Paris (ADERE) 2012 Fr

Admission à l’Institut de Formation ADERE

Ergothérapeute 2012

EPREUVE DE CONTRACTION DE TEXTE

Notation sur 20 – Durée 1 heure

Laurent CORDONNIER, « Du mobilier en kit aux guichets automatiques. Consommateur au labeur », le Monde diplomatique, juin 2011

Les loisirs, ce n’est pas de tout repos. On savait déjà que, lorsqu’il n’est pas «au travail », le travailleur – la travailleuse, surtout – continue d’œuvrer. Mais on prête moins attention au fait qu’il consomme et que, en tant que consommateur, il travaille bien souvent gratuitement pour les entreprises ou les administrations … pour finir le travail, justement. Il lit les magazines de consommateurs, fait du repérage sur Internet, organise ses projets, réserve ses billets de train; il se rend au supermarché, remplit son chariot, fait la queue à la caisse; Il monte des meubles en kit installe son décodeur télé, active sa connexion Internet; il cherche la référence du joint du robinet de la salle de bains: il apprend le maniement ci s logiciels, lit des modes d’emploi … et déboule quelques jours plus tard au service après-vente, quand ce n’est pas au bureau du contentieux.

Si le consommateur travaille, se dira-t-on, c’est qu’il le veut bien. Participer à la production des biens de consommation serait une manière agréable de faire des heures supplémentaires, non directement rémunérées, mais qui reviendrait en fait à économiser du salaire (en permettant d’acheter moins cher des biens qui ne sont pas finis). Pour qui est courageux et apprécie le « faire soi-même », cette offre de travail bénévole présente également l’avantage de n’être pas soumise au risque du chômage. Car c’est bien l’un de ces cas exceptionnels, avec celui de Robinson sur son Ile, où il suffit dé vouloir travailler pour trouver de l’embauche. D’aucuns feront même valoir que ce travail bénévole représente la part d’autonomie qui nous est offerte, l’occasion de ne pas être des consommateurs passifs, la figure du bricoleur ingénieux, de l’amateur passionné, du réparateur compétent, du « consommacteur » prêt à bondir. 

Le consommateur-travailleur aura cependant du mal à se l’avouer – tant son travail consiste aussi à « positiver » ces moments-là -, mais cette part d’autonomie est très peu laissée à sa fantaisie. Comme son voisin, il porte ses chaussures chez le cordonnier, il débarrasse son plateau au restaurant rapide. il remplit les pages d’informations personnelles lors d’un achat en ligne, il explique au correspondant du service téléphonique d’aide aux clients comment il faudrait qu’il le conseille pour l’aider à réparer sa connexion, il affranchit son courrier à la poste (en venant chercher son recommandé): il passe son samedi matin chez Brico-Futé pour retrouver une roulette de placard que l’on ne fabrique plus, même s’il lui arrive de goûter a la « liberté» – on lui aura mis le mot dans la bouche – de commander son billet de train en pyjama sur internet, confortablement installé dans son lit, pour son déplacement Professionnel du lendemain, il sait peut-être au fond de lui qu’il n’est pas en train d’utiliser son temps de loisir pou remonter une rivière du Grand Nord canadien en pêchant a la mouche. Il osera même parfois admettre qu’il n’a guère eu le choix : Il y a tellement la queue aux guichets des gares … Confronté à toutes sortes de solutions alternatives peu alléchantes, le consommateur se trouvera finalement contraint de se servir lui-même. L’entretien savamment calculé, des queues à la poste, à la gare, à la Sécurité Sociale, au supermarché, entre surement dans l’art consomme du management néolibéral, lequel consiste à faire passer le comportement d’évitement du consommateur pour une marche héroïque vers la liberté de choisir.

[ … ] En fin de compte, à quoi est occupé le consommateur – comme l’est de plus en plus le travailleur ? Il est occupé à vicier à la petite cuillère l’océan des défauts de fonctionnement d’une société qu’il faudra bien qualifier un jour de « société de la panne ». Tout ce qui marche tout ce qui s’accomplit sans trop de difficulté, tout ce qui fonctionne sans heurt, tout ce qui est régulier (normal, routinier, répétitif), tout ce qui «se passe bien », qui « roule », qui « baigne », bref: tout ce qui est susceptible de rencontrer un succès facile, nous l’avons confié aux automates (technologiques ou procéduraux). Or, dans un monde où le registre de l’action humaine s’est largement rabattu sur celui, .mortifère, des opérations techniques, en confier la plus belle part (celle des actions qui réussissent) à la machine, c’est mourir avant l’heure. 

Vous résumerez ce texte de Laurent CORDONNIER en 120 mots. Une marge de 10en plus ou en moins est
tolérée. . Le non respect de cette marge sera sévèrement pénalisé.

Le nombre de mots employés devra figurer à la fin de chaque alinéa et, en fin de copie, le total général des mots du résumé devra être indiqué. Il est signalé qu’un mot monosyllabique (ça, ou, à, de, le … ), un mot élidé (d’, l’, s’, c’ … ), un nombre, comptent chaque fois pour un mot.

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