Haut Rhin 2015 bis

Concours Infirmier 2015. Epreuve de Culture Générale


Département Haut Rhin. Durée: 2h
L’épanouissement personnel comme source de la générosité

N’en déplaise aux plus pessimistes sur notre nature profonde, l’altruisme n’est pas mort. C’est vrai, les faits divers, la médiatisation des conflits in­ternationaux, la dureté de notre système économique alimentent l’idée que l’homme serait « un loup pour l’homme ».

Mais à en croire les dernières études en sociologie, nous n’en serions pas moins, aujourd’hui plus que jamais, des « êtres relationnels »’.

En témoigne la montée en puissance de l’engagement associatif. Entre 2005 et 2012, le nombre de personnes donnant de leur temps dans une structure en France est passé de 13,3 à 16 millions, sans compter les regroupements informels à travers les réseaux sociaux en ligne et autres collectifs. « Il y a l’envie de reconstruire au plan relationnel un terreau social, non pas comme auparavant sur un mode institutionnel, pyramidal et hiérarchisé, mais à par­tir d’échanges interpersonnels et réciproques, dans lesquels il s’agit à la fois de donner et recevoir », commente Roger Sue, membre du centre de recherche sur les liens sociaux, auteur d’une récente étude sur les motivations du bénévolat2.

La notion de plaisir est assumée

L’Engagement vécu comme un acte moral supérieur s’estompe. Une majo­rité de bénévoles, hédonistes, veulent s’épanouir en faisant quelque chose d’utile. La notion de plaisir est totalement assumée. « Je n’ai pas de vision philosophique pour animer ce que je fais. Je ne cherche pas à aider les autres pour les autres, je m’investis avant tout parce que ça me fait du bien », déclare sans complexe Laurence, 54 ans. Cette ancienne responsable du personnel dans le secteur de l’assurance a expérimenté le bénévolat pour la première fois il y a douze ans, auprès d’une association de parents d’élèves, au moment où elle quittait son travail pour mieux se consacrer à sa vie familiale. Comme pour 34 % des bénévoles âgés de 18 à 60 ans, l’engagement pour Laurence est né du désir de faire des activités en équipe3 […].

Même après avoir repris le travail, elle a toutefois continué à oeuvrer, notam­ment auprès d’enfants hospitalisés. Pour elle, comme pour 51 % des béné­voles actifs, il s’agit en priorité de mettre ses compétences au service d’une cause d’intérêt général.

Pour décrire la forme d’engagement de Laurence, certains spécialistes du sec­teur associatif n’hésitent pas à parler de « zapping ». Laurence, elle, préfère parler d’ouverture. À force de « goûter » à différentes actions, elle dit avoir changé. «Avant, j’avais davantage de certitudes, je ne discutais qu’avec les cadres de mon milieu professionnel, et je me rends compte que je pouvais juger les gens un peu trop rapidement. Aujourd’hui, je suis sans doute moins dure envers les gens qui ne me ressemblent pas », note-t-elle.

L’engagement se transmet de proche en proche

Une fois contracté, le virus de l’engagement se transmet de proche en proche : 43 % des enfants qui ont un père ou une mère bénévole le sont à leur tour. L’accompagnement des enfants dans une association, les incitations à l’engagement dans le milieu universitaire préparent également un terrain favorable au don de soi.

« Mon père était président d’un syndicat à Rennes, c’est grâce à lui que j’ai com­pris le principe de s’associer avec d’autres pour défendre une cause, explique Nuna, étudiant à HEC (Hautes Ecoles de Commerce). Alors j’ai sauté sur la première occasion pour m’y mettre ».

Le jeune homme est trésorier de Rêve d’enfance, association qui permet à des enfants malades ou en rémission de prendre part à une croisière à la voile en Corse. Depuis cette année, il a par ailleurs intégré le mouvement scout, où il accompagne des louveteaux. Pour lui aussi, la recherche de sens est au centre de son projet, avec cependant une teinte plus politique. « En termes de solidarité, nous avons trop pris l’habitude d’un État qui gère tout ; or je crois qu’en temps de crise, tout particulièrement, il faut s’emparer du principe d’entraide sociale à tous les niveaux », explique-t-il.

Intervention de l’intime

Parfois, le bénévolat peut prendre une trajectoire plus personnelle, aussi. […] Selon une étude menée par France bénévolat, un quart des Français qui ne s’investissent pas particulièrement dans une mission de bénévolat seraient prêts à s’engager sur un sujet qui touche personnellement leur en­tourage.

L’activité bénévole dans son développement actuel articule de manière nou­velle les différents temps de vie. « Les volontaires considèrent qu’ils acquièrent beaucoup de choses directement transférables dans leurs univers personnels ou professionnels », souligne le spécialiste Roger Sue.« Nous sommes dans un nouvel âge de l’individualité, où les gens ont conscience qu’on ne peut pas s’épanouir en dehors de notre relation à autrui. »


(3 943 caractères)

Jean-Baptiste François, La Croix, 6 décembre 2012

1.David Brooks, L’animal social : les ressorts cachés de l’amour, du bonheur et de la réussite, Presses de la Cité, juin 2012.

2.« Intérêts d’être bénévole », étude qualitative réalisée à partir des récits de 58 personnes engagées dans une activité bénévole.

3.Étude publiée en 2012 par France bénévolat et Recherches & Solidarités.

QUESTION 1(3 POINTS)

Dégagez de ce texte les idées principales, sans les commenter.

Identifiez la problématique commune qui en découle.

QUESTION 2 (5 POINTS)

En une trentaine de lignes, commentez la phrase : « En termes de solidarité, nous avons trop pris l’habitude d’un État qui gère tout ; or je crois qu’en temps de crise, tout particulièrement, il faut s’emparer du principe d’entraide sociale à tous les niveaux. »

QUESTION 3 (7 POINTS)

Développez ce qu’évoque pour vous la phrase : « Nous sommes dans un nouvel âge de l’individualité, où les gens ont conscience qu’on ne peut pas s’épanouir en de­hors de notre relation à autrui ».

Orthographe, grammaire, syntaxe, présentation, respect des consignes : 5 points.