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EPREUVE COMMUNE AS / ES / EJE |
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Texte extrait de: François DE SINGLY Les uns avec les autres. Quand l’individualisme crée du lien. Armand Colin, 2003 La chèvre de monsieur Seguin Jeune, je lisais souvent La chèvre de monsieur Seguin, conte d’Alphonse Daudet, publié dans la collection des «Albums du Père Castor» (1946). J’étais toujours effrayé par la conclusion. Le prix de la liberté était si élevé! Pourquoi la chèvre n’avait-elle pas choisi de rester dans le pré, nourrie si gentiment par le bon Seguin ? Elle refusait tout lien, elle ne voulait pas même que monsieur Seguin allonge la corde puisque celle-ci lui interdirait d’aller dans la montagne manger les herbes parfumées. Monsieur Seguin, lui, connaissait le danger. Il ne réussissait pas à lui transmettre son savoir. Il en était désolé. Il l’enfermait pour éviter à la petite chèvre ce malheur annoncé. Et elle se sauva. Je ne me suis posé que beaucoup plus tard la question interdite: pourquoi la chèvre <levait-elle rester dans le champ? Pour son bonheur? Quel bonheur? Qui le définit? Pour son lait apprécié par monsieur Seguin? Alors l’attention de ce dernier était intéressée. Comme j’ai trouvé ensuite ce conte « immoral », je ne l’ai pas raconté à mes enfants. Pourtant les apparences semblaient sauves, avec une conclusion presque «baba-cool», post soixante-huitarde: le bonheur est dans le pré. La chèvre n’aurait jamais dû le quitter. Elle était née dans la communauté de monsieur Seguin, là était son destin. A moins de désobéir et de finir dans la gueule du loup. L’indépendance et l’autonomie étaient un horizon impensable. Quand je lisais ce conte, je ne m’identifiais ni au loup ni à monsieur Seguin ni à la chèvre, j’adhérais à la morale: je voulais être obéissant pour vivre ainsi dans la sécurité et sous le regard bienveillant de mon maître, mes parents. Certains pourraient avoir la tentation de raconter de nouveau ce conte dans le cadre de l’instruction civique, comme exemple de la «crise» du lien social. Si on connaît tous des messieurs Seguin nostalgiques, on connaît moins d’enfants dont le désir premier est l’obéissance. Ils ont changé, comme nous. Il nous faut donc inventer d’autres histoires, d’autres morales, d’autres savoirs, d’autres manières d’être ensemble pour que les chèvres aient d’autres choix, qu’elles puissent échapper à la fois aux dents du loup et à la corde Iiberticide de monsieur Seguin. Prenons un contre-exemple, le conte de Carl Norac et Carl Cneut, Un Secret pour grandir (2003). C’est l’histoire de Salam, un garçon qui fait des projets tournés en dérision par les plus grands. Néanmoins il décide de s’en aller, malgré sa taille et sa légèreté. Il prend un sac afin de mettre ce qu’il trouvera en cours de route pour l’aider à grandir. Et il voyage, à la fois poussé par le vent et lesté par son sac. Il doit vivre dans cette tension entre ces deux forces, tension nécessaire pour n’être ni une plume bougeant au gré du souffle, ni un arbre enraciné. Nous sommes tous des Salam qui ne sont plus définis d’abord par une corde nous rattachant, involontairement, à notre communauté initiale, à notre lieu de naissance comme la chèvre «de »monsieur Seguin. Nous devons remplir nous-mêmes notre sac d’expériences, heureuses ou non. Sac personnel qui modèlera progressivement notre identité. Sac qui nous stabilisera sans pour autant nous immobiliser. L’histoire de Salam nous fait comprendre que la chèvre de monsieur Seguin aurait pu découvrir d’autres espaces qui ne soient ni celui du pré clos de sa naissance, ni celui de la montagne dangereuse, ni celui d’une morale qui ne laisse aucune autonomie à l’individu, ni celui enfin de l’anarchie du marché où règne la lutte de tous contre tous. Repenser les liens sociaux n’est possible que si nous envisageons en même temps la nature des individus ainsi reliés et la nature des liens qui les unissent. L’avenir peut, alors, être autre que l’enfermement dans le communautarisme ou dans l’isolement de Narcisse replié sur soi. D’autres formes de «nous» sont possibles à la condition qu’ils respectent l’identité des« je» qui sont également autres. D’autres formes de lien sont possibles à la condition qu’ils ne soient pas perçus comme des cordes au cou, qu’ils traduisent un attachement significatif. |
CONSIGNES :
Traitez le sujet en répondant aux consignes suivantes en 4 pages maximum:
Repérez les idées principales du texte, commentez-les en argumentant vos propos.
Choisissez une phrase de ce texte. Après l’avoir retranscrite, démontrez en quoi cette phrase résonne avec votre projet de formation en travail social ? Quelle articulation avec vos propres valeurs, votre regard et engagement dans les métiers du social?
CRITERES D’ËVALUATION:
Pour la question 1 : Analyse, synthèse, argumentation (10 points) :
Bon repérage des idées principales
– Apports de connaissances, références éventuelles, exemples …
– Cohérence de ces connaissances, références, exemples avec les idées développées
Pertinence du commentaire
Pour la question 2: Inscription en formation en travail social (5 points) :
– Justification du choix de la phrase
– Principe de réalité quant aux enjeux et missions du travail social
– Pertinence du choix de la phrase par rapport au projet du candidat
Pour les questions 1 & 2: Organisation et expression écrite (5 points) :
– Respect des règles orthographiques, grammaticales, syntaxiques
– Présence d’un plan
– Présentation, soin apporté à la copie