Annales concours Infirmier – Ifsi Auvergne 2014. 1er sujetEpreuve de culture Générale – Durée : 2 heures |
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Les entreprises face au fléau de l’illettrisme
« J’ai eu seize ans un 22 avril, j’ai commencé à travailler le 24. À l’usine, j’ai tenu tous les postes. Jamais je n’ai dit que je ne savais pas lire. Mais rien n’était plus douloureux, raconte Jean-René Mahé, un ancien salarié illettré, qui a fondé l’association Addeski pour lutter contre ce fléau. Je suis allé à l’école mais je n’ai su écrire qu’à quarante-trois ans. Des employés comme je l’ai été, qui ne disent rien à personne, je connais ». Lire écrire, compter… Selon l’INSEE, ces compétences feraient défaut à 3,1 millions de Français. Et 57 % d’entre eux ont un emploi. « Il ne faut pas confondre illettrisme et analphabétisme, explique Hervé Fernandez, secrétaire de l’Agence nationale de la lutte contre l’illettrisme (ANLCI). Les personnes en situation d’illettrisme ont été scolarisées en France. Mais au fil des ans, elles se sont déshabituées des codes d’écriture et des chiffres. » Or « ce n’est pas comme le vélo : avec le temps, la lecture et l’écriture se perdent », précise Thierry Le-paon, secrétaire général de la CGT pour la Normandie, qui rédige un rapport sur le travail et l’illettrisme pour le Conseil d’orientation pour l’emploi. Si le phénomène est plus prégnant dans certains secteurs comme le traitement des déchets, où il affecte 18 % des salariés, le transport (14 %), la métallurgie (12 %) ou le BTP (10 %), il n’épargne personne. « Certains chefs d’entreprise, par ailleurs dotés de grandes qualités, commerciales notamment, suivent des formations aux compétences de base loin des regards », raconte Hervé Fernandez. En témoigne cette société de gardiennage, qui a récemment imposé à ses salariés de répertorier les incivilités par ordinateur. Tous ne se sont pas exécutés. Et pour cause ! Les employeurs doivent donc prendre le problème à bras-le-corps. D’autant que, d’après le Code du travail, ils sont tenus de veiller à ce que leurs équipes maintiennent un niveau de compétences. En mars dernier, la Cour de cassation a ainsi condamné un grand hôtel parisien. Sa faute : n’avoir jamais formé quatre commis de cuisine, âgés de 54 à 62 ans, qui ne savaient ni lire ni écrire malgré de longues années (25 à 33 ans) passées dans l’entreprise. À la décharge des employeurs, l’illettrisme n’est pas facile à détecter. « C’est un mot qui fait peur. L’entreprise est désarmée », estime Stéphanie Verhaeghe. Soucieux de ne pas être stigmatisés, et par crainte de perdre leur poste, les salariés qui en sont victimes développent des techniques savantes pour éviter d’être découverts. « Ma vie était une chasse aux astuces, raconte Jean-René Mahé. Lorsqu’il y avait des notes de service à lire, à force de questions tous azimuts, je finissais par avoir le contenu de l’information. » Élaborer des moyens mnémotechniques, écrire de manière illisible, prétexter ne pas avoir le temps de s’acquitter d’une tâche administrative, se créer ses propres repères pour apprendre le fonctionnement des machines, s’arranger pour faire remplir des documents par un proche…, les stratagèmes sont légion. « Les capacités sont grandes mais au prix de quels efforts ! », commente Marie-Thérèse Geffroy, directrice de l’ANLCI. « Souvent, ce sont des gens qui compensent énormément, qui arrivent au travail très tôt et en repartent beaucoup plus tard que les autres », explique Elsa Géroult, coordinatrice chez Opcalia. Au moindre changement, les repères volent en éclat. « Ils ne sont jamais intéressés par les formations et évoluent rarement, bien qu’étant souvent très compétents », poursuit-elle. Ainsi, ce technicien reconnu pour ses compétences s’est raidi lorsque son supérieur a voulu lui confier un poste de formateur, devenant soudain tétanisé à l’idée de laisser des traces au tableau. « C’est bloquant pour une entreprise ! Il faut les pousser à s’emparer du problème, et à inciter leurs salariés à réapprendre à apprendre, sans les stigmatiser en utilisant le terme d’illettrisme ! », assure Elsa Géroult. Malgré tout, les tabous demeurent. « Les salariés le cachent. Mais pour un groupe industriel, admettre que des salariés sont illettrés n’est pas simple non plus, car cela crée d’emblée un problème d’image. Le sujet n’est pas abordé par les militants syndicaux qui craignent de faire la liste des mauvais élèves », estime Thierry Lepaon, qui redoute que l’illettrisme s’intensifie, à l’heure où « de plus en plus de jeunes sortent du système scolaire sans savoir lire ou écrire ». Le chômage augmentant le nombre des salariés à reconvertir, le désarroi des personnes en difficulté pourrait s’accroître. « Pourtant, il ne faut pas en faire une montagne, ce n’est pas une maladie, ni un défaut, ni une question de nature. Et on peut s’en sortir », affirme Marie-Thérèse Geffroy. Pour preuve ? Au Canada, l’ex-entraîneur de hockey Jacques Derners est devenu, l’an passé, sénateur à Ottawa. II avait pourtant avoué, il y a cinq ans, son illettrisme dans sa biographie En toutes lettres. (4 996 caractères) Laurance N’Kaoua, « Les entreprises face au fléau de l’illettrisme », Les Échos, 5 octobre 2010. QUESTIONS QUESTION 1 Présentez brièvement le sujet de cet article et identifiez les idées principales. QUESTION 2 Dégagez la problématique posée par ce texte, suite à la lecture des témoignages qui y sont évoqués. QUESTION 3 Après avoir commenté et analysé les chiffres du paragraphe en caractères gras, vous préconiserez les mesures qui vous paraissent judicieuses pour éradiquer le fléau de l’illettrisme. |
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