Paris ISRP 2004

Annales Psychomotricien : Paris 2004 (I.S.R.P)

Epreuve de Français : 2 heures

Chaînon manquant : la fin d’un mythe.

Longtemps, Lucy fut « la » référence. Découverte en 1974 dans la région de Hadar, en Ethiopie, cette représentante féminine d’Australopithecus afarensis, âgée de plus de trois millions d’années, s’imposait comme la seule ambassadrice de nos lointains ancêtres australopithèques, qui ont précédé les premiers Homo. Jusqu’à ce que les paléontologues, en 1994, fassent la connaissance d’Australopithecus ramidus. Originaire de la même région que Lucy, mais âgé, lui, de quatre millions et demi d’années, il devint aussitôt le nouveau « plus ancien ancêtre » des hominidés. Un ancêtre pas tout à fait convenable, qui présentait aussi des caractères évoquant la famille des chimpanzés….

Depuis ? Le portrait de groupe de nos aïeux n’a cessé de se modifier, et les découvertes de fossiles pré- humains de se succéder. Rien que cette année, deux découvertes exceptionnelles sont ainsi venues compliquer un peu plus le puzzle de nos origines. La première, annoncée par une équipe franco-kényane, concerne le plus ancien représentant connu à ce jour de notre lignée évolutive : découvert au Kenya, dans les collines Tugen, Orrorin tugenensis est âgé de six millions d’années ! Or son squelette est celui d’un bipède et sa morphologie est plus proche de celle des hominidés modernes que celle des australopithèques. Quelques semaines plus tard, nouvelle annonce : dans la même région d’Afrique, Meave Leakey – épouse du célèbre paléontologue Richard Leakey- a découvert le fossile d’un autre représentant du futur genre humain. Baptisé Kenyanthropus platyops, vieux de trois millions et demi d’années, il présente une face moderne et un crâne primitif, et diffère à la fois des australopithèques et des premiers représentants du genre Homo….

Depuis lors, l’arrivée de Toumaï, un crâne vieux de sept millions d’années trouvé dans un désert tchadien est venue brouiller encore d’avantage le paysage paléoanthropologique. A mesure que le tableau se complique, une certitude s’impose : le « chaînon manquant », ce prétendu hiatus évolutif que l’on crut longtemps exister entre les singes et l’homme, est une pure vue de l’esprit. « Ce mythe, fortement enraciné, a profondément biaisé notre démarche. Mais, avec le développement des travaux de terrain et des techniques plus fines, ces questions existentialistes ont été hissées au rang de vrais problèmes scientifiques » note Brigitte Senut ( Muséum national d’histoire naturelle, Paris) . Ainsi sait-on maintenant que les grands singes s’étaient largement diversifiés il y a vingt millions d’années, tandis que les premiers vrais hominidés sont attestés depuis six millions d’années. La question qui se pose désormais est donc la suivante : quand, et où, le premier représentant de la lignée humaine s’est-il séparé de celle des grands singes ? Parce que Lucy et bien d’autres fossiles y furent découverts, on pensa longtemps que le « berceau » de nos ancêtres se situait en Afrique de l’Est. Leur histoire supposée, nommée « East Side Story » par Yves Coppens – qui en fut le premier défenseur-, aurait débuté le long de la vallée du Rift, une énorme faille qui barre l’Afrique orientale du Nord au Sud sur plus de 3000 kilomètres. Son effondrement, survenu il y a sept ou huit millions d’années, aurait provoqué une « coupure écologique » au sortir de laquelle la forêt se serait transformée en savane à l’est de la faille. D’où une adaptation de nos ancêtres arboricoles, qui se seraient dressés sur leurs pattes de derrière pour mieux scruter l’horizon.

D’abord contesté, ce scénario continue de séduire nombre de paléontologues notamment parce que l’on n’a jamais trouvé trace de grands singes contemporains des australopithèques à l’est du rift est-africain. Mais le berceau de nos ancêtres, pense-t-on aujourd’hui, pourrait tout aussi bien se trouver au Tchad, où les restes d’un Australopithecus bahrelghazali baptisé Abel, âgé comme Lucy de plus de trois millions d’années, ont été mis au jour en 1995. Quant à l’origine des singes, elle pourrait tout aussi bien se trouver…..en Asie. D’après de récentes découvertes faites en Chine centrale et en Birmanie, c’est en effet sur ce continent que pourraient être apparus les premiers anthropoïdes (ou simiens). Lesquels ont ensuite donné naissance aux hominoïdes (singes sans queue), qui comprennent les gibbons, les orangs-outans, les gorilles, les chimpanzés et les hommes. Une origine asiatique pour les anthropoïdes, une origine africaine pour les grands singes et l’homme, est-ce possible ? Oui, si l’on suppose des allers et retours entre les continents dictés par les fluctuations climatiques. Auquel cas le berceau initial de l’humanité, selon l’expression de Jean-Jacques Jaeger (Institut des sciences de l’évolution, Montpellier) pourrait bien ressembler à « un berceau à roulettes, naviguant entre le sud de l’Asie et l’Afrique ».

Catherine Vincent ; 10 novembre 2001 – (Le Monde Mars 2004)

Questions

I) Résumer le texte en 160 mots (+ ou — 10%) ( 14 points)

II) Expliquer les mots ou expressions soulignés. ( 6 points )

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