Toulouse 2003

Annales Psychomotricien : Toulouse 2003

Epreuve de Français : 2 heures

Il faut reconnaître qu’à la confiance et à la foi un peu naïves de nos pères dans le progrès, a succédé une inquiétude qui tourne parfois à l’angoisse. Certes, dans le domaine de l’avancement des connaissances et de la science, le bilan est extrêmement positif ; on sait, de nos jours, infiniment plus de choses, et on les sait mieux qu’il y a un siècle. Parallèlement, les frontières du monde à connaître s’éloignent sans cesse, de sorte que personne n’espère ou ne redoute plus « la mort de la science ». En même temps, les applications des connaissances peuvent donner en principe à l’homme, vis-à-vis de la nature, une indépendance, une sécurité chaque jour plus grande. Mais dès qu’on passe du domaine de la science à celui de son utilisation et plus encore à celui du destin collectif de l’humanité, le tableau s’obscurcit dramatiquement. Même les applications pratiques des découvertes et des connaissances créent souvent des difficultés imprévues : le moteur qui doit libérer asservit en fait dans bien des cas ; la médecine guérit, mais l’allongement de l’espérance de vie pose des problèmes sérieux à la société ; l’urbanisation arrache les hommes aux rythmes et aux malédictions millénaires de la nature, mais elle sécrète des névroses individuelles et sociales qui assombrissent ses avantages. Enfin et surtout, notre temps a vu s’accomplir les plus grands massacres collectifs qu’on ait jamais connus, l’arbitraire et l’oppression n’ont jamais été aussi redoutables aux mains d’oligarchies(1) ou de pouvoirs qui disposent de moyens techniques colossalement multipliés. Sans parler de l’explosion démographique mondiale, en face de ressources insuffisantes et, au surplus, trop souvent mal réparties et mal utilisées.

Ce monde, caractérisé par l’expansion vertigineuse des sciences et des techniques, est si différent de celui où nous avons puisé nos règles de pensée, que l’angoisse nous saisit parfois. Un monde sans paysans sera-t-il un monde meilleur ? La conquête de l’espace, quand tout reste à faire sur la Terre, est-elle « raisonnable » ? Le perfectionnement, toujours plus poussé et à n’importe quel prix, des engins de destruction massive est-il vraiment un progrès ? Ces questions sont tellement légitimes qu’il ne faut pas s’étonner si des formes de pensée non rationnelles, des eschatologies(2) religieuses ou autres prospèrent plus que jamais et continuent de hanter un grand nombre de nos contemporains, parfois parmi les jeunes.Faut-il donc dresser un bilan de faillite ? Je ne le crois pas. Il faut réagir contre les tentations du découragement. Sans doute attendions-nous trop, sinon du futur, du moins du présent et c’est pourquoi nous sommes déçus.

Mais, pour faire nos comparaisons, ne surestimons pas le passé de l’humanité. Ses périodes les plus brillantes et les plus policées ne cachaient-elles pas des arrière-plans de misère, d’oppressions et d’injustices cruelles grâce auxquelles seulement certaines réussites étaient possibles ? Nous situons trop facilement l’âge d’or(3) derrière nous : mais les bergeries(4) de Versailles ne doivent pas faire oublier qu’au XVlllème siècle encore, les paysans français mouraient -au sens propre- de faim. Et les massacres contemporains les plus horribles ne sauraient faire pardonner ceux d’hier. En fin de compte, un bilan tout à fait honnête montre que le progrès dans l’organisation sociale se manifeste malgré tout, même si c’est avec lenteur et difficulté, sur des rythmes très différents ici et là, avec des arrêts, voire des reculs temporaires. Des forces profondes se sont mises en mouvement et elles se révèlent irrésistibles. Les masses,autrefois résignées, exercent une pression contre laquelle rien ne peut prévaloir ; les jeunes, tournés vers l’avenir, les chercheurs, les intellectuels apportent leur concours. La démocratie politique lui ouvