CONCOURS EXTERNE ET DE 3ème VOIE
D’ADJOINT ADMINISTRATIF TERRITORIAL DE 1ère CLASSE
SESSION 2008
EPREUVE DE FRANÇAIS comportant à partir d’un texte général, la réponse à des
questions destinées à vérifier les capacités de compréhension du candidat et son
aptitude à retranscrire et ordonner les idées principales du texte et des exercices
destinés à évaluer les capacités du candidat en vocabulaire, orthographe et grammaire.
Durée : 1h30
Coefficient : 3
Ménage, courses, cuisine, chacun sa part
Pendant des années, ils ont tenté d’équilibrer au jour le jour les tâches ménagères. « Mais il y
avait toujours un transfert de charges insidieux vers Isabelle », admet son compagnon. Lassés
par les discussions sur le nettoyage du linge ou l’organisation des courses, Isabelle Bremond,
productrice de cinéma et de documentaires, et Yves Salesse, conseiller d’État et président
d’honneur de la Fondation Copernic, ont fini par instaurer, il y a quatre cinq ans, un système
d’ « alternance ». Pendant une semaine, ils assument chacun à leur tour les tâches
domestiques : préparer les repas, s’occuper de la maison, qui compte deux adolescents de 15
et 19 ans.
Le système est souple – « si on a un déplacement ou un imprévu, on ajuste, bien sûr » -, il a
l’avantage d’équilibrer les rôles. « Ça marche, mais il a fallu que j’apprenne à lâcher, raconte
Isabelle Bremond. Tant pis si on mange des nouilles deux soirs de suite ou si les tee-shirts sont
étendus en boule : ce qui compte, c’est que l’on fonctionne de manière plus égalitaire. C’est
important pour nous, mais aussi pour les enfants : j’avais envie que mon fils devienne un mari
acceptable et que ma fille ne soit pas embringuée dans les mêmes schémas. C’est bien de leur
montrer que les choses peuvent bouger ».
Yves Salesse, qui était l’un des porte-parole de José Bové pendant la campagne présidentielle,
y a perdu un peu de souplesse dans son emploi du temps, mais il estime que l’alternance est
une bonne solution. « Pendant ma semaine, je redécouvre le plaisir de rentrer plus tôt à la
maison, de ne pas être pressé le soir, d’avoir du temps pour discuter avec mes enfants,
constate-t-il. Avant, tout était organisé à l’avance, y compris la séance de foot avec mon fils le
week-end. Là, la vie est moins encadrée, ça laisse de la place pour des moments imprévus ».
Le mode de vie de ce couple parisien est bien loin des constats dressés par la dernière
enquête « Emplois du temps » de l’Insee (1998-1999). Dans une famille de deux enfants dont
les parents travaillent à temps plein, les femmes accomplissent en moyenne 65% du travail
domestique, 80% si l’on retient uniquement le « noyau dur » (courses, cuisine et linge). Ces
inégalités pèsent lourdement sur l’investissement professionnel des femmes : sur une année,
une femme assume 680 heures de travail domestique de plus que son compagnon, soit dix-neuf
semaines de travail de 35 heures…
Malgré l’entrée massive des femmes sur le marché du travail à partir des années 1970, cette
répartition a peu varié : de 1974 à 1998, le nombre d’heures de travail domestique des femmes
est passé de 37,3 à 29,6 par semaine. Ce recul est en partie lié à la participation des hommes,
mais il repose pour l’essentiel (60%) sur la transformation des modes de vie : c’est en faisant
appel à une femme de ménage et en utilisant au mieux les progrès de la technique – sèchelinge,
Kleenex et surgelés – que les femmes ont – un peu – réduit leur travail ménager.
Pour les sociologues, la perpétuation de ces inégalités demeure mystérieuse : à une époque où
80% des femmes âgées de 25 à 49 ans travaillent, la parité domestique aurait pu s’installer peu
à peu.
Mais, malgré la révolution du féminisme, la marche vers l’égalité se heurte à la construction
traditionnelle des identités homme-femme. « Le genre masculin est associé 45 à un évitement des
tâches ménagères, le genre féminin au contraire à une forte assignation, constate le sociologue
François de Singly dans L’Injustice ménagère (Armand Colin). Le mot d’ordre du partage
égalitaire du travail domestique rencontre donc des résistances de la part des hommes qui ne
veulent pas de ce travail trop marqué, trop bas. Ils ont peur de perdre leur grandeur, assimilée
socialement au masculin ».
