’est-à-dire un être qui n’est pas tout-puissant), mais aussi et surtout parce que toute action humaine est limitée par la présence d’autrui et par son désir qui peut ne pas correspondre aux attentes que l’on a. Autrui est toujours une limite à nos actions et à nos choix. Il existe une sorte d’infranchissable seuil qui nous sépare d’autrui, sauf à ne pas reconnaître celui-ci comme semblable à nous et, dans un même temps, à détruire la possibilité de notre humanité au sein du monde. Le problème est cependant que, aujourd’hui, on vit dans une société assez « clivée ». D’une part, on assiste à une dénonciation de la violence et à l’institution d’une espèce d’État de police ; d’autre part, cet État de police utilise à son tour une violence qui n’est pas moins extrême et qui ne prend pas du tout en compte l’humanité des coupables. D’une part, on assiste à la dénonciation de la violence des hommes vis-à-vis des femmes ; d’autre part, certaines femmes, qui se disent féministes, proposent comme seule solution à la détresse féminine l’utitisation d’un contre-pouvoir féminin.
Je crois que la tentative de résoudre le problème de la violence par une pénalisation toujours plus dure et plus violente des auteurs d’actes de violence n’est pas une réponse adéquate. Ce que l’on fait, en effet, c’est répondre à la violence par la violence, sans considération aucune du fait que les hommes violents sont des individus qui n’ont probablement pas pu développer chez eux ce que Freud appelle la « compassion ». Pour Freud, la compassion est l’une des « digues psychiques » qui structurent la subjectivité des individus, une « digue » qui s’oppose à la « cruauté ». Or, les hommes violents sont des individus qui, en général, n’ont pas de compassion vis-à-vis des autres, et notamment des femmes. Car les femmes, à leurs yeux, sont souvent des « choses », des « objets » dont on peut disposer complètement. Non seulement la femme n’est pas reconnue comme une semblable, comme une présence qui demande à être respectée en tant que sujet, mais elle n’est pas non plus reconnue comme un être sensible : elle n’est plus un « autrui » qui peut contester le pouvoir et la violence des hommes. Chercher à opposer à cette violence une autre forme de violence qui réduit les coupables en « objets » contre lesquels exercer une forme de vengeance ne peut contribuer qu’à l’affirmation du principe selon lequel il y a des individus qui n’ont pas droit au respect que tout être humain mérite en tant qu’être.
Lien social, n° 700, 11 mars 2004
1. Résumé
Vous rédigerez en un maximum de 300 mots (il y a environ 10 mots par ligne) un résumé des idées essentielles des documents ci-joints. Essayez d’être concis, objectif et de relier logiquement les points les plus importants. Exprimez-vous sans recopier des passages des textes ni paraphraser, ni faire de commentaires personnels.
2. Discussion
« L’Éducation peut jouer un rôle très important, en permettant aux individus de prendre la mesure des effets dramatiques que la violence peut avoir. De ce point de vue, il faudrait peut-être commencer par faire comprendre aux jeunes l’existence de limites et leur montrer comment ces limites font partie de la condition humaine ».
Dans un développement succinct, mais construit et ordonné, avec une introduction et une conclusion (300 mots environ), vous commenterez et discuterez ces propos en exposant, à l’aide d’arguments et d’exemples précis, votre opinion personnelle.
Durée totale de l’épreuve : 3 heures
Prépa social – Concours Travail social – Prépa sociale – Concours Educateur spécialisé – Concours Educatrice jeunes enfants – EJE- ES- AS Paramédical – Concours Assistante sociale – Méthodologie Concours social – Sujets concours éducatrice jeunes enfants – Institut du travail social – Sujets concours assistante sociale – Annales concours social – Sujets concours educateur spécialisé – Concours lorraine