ADERE 2003

Annales concours Ergothérapie – ADERE (Paris) 2003
Epreuve de résumé de texte

Normes de contraction: 120 mots avec une tolérance de 5 %

L’entrée dans le nouveau siècle se fait sous l’empire de l’efficacité, de la performance et de la logique financière et consumériste. La machine techno-économique tend, dans une démarche totalisante, à tout absorber -y compris la culture-, à imposer ses codes, ses signes et langages, à façonner les imaginaires individuels et collectifs, à mobiliser les intelligences et les sensibilités , et à conquérir corps et esprit pour mieux les embaucher et les débaucher à sa guise. Il s’agit d’une machine vorace, qui déborde les domaines de l’économique et du technique.
Cette idéologie séduisante prétend constituer un humanisme. Elle repose, en vérité, sur la conception d’un homme médiocre, conformiste et docile, d’un homme segmenté aussi, auquel elle demande d’être tour à tour un producteur efficace, un consommateur zélé, un animal communicant et un ensemble d’organes manipulables à merci. Elle repose aussi sur la réduction de la société à un simple agrégat d’invididus, qui pour croître et embellir doit être structurellement, une société inégalitaire et excluante. Son action s’exerce par l’entremise des technologies de l’information et de la communication- de la télévision à Internet-, qui jouent sur les trois registres évoqués plus haut et sont censées préparer une société idéale, nec plus ultra de l’accès au savoir, de la trasparence et de la démocratie !
Face à cette invasion, il est temps de redonner un contenu vigoureux à la notion de culture dans au moins cinq de ses dimensions: apprentissage et exercice de la pensée critique, ainsi que de la raison émancipatrice, celle qui effectue un travail permanent sur les certitudes hâtives, sur les idées reçues, sur le prêt-à-penser et le prêt-à-croire servis par les gourous du moment; création de supports symboliques (langage, oeuvre d’art) où s’exercent l’imaginaire, la sensation, la sensibilité, l’émotion, la passion, avec toujours en visée une interprétation du monde, de la vie, de la mort, du passé, aux fins de constituer une représentation aussi cohérente que possible du temps et de l’espace; acquisition et échange de savoirs (donc de quelque chose qui a rapport au vrai, à la recherche de vérité) comme expérience humaine accumulée; communication au sens de mise en commun, de construction permanente de soi, par et avec l’autre, mais aussi face à cet autre; rapport au beau, qui est l’expression d’une subjectivité en même temps que tension vers un universel.
La question centrale est alors celle-ci: comment permettre à une telle conception de la culture de reprendre l’initiative ?
Deux idées fondatrices pourraient être retenues. La première serait de tenter de forcer la techno-économie jusqu’au point critique et de le subvertir par la création artistique. Il s’agit de dégager les techniques galopantes d’une gangue idéologique visant à faire croire qu’elles sont porteuses d’une révolution, et que, irrésistiblement, elles dirigent les mouvements des choses. La création artistique n’est-elle pas annonciatrice et pourvoyeuse d’objets uniques, originaux, en rupture avec la tradition? D’objets qui font se lever de nouveaux horizons et qui, ainsi, prennent part à la création du monde des hommes? Architecture, poésie, théâtre, littérature, musique, danse, arts plastiques, cinéma, toutes les disciplines et leurs croisements y ont leur place. Avec bien entendu, la recherche scientifique, si elle veut bien se souvenir que sa vocation première n’est pas de se placer au service de l’économisme ou de s’ériger en morale, mais d’apporter des connaissances nouvelles, de les partager et de développer l’une des voies vers la recherche du vrai. Soutien à la création dans toute sa diversité, tel serait le premier fondement.
La seconde idée fondatrice serait de prendre la culture comme facteur de rapprochement entre les êtres humains, en visée d’égalité, de fraternité, de compréhension mutuelle, et donc comme instrument de lutte contre le repli sur soi, le rejet de l’autre, la ségrégation sociale, la discrimination. La France (pas seulement dans ces banlieues) et l’Europe (pas uniquement dans ses balkans) ont grand besoin d’idées, de moments, de lieux qui se rassemblent. Or c’est actuellement la tentation contraire qui gagne du terrain: ici sous les formes de l’ethnocentrisme (ma culture est supérieure à la tienne, et je vais donc te l’imposer); là sous celle de la purification, de la ségrégation, de la discrimination, du national-populisme et du racisme.
Ce ne sont ni le Coca-cola, ni les jeans, ni Nike, ni Microsoft, ni même Internet et les réseaux d’ondes et de satellites arroseurs d’images et de sons qui parviendront à inverser le courant, mais bien notre capacité à coudoyer l’autre, à nous ouvrir à lui, à le reconnaître comme un art de nous-même.

“Résister par la création culturelle”, Le Monde diplomatique du 28 décembre 2001

Annales concours Ergothérapie – ADERE (Paris) 2003
Corrigé de l’épreuve de résumé de texte

Le début du vingt et unième siècle est marqué par une forte hégémonie de la technicité et de l’économie; emprise qui d’ailleurs ensevelit la culture et les esprits.

La doctrine mercantiliste exerce sa main mise sur les médias et mine de la sorte les disparités entre les hommes. Par conséquent, le renforcement des cinq pivots de la culture que sont l’esthétique, l’art, le raisonnement, la critique, la communication est plus que nécessaire. leur revalorisation pourrait être possible si on neutralisait les certitudes économiques et techniques acquises en mettant en relief la science et les arts. Ensuite en se servant de la culture comme un garde-fou contre l’ostracisme surtout au regard du retour du xénophobisme en Europe.

121 mots

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