Valérie et Stéphane Brandel, qui vivent ensemble depuis quatre ans, ne cherchent pas l’égalité
à tout prix : ils ont, disent-ils, des « domaines de compétence » différents. Valérie, qui est
responsable de formation dans une entreprise de cosmétiques, s’occupe de la maison : elle fait
les courses, prépare les repas, range la maison, fait le ménage, étend les lessives et repasse
les vêtements. Stéphane, qui est attaché commercial, assume les tâches qu’il juge plus
« masculines » : il sort les poubelles, nettoie la voiture, réalise les petits travaux de bricolage,
s’occupe du barbecue et tond le gazon.
Lorsqu’il lui est demandé d’estimer sa part des tâches ménagères, Stéphane Brandel hésite un
instant avant de proposer un « petit 30% ». Sa femme le corrige aussitôt dans un sourire. « Je
dirais plutôt 20, précise-t-elle. Mon mari a beaucoup de qualités mais ce n’est pas une fée du
logis ! Il met occasionnellement le couvert, il fait parfois la vaisselle, mais je sens bien qu’il n’est
pas à l’aise avec la cuisine, le ménage, le rangement ou le linge, alors je le fais moi-même. Si je
le sollicite, il participe, parfois même avec plaisir, mais les offres viennent rarement de lui ».
Cette répartition leur semble naturelle. « Les choses se sont faites toutes seules, affirme
Stéphane Brandel. On ne s’est jamais assis autour d’une table en se disant : Toi, tu feras le
repassage, moi je laverai la voiture. C’est venu spontanément ». Valérie Brandel sait que sa
charge est plus lourde que celle de son compagnon mais elle s’en accommode. « J’assume
l’essentiel mais je sais que ce sera fait comme je le veux. Je n’ai pas envie que la lessive reste
entassée dans une bassine ou que l’aspirateur ne passe jamais sous les tapis ».
Jusqu’à la naissance de Timothée, deux ans et demi, et Corentin, trois mois, le déséquilibre n’a
pas vraiment pesé. « On avait du temps devant nous, se souvient Stéphane Brandel. On
pouvait avoir une vie moins organisée ». Mais avec deux emplois à plein temps, de longs trajets
en voiture et des enfants en bas âge, la charge de travail s’est considérablement alourdie. « Il y
a quinze jours, j’étais tellement fatiguée que j’ai laissé les enfants à Stéphane pour aller me
promener pendant quelques heures, reconnaît Valérie. Ça m’a fait du bien de respirer un peu ».
Anne Chemin
Le Monde,
18 août 2007
QUESTIONS
QUESTIONS SUR LE TEXTE (12 points)
1 – En quoi consiste le système « d’alternance » mis en place, il y a quatre ans, par Isabelle
Bremond et Yves Salesse ? (1 point)
2 – Expliquez, dans leur contexte, les expressions suivantes : (4 points)
« un transfert de charges insidieux » (ligne 2)
« l’investissement professionnel des femmes » (ligne 29)
« la parité domestique » (ligne 41)
« un évitement des tâches ménagères » (lignes 45-46)
3 – a) Quel constat général dresse la dernière enquête « Emplois du temps » de l’Insee
(1998-1999) ? (1 point)
b) Quelle raison principale explique la diminution du nombre d’heures de travail
domestique des femmes, de 1974 à 1998 ? (1 point)
4 – A la lecture du texte, en quoi « la marche vers l’égalité se heurte-t-elle à la construction
traditionnelle des identités homme-femme » ? (2 points)
Vous veillerez à formuler vos réponses aux questions 1, 3 et 4 en vous dégageant des mots du
texte.
5 – Dans quels autres domaines l’égalité homme-femme n’est-elle pas encore assurée ? Vous
citerez deux domaines en développant votre réponse. (3 points)
EXERCICES (8 points)
1 – Donnez un synonyme pour chacun des mots suivants : (2 points)
« instaurer » (ligne 5)
« perpétuation » (ligne 40)
« parité » (ligne 41)
« sollicite » (ligne 64)
2 – Donnez la fonction des mots ou groupes de mots suivants : (2 points )
« que les choses peuvent bouger » (ligne 16)
« de rentrer plus tôt à la maison » (lignes 20-21)
« par la dernière enquête » (lignes 25-26)
« dont » (ligne 26)
3 – Faites l’analyse logique de la phrase suivante : (1 point)
« Il y a quinze jours, j’étais tellement fatiguée que j’ai laissé les enfants à Stéphane pour aller
me promener pendant quelques heures ».
4 – Dans le texte ci-dessous, certains mots sont mal orthographiés. Réécrivez sans erreur ces
mots sur votre copie dans l’ordre du texte : (3 points)
« Plus ou moins dramatique, les faits divers impliquants les chiens se multiplient. Contrèrement
a une idée reçut, les décès des dernières annés ne sont pas majoritairement dû aux animaux
réputé dangereux. Aucune rasse n’est plus menassante qu’une autre, affirme les
proffessionnels. »
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