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Concours Ergothérapeute Paris ; session 2009 |
| Résumez ce texte en 120 mots (+ ou – 5 %). Vous indiquerez à la fin de votre résumé le nombre de mots employés.
Durée: 1 heure |
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Chaque fois que je passe devant l’hôtel des Invalides – et c’est souvent puisque j’ habite tout à côté -, je me demade de quelle façon il aurait été conçu et construit si, en son temps, le mot “invalides” avait été implicitement proscrit du vocabulaire officiel. Sans aller jusqu’à rechercher de mystérieuses correspondances dans l’architecture et les pudeurs de la morale sociale, on peut penser que les remarquables acrobaties linguistiques auxquelles nous nous livrons par respect humain ne sont pas dépourvues de liens avec nos techniques et ce qui nous tient lieu de style. Quoi qu’il en soit de notre peur des mots et des barbarismes qu’elle ne cesse d’inventer, le fait est que pour nous il n’y a plus ni pauvres, ni vieillards, ni primitifs, ni estropiés ; nous ne voulons connaître que des “économiquement faibles”, des personnes du “énième âge”, des pays “en voie de développement” et des handicapés ce qui contribue sûrement à apaiser un peu la mauvaise conscience collective, bien que les intéressés eux-mêmes n’en soient guère soulagés. Faute de pouvoir nettoyer le monde de ses hontes bien réelles, nous évacuons du moins de notre vocabulaire les idiots, déshérités, misérables et miséreux, bonnes à tout faire et bons à rien qui, hier encore, y exhibaient les plaies de l’inférieur, du faible, du taré (jusqu’à présent les malades et les morts ont l’air de résister, il est vrai qu’il n’est pas si facile de s’en débarasser) . En somme, poussés par notre délicatesse, nous travaillons à étouffer le scandale d’être en condamnant les mots qui le disent trop clairement, à s’effacer devant des mots décents mais cette substitution ne traduit pas seulement les bonnes et les mauvaises raisons couvertes par le respect humain, elle force aussi à constater que le mot, investi magiquement du même pouvoir que son contenu, reste pour nous l’objet d’un culte superstitieux : nous le croyons toujours capable de déchaîner, ou, s’il est invoqué spécialement à cet effet, de conjurer les forces actives dont il est le signe indifférent. Contrairement à la leçon des linguistes, que nous ne songeons d’ailleurs pas à discuter, nous sommes toujours convaincus intimement que le mot “chien” mord et qu’il peut même devenir enragé. Parler de “pauvres” expose donc à un double danger : c’est invoquer inprudemment les puissances liées à l’argent, contre lesquelles le démuni pourrait fort bien se dresser ; mais c’est aussi attaquer le “riche” en lui lançant à la tête le symbole explosif de sa situation privilégiée – de là “économiquement faible”, un composé lui-même trop faible et , trop mou pour qu’il y ait lieu de le redouter. Marthe ROBERT ;La peur des mots ; 1977 |
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