Annales de l’IRTS de Champagne-Ardenne ; session 2003 Épreuve de synthèse (français)

Annales de l’Institut régional du travail social de Champagne-Ardenne ; session 2003

Épreuve de synthèse.

Durée : 3 heures.

Le temps, nouvelle frontière.

Qu’y a-t-il de commun entre une mère de famille qui s’arrache du bureau à six heures du soir pour récupérer son enfant à la crèche, un automobiliste qui passe deux heures dans les embouteillages pour rentrer chez lui après le travail , un jeune désoeuvréle mercredi après-midi et une femme de ménage qui nettoie les bureaux aux heures où ils se vident ? Le temps, bien sûr, commun à tous, que nous avons de plus en plus de mal à partager. (…)

Les progrès de la productivité aidant, la durée du travail a ainsi baissé de manière spectaculaire au cours du vingtième siècle. De la naissance à la mort, “la part de notre temps consacré au travail est passée de 50 à 14 % de la vie éveillée”, note le sociologue Jean Viard. Une évolution observée dans la totalité des pays industrialisés, où le week-end et la journée de sept ou huit heures sont partout devenus la norme. Comme, dans le même temps, les neuf-dixièmes de la population sont devenus salariés, c’est toute l’organisation sociale et tous les rythmes urbains qui se sont trouvés progressivement modelés par les horaires imposés par les employeurs dans le privé comme dans le public.

Un temps de plus en plus élastique.

Nombreux sont les salariés qui travaillent quand les autres se reposent et réciproquement. Le phénomène n’est pas nouveau. La volonté d’accroitre la durée d’utilisation des équipements a conduit de longue date à développer le travail en équipe, voire le travail du week-end dans l’ industrie. D’autres activités doivent nécessairement fonctionner en continu, comme les transports, les hôpitaux et les services de police ou de sécurité. Enfin, de nombreux secteurs ont vocation à fonctionner en dehors du temps de travail de la masse des salariés : les spectacles, l’hôtellerie-restauration, les commerces, etc. (…)

Facteur commun à toutes ces évolutions : des plages horaires traditionnellement consacrées au repos ou à la vie familiale cèdent la place au travail . Cette nouvelle “porosité” des temps sociaux concerne aussi bien la frange des “affairés” (ceux qui ramènent du travail à la maison ) que les personnes à temps partiel non choisi ou en horaires atypiques (travail du week-end et travail de nuit progressent l’un et l’autre ). Aujourd’hui, environ 30 % des actifs travaillent en horaires décalés.

Cette flexibilité croissante des horaires, qu’elle soit contrainte ou choisie, vient percuter en retour la demande de services urbains. dans le domaine du transport, l’individualisation des rythmes ouvre une voie royale à l’automobile, qui vous conduit quels que soient l’heure et le trajet.

Tout, tout le temps et tout de suite.

La voiture n’est d’ailleurs qu’un élément d’ une série de développements techniques qui favorisent l’autonomie des individus en leur permettant de gérer plus librement leur emploi du temps (ordinateur portable, téléphone mobile…). Le secteur marchand s’efforce d’y répondre : ainsi, une enseigne de vente par Internet affiche le slogan “Faites provision de temps libre” et livre ses clients jusqu’à 23 heures. Les centres commerciaux se transforment en espaces multifonctionnels, combinant offres de biens, de services et de loisirs (pendant que les parents font les courses, les enfants jouent à la garderie ! ) . Les commerces étendent leurs plages horaires le soir ou le week-end. Au-delà des remparts réglementaires s’élève dorénavant le spectre d’une ville ouverte 24 heures sur 24, où la flexibilité imposée à une partie de la société permet à l’autre de mieux jouir de la vie urbaine, tout en satisfaisant aux exigences horaires de son emploi.

On mesure ici à quel point la question du temps est complexe. Peut-on simplement se contenter de prendre acte de ces évolutions et laisser les plages horaires des services urbains s’élargir indéfiniment? Ou faut-il réglementer à tout va, au risque de contraindre ceux qui vivent positivement les évolutions actuelles ? La voie est étroite pour les pouvoirs publics : d’un côté, il leur faut limiter les dérives que la logique marchande entraîne sur les temps sociaux comme sur le temps de chacun. Mais, de l’autre, ils ne peuvent pas non plus ignorer les normes imposées par ces grands prescripteurs de temps que sont les employeurs et les institutions éducatives, et ne pas tenter d’adapter en réponse les services collectifs : au nom de l’efficacité collective, comme les nuisances causées par l’automobile l’illustrent bien, mais aussi au nom de la justice sociale et d’un accès équitable aux opportunités offertes par la ville.

Sandra Moatti , Dossier “les villes courent après leurs temps”, Alternatives économiques, numéro 204, juin 2002.

Questions :

1. En une vingtaine de lignes au maximum, vous présenterez la structure et les idées essentielles du texte en utilisant votre propre vocabulaire.

2. En vous aidant du texte et notamment de votre propre expérience, expliquez ce que vous entendez par : “un temps de plus en plus élastique”. Rédigez 30 lignes au minimum.

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