Annales concours Infirmier – IFSI Auvergne 2014 – 2e sujet de culture générale


Annales concours Infirmier – Ifsi Auvergne 2014. 2ème sujet

Epreuve de culture Générale – Durée : 2 heures

La lecture réinventée

Elle a longtemps hésité mais elle a fini par succomber à la tentation : pour son anniversaire, Sylvie Sagnes, qui tient un blog littéraire, s’est offert une liseuse électronique. « Elle n’est pas fun, elle n’est pas jolie mais c’est un vrai livre !, s’enthousiasme cette femme de 44 ans qui lit plusieurs ouvrages par jour. Elle est légère, le confort de lecture est total, et au bout de quelques pages, on oublie complètement l’appareil. J’habite en banlieue, je passe beaucoup de temps dans le train et je peux me balader avec une bibliothèque en poche des contes de Dickens si j’ai dix minutes devant moi, ou un gros Stephen King en anglais que je lis en consultant le dictionnaire électronique intégré. »

Sylvie Sagnes est une pionnière, mais après Noël elle se sentira sans doute moins seule : si l’on en croit les experts, la liseuse pourrait devenir « le » cadeau électronique des fêtes de fin d’année. L’institut GfK, qui recensait à peine 30 000 achats de liseuses en France en 2010, estime qu’il pourrait cette année frôler les 100 000 achats. À l’approche de Noël, les fabricants semblent s’être donné le mot : la plus grande librairie en ligne du monde, Amazon, a lancé son Kindle en français, Booken son Cybook Odyssey, et la Fnac son Kobo. « Le marché va exploser », prédit le directeur de Virgin, Jean-Louis Raynard. « Quand Amazon débarque dans un pays, il y a un avant et un après », ajoute un porte-parole de Booken.

Pour ses premiers pas en France, Amazon a opté pour une liseuse der­nière génération à 99 €. Le Kindle tient dans sa poche, il pèse à peine 170 grammes et il peut contenir 1 400 ouvrages. « Cet appareil n’est pas un gadget, il est fait pour lire des textes dans la durée », précise le Directeur général de Amazon France, Xavier Garambois. Sur le site d’Amazon, le lecteur peut télécharger 45 000 titres en français, 900 000 en anglais. Les nouveautés coûtent environ 20 % de moins qu’un livre en papier mais les classiques, qui sont libres de droit, sont plus intéressants encore : les œuvres complètes de Victor Hugo valent 2,99 € et les 20 volumes des Rougon-Macquart, de Zola, 1,99 C. Les Fleurs du mal, les Fables de La Fontaine ou Le Rouge et le Noir sont même gratuits.

Pour assurer l’illusion d’une lecture traditionnelle, Amazon a déployé des trésors d’imagination. Grâce à l’encre électronique, la page du Kindle res­semble à s’y méprendre à une page en papier : même format, même fond blanc, même absence de reflets. Le Kindle n’est pas un écran d’ordinateur rétroéclairé dont la lumière fatigue les yeux : comme un livre, il peut se lire en plein soleil ; comme un livre, il doit être approché d’une lampe lorsque la nuit, tombe. Pour éviter toute analogie avec un écran d’ordinateur, Amazon a doté son Kindle d’une large autonomie : au rythme d’une demi-heure de lecture par jour, la liseuse peut tenir un mois — l’équivalent de longues vacances d’été où le chargeur est malencontreusement resté à la maison. Amazon a tout fait pour que les utilisateurs du Kindle retrouvent les petits plaisirs de la lecture papier. Vous aimez corner les pages que vous aimez ? Si vous le sou­haitez, le Kindle dessine un petit triangle en haut à droite de la page élec­tronique. Vous aimez surligner des passages et ajouter des notes ? Il peut tracer un trait et vous proposer un clavier pour rédiger quelques mots dans la marge. Vous placez un marque-page, le soir, avant de vous endormir ? Le lendemain, le Kindle s’ouvre à la dernière page lue. L’allure du livre papier est ainsi respectée : même couverture, même typographie, même mise en page, même quatrième pour clore la lecture – ou parfois la recommencer.



[…] À ces plaisirs hérités du livre papier, la plupart des liseuses ajoutent des agréments qui relèvent, cette fois, du monde de l’électronique. Les presbytes peuvent grossir les caractères ou modifier la police, les esthètes inventent des mises en page en jouant sur les blancs ou la taille des interlignes. La recherche par mots clefs et le recours au dictionnaire électronique sont ra­pides, le téléchargement aussi : une requête par genre ou par auteur sur le site de la boutique, et vous recevrez votre livre en moins de 60 secondes. Malgré ces atouts, cet appareil qui promet de révolutionner le monde de la lecture fait le désespoir de tous ceux qui regrettent déjà le « petit tas de feuilles sèches » dont parlait Jean-Paul Sartre. « J’aime l’idée que chaque livre est unique et que tous les livres ne sont pas uniformisés dans un même support », explique au Point l’écrivain Frédéric Beigbeder. NovoVision, d’Yves Adrien, n’a pas la même odeur que Splendeurs et misères courtisanes, de Balzac. Un livre donne un plaisir sensuel : c’est tactile, les pages ont un parfum. Alors qu’un écran ne sent que le métal, le verre et le plastique. Moi je préfère que les gens aillent dans une librairie fureter, traîner, feuilleter, humer, palabrer, au lieu de cliquer, zapper, chatter, blaguer… » […]

(4 064 caractères)

Anne Chemin, extrait de « La lecture réinventée » Le Monde, 10 décembre 2011.

QUESTIONS

QUESTION 1

Après avoir donné les principales idées du texte, vous dégagerez la probléma­tique d’après ce contexte.

QUESTION 2

Vous commenterez le passage en caractères gras et donnerez votre avis per­sonnel sur cette évolution.

QUESTION 3

La liseuse, puis les e-books (ou les livres « enrichis ») qui mêlent son, textes et jeux interactifs vont, dit-on, révolutionner le monde de la lecture. Vous expli­querez dans un développement structuré, pourquoi et comment le livre papier peut cohabiter avec l’ère numérique (une trentaine de lignes) ?