IFSI CROIX ROUGE 2011

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Culture Sanitaire et Sociale : 2h

Petit Précis de survie en milieu hostile

Dans notre vie quotidienne, nous faisons face à de nombreuses incivilités, grossièretés ou petites vexations qui agressent l’estime de soi. Nous ne savons jamais comment réagir. Inutile de se montrer agressif à notre tour. Apprenons plutôt à exprimer simplement qui nous sommes.

Chaque jour, plusieurs fois, notre moi est mis à mal par des mini-vexations déprimantes qui nous font douter de notre valeur d’être humain respectable. Impossible d’en dresser la liste…La personne qui nous bouscule sans s’excuser quand nous sortons de chez nous, le matin, nous donnant l’angoissante impression d’être devenu transparent. A la poste, l’employé qui ne nous adresse pas le moindre sourire et face à qui nous nous sentons réduits à un simple numéro. Au bureau, nos supérieurs hiérarchiques qui se soucient de la productivité avant de penser à notre santé. A la maison, notre conjoint qui nous reproche une broutille et n’imagine pas une seconde que nous puissions être plus fatigué que lui. Au supermarché, le malotru qui nous fait une queue de poisson avec son caddie pour passer devant nous à la caisse…

Pour le psychanalyste Jean-Claude Liaudet, ces petites agressions presque anodines, ces comportements égoïstes et incivils qui mettent à mal l’estime de soi sont en grande partie la conséquence d’une conception résolument individualiste de la liberté, consistant à « refuser tout repère extérieur, pour faire tout ce que l’on veut, quand on le veut, sans tenir compte d’autrui ».

C’est le « ça » freudien, l’impétueux flot pulsionnel qui mène le jeu et revendique le droit absolu à la jouissance. Une vision de la liberté semblant tout droit sortie de chez Thomas Hobbes, le philosophe anglais du XVIIème siècle pour qui « l’homme est un loup pour l’homme » : « La liberté est l’absence totale d’entraves susceptibles de détourner une part de ma puissance et de m’interdire d’accomplir tout ce dont j’ai envie. »

Il suffit de se promener dans le métro parisien, plus grand hôpital psychiatrique de France et laboratoire d’observatoire privilégié de l’incivisme ambiant, pour constater que beaucoup, sans même l’avoir lu, partagent les idées de Hobbes. Un voyageur désireux de lire son journal demande calmement à son voisin qui hurle dans son téléphone de daigner baisser la voix. Réponse indignée de l’intéressé et de sa compagne de banquette : « Si tu veux être tranquille, prends un taxi. » Traduction : « Mon droit de t’imposer ma jouissance vaut plus que ton droit de voyager en silence : c’est toi qui me manques de respect en réclamant que j’y renonce ne serait-ce que cinq secondes. » Sonia, 48 ans, en vient à regretter le temps où la morale et l’instruction civique étaient enseignées dans les écoles primaires : « C’est peut être rétrograde. Mais au moins, ces matières fournissaient des repères, un mode d’emploi pour vivre ensemble. »

Manque de respect, incivilités, grossièreté…, la gamme est large pour tenter de définir ce que serait l’irrespect. Les insultes médiatisées des footballeurs de l’équipe de France (…) et les autres gracieusetés cueillies ici et là au gré des émissions de téléréalité peuvent-ils être mis dans le même panier que des élèves qui insultent leur prof, un mari qui houspille sa femme qui ne dit pas bonjour. Pourrait-on dire que l’irrespect, finalement, c’est une situation qui se ressent mais ne se définit pas ?

L’irrespect, explique Stéphane Clerget c’est ce qui rabaisse l’autre, le nie dans ses droits, dans sa liberté. Bien sûr, il peut se produire des conduites irrespectueuses totalement involontaires mais dans l’ensemble cela procède toujours d’une volonté de toucher, d’atteindre l’autre. A l’inverse, le respect c’est reconnaître à l’autre la même humanité, la même valeur qu’à soi même. »

Entre l’agressivité banale et l’absence de reconnaissance, de regard humanisant, la tentation de craquer s’empare de nous. D’autant que nous nous sentons honteux de nous laisser faire ou, à l’inverse, de nous énerver de façon disproportionnée. Bref : de ne pas réagir comme nous le voudrions. Crier très fort, menacer ? Certains croient qu’ils seront d’avantage entendus en faisant régner la terreur, en inspirant la crainte ! Mauvais calcul : « L’autre se pliera à nos désirs, il obéira, mais il ne nous respectera pas forcément », affirme le psychiatre et le psychanalyste. Les petits chefs ou les tyrans domestiques qui compensent l’absence d’arguments pertinents par des hurlements et des insultes ne sont jamais respectés.

Seuls le sont les leaders qui savent donner aux autres le désir de les suivre.

Dois-je alors m’efforcer d’apparaître comme un être admirable, hyper performant, omniscient, ayantréponse à tout ? Pas davantage. « Mise sur un piédestal, la personne admirée est respectée, mais gare à la chute, prévient Stéphane Clerget. Après l’idéalisation vient le temps de l’indifférence et du mépris. »

Surtout qu’à notre époque on se méfie de ceux qui se posent en expert, dont la parole ne saurait être mise en cause. C’est ainsi que les médecins et autres spécialistes de la santé, qui n’ont pas compris cela, se plaignent de ne plus être respectés des malades. Et, effectivement, même si nous ne sommes as en mesure de poser des diagnostics, nous refusons désormais d’être perçus comme des passifs et voulons être reconnus en tant que sujets pensants et parlants. Une conquête largement due à l’essor des psychothérapies, qui ont progressivement ancré en nous l’idée que nous possédons tous un savoir sur nous-mêmes.

Inutile, donc, de jouer les caïds. Le respect est d’abord une attitude existentielle qui consiste à reconnaître que les opinions, les sentiments, les envies de chacun ont une valeur.

Isabelle Taubes- Psychologies magazine- N° 299- septembre 2010.

Questions

Question 1
Restituersous forme rédigée les idées du texte et les arguments s’y rapportant en respectant la pensée de l’auteur. (En 20-25 lignes) 5 points

Question 2
Le respect est d’abord une attitude existentielle qui consiste à reconnaître que les opinions, les sentiments, les envies de chacun ont une valeur.

Commentercette phrase du texte au regard de vos représentations de l’exercice professionnel infirmier. (30 lignes) 6 points

Question 3
Sonia, 48 ans, en vient à regretter le temps où la morale et l’instruction civique étaient enseignées dans les écoles primaires : « C’est peut être rétrograde. Mais, au moins, ces matières fournissaient des repères, un mode d’emploi pour vivre ensemble »

Partagez-vous les propos de Sonia ? Argumenter la réponse. (25 lignes) 5 points