Paris ISRP 2006

CONCOURS D’ENTREE

A l’INSTTTUT SUPERIEUR DE REEDUCATION PSYCHOMOTRICE

ISRP Paris 2006

13 mai 2006 Epreuve de Français

La Société Incapable de Décider des Alternatives

Les rédacteurs du rapport annuel de l’ONUSIDA et de l’OMS sur l’épidémie de sida doivent, chaque année, se livrer à un exercice redoutable. Ils doivent d’une part publier les statistiques relatives aux décès provoques par le VIH et aux nouvelles infections, en progression fulgurante dans certains pays, d’autre part se féliciter rituellement des succès obtenus en matière de prévention on de diminution du taux de prévalence.
On risque parfois de friser le paradoxe dissimulé derrière un understatement très anglo-saxon. C’est ainsi que l’on apprend que le Kenya fait partie des «bons élèves» de la communauté internationale puisque le taux de prévalence du VIH dans la population a été ramené de 10 à 7 % depuis 2003. L’information est soigneusement mise en valeur par une « accroche » de la maquette: « les baisses les plus spectaculaires de la prévalence se sont produites chez les femmes enceintes du Kenya urbain ». Mais le texte dévoile une toute autre réalité; infiniment moins riante : « Les baisses de l’incidence et de la prévalence du VIH ont probablement été partiellement produites par les changements de comportements, mais deux progressions « naturelles » des épidémies de sida pourraient aussi avoir abaissé la prévalence. Premièrement, au fur et à mesure du développement de l’épidémie et de l’augmentation du nombre des personnes qui décèdent de maladies liées au sida, les taux de mortalité peuvent être supérieurs au rythme auquel les nouvelles infections st produisent.

En conséquence, le nombre total de personnes vivant avec le VIH s’abaisse (et la prévalence chute) mais le rythme des nouvelles infections à VIH n’est pas nécessairement ralenti.
Deuxièmement, dans les premiers stades de l’épidémie, le VIH se propage surtout par les personnes les plus exposées au risque de contracter et de transmettre le virus. Leur décès finit par les retirer des circuits de transmission du VIH et (toutes choses étant égales par ailleurs) pourrait provoquer un déclin de l’incidence du VIH qui pourrait se traduire aussi par une baisse de la prévalence ». Le taux a chuté car la mortalité a été élevée, on comprendra que la nouvelle ne porte guère à l’optimisme.
De fait, le rapport 2005 de l’ONUSIDA et de l’OMS montre que la pandémie, loin d’être enrayée, progresse un peu partout dans le monde. On compte aujourd’hui 40,3 millions de personnes vivant avec le VIH, soit deux fois plus qu’il y a dix ans, en 1995. On a enregistré, en 2005, 5 millions de nouvelles infections par le VIH dont 3,2 millions en Afrique sub-saharienne. 2,1 millions d’entre elles concernaient des enfants de moins de quinze ans. Le sida a tué, en 2005, 3 millions de personnes dont 2,4 en Afrique sub-saharienne. « Et le sida est aujourd’hui l’origine en Afrique, de 6,5% des décès d’enfants de moins de cinq ans contre 2% en 1990 »…
D’où ce constat dramatique : « Le nombre de personnes vivant avec le VIH dans le monde a atteint son niveau le plus élevé jamais enregistré, avec 40,3 millions de personnes (contre quelque 37,5 millions en 2003) ». « Malgré des diminutions des taux d’infection dans certains pays, le nombre global de personnes vivant avec le VIH a continué de s’accroître dans toutes les régions du monde à l’exception des Caraïbes ». Les augmentations les plus marquées concernent l’Europe orientale, l’Asie centrale et l’Asie de l’Est, en particulier la Chine ou les statistiques encore lacunaires n’incitent pas à l’optimisme. On pourrait, d’ici 2010, enregistrer 10 millions de séropositifs en Chine (ils sont actuellement 840 000).
Directeur exécutif de l’ONUSIDA, le Dr Peter Piot conclut : « L’épidémie de sida continue à surpasser les efforts déployés pour la contenir aux niveaux national et mondial… Il est clair qu’un accroissement rapide de l’étendue et de la portée des programmes de prévention du VIH est requis de toute urgence ». Une manière habile de reconnaître la faillite des politiques menées jusqu’à ce jour. En 1981, lors de l’apparition du virus, le sida était le «syndrome imaginaire pour décourager les amoureux ». Aujourd’hui, il est le révélateur d’une « société incapable de décider des alternatives ». Le prix à payer a été particulièrement lourd : 25 millions de personnes sont mortes du sida depuis 1981. Et, au rythme actuel, ce ne pourrait être qu’un acompte.

Patrick Girard Marianne novembre 2005

Questions

1. Vous ferez le résumé de ce texte en 170 mots (+ ou – moins de 10 %) / 14

2. Vous définirez et expliquerez :

– Prévalence /1.5 point

– Pandémie / 1.5 point

– Statistique encore lacunaires /1.5 point

– Programme de prévention /1.5 point

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