Basse Normandie 2011

Annales de Basse-Normandie ; 2011

Epreuve de Moniteur-Educateur

Georges, Karen et Lucile font partie des bénévoles de la Croix-Rouge qui “maraudent” tous les soirs, à la rencontre des sans-abri.
Le Samu social organise des maraudes tous les soirs, pour aller à la rencontre des plus vulnérables. Une couverture, un café chaud, un toit parfois. Son objectif : garder le contact avec ceux dont la rue s’est emparée.
La température flirte avec les -7°C. Alors ce jeudi soir, Lucile a doublé sa paire de chaussettes. Elle a prévu les gants et le bonnet. la soirée va être longue et fraîche. Cette femme de 40 ans est bénévole à la Croix-Rouge. Elle est, plus exactement, chef d’équipe au samu social. Il est 20 heures. Elle prend place dans le camion des maraudes aux côtés de Georges, 37 ans, salarié de la Croix-Rouge, et de Karen, 40 ans, bénévole depuis l’année dernière. Ils s’en vont à la rencontre des vulnérables, des sans-abri, pour distribuer des couvertures, proposer un café ou une soupe chaude te, pourquoi pas, s’ils arrivent à convaincre et à rassurer, transporter Paul dans un centre d’hébergement (CHRS). Paul a 76 ans.
Après quelques kilomètres au départ de la rue Louis-Morin, siège de la Croix-Rouge à Troyes, le trio du Samu social aperçoit le vieil homme. Il attend sur un banc, en tirant sur son bout de mégot. Il est un peu méfiant, Paul. Pourtant, il connaît Georges depuis un bail. L’éducateur en est à son troisième hiver de maraudes. L’approche se fait polie, on doit renouer le contact à chaque fois. Paul raconte son “truc” pour faire sauter la sécurité d’un briquet, revient sans détails sur son séjour à l’hôpital, répète qu’il voudrait bien récupérer ses meubles.Ses meubles qui l’attendent, quelque part dans une cave depuis plusieurs années. Ça fait dix-sept ans que Paul vit dans la rue. Tandis que la plupart des sans-abri du département trouvent refuge sous une tente, dans un hall, au milieu d’un squat, lui est capable de dormir sur un banc avec une simple couverture, par – 10°C. Pourtant, il ne porte pas de gants eet ne double pas ses chaussettes. 

Son état de santé s’est détérioré ces derniers temps. Georges et son équipe ne vont pas lâcher le morceau cette fois. mais toujours en douceur et avec respect. Il faut qu’il accepte le toit qu’on lui propose. Paul s’inquiète. Pourra-t-il se déplacer comme il veut ? N’y aura-t-il pas d’autres occupants antipathiques ? “Comment va faire mon copain Gégé s’il ne me voit plus sur mon banc ? ” Georges, l’éducateur, comprend la réticence : “Imaginez avoir vécu pendant près de vingt ans dans un placard. N’auriez-vous pas un peu de mal à retourner dans la rue ? “Une heure et demie de discussions sera nécessaire pour que Paul accepte. Avec inquiétude. la dernière fois, le centre ne lui plaisait pas. a peine arrivé, il a sauté dans un bus de ville pour retourner sur son banc. le banc ne déçoit pas. Il est fidèle à lui-même. Après quelques éclats de rire à l’arrière du camion et un gobelet de soupe chaude, l’équipe du Samu social conduit Paul au foyer Aubois, à Saint-Julien-les-Villas, dans une chambre médicalisée. L’infirmière est accueillante, l’endroit est neuf et sent bon. Il y a même la télé. L’homme dormira là et pourra ouvrir la fenêtre s’il a trop chaud. Il sera libre de retourner sur son banc, pendant la journée. Paul sourit et ses yeux brillent. Les trois amis sont émus. Cette petite victoire sur la rue leur donne des ailes. Ils continuent leur périple, à la rencontre des jeunes du centre-ville, des égarés de la gare, d’un homme qui titube en rentrant chez lui. Il n’y aura pas d’appel du 115 ce soir. Tout est calme et personne n’a demandé d’aide. “C’est frustrant parce qu’on sait bien que, quelque part, peut-être à deux cents mètres de nous et sans qu’on le sache, une personne est dans le besoin”, souffle Georges en terminant sa maraude. Demain, il repartira à sa recherche.
La Croix-Rouge lance un appel à la solidarité. “Si vous voyez un homme à la rue, composez le 115 sur votre téléphone”, encourageant les bénévoles du Samu social. Un appel gratuit pour un geste de civisme qui pourrait sauver des vies. 

Mélanie Lesoif-Kaddar ; l’Est Eclair ; 8 décembre 2010    

Questions :
Compréhension de texte (8 points)
1. Proposez un titre à ce texte (1 point)
2. Dégagez l’articulation du texte. (2 points)
3. Expliquez, en tenant compte du contexte :
a; “le banc ne déçoit pas. Il est fidèle à lui-même.” (1 point)
b. “Cette petite victoire sur la rue leur donne des ailes.” (1point)
c. “C’est frustrant parce qu’on sait bien que, quelque part, peut-être deux cents mètres de nous et sans qu’on le sache, une personne est dans le besoin. ” (3 points)

Travail d’écriture (12 points)
” C’est grâce à un meilleur ancrage dans la société civile que nous pourrons continuer à  aller vers ceux qui n’ont plus rien. ”
Exprimez-vous sur ce thème dans un développement construit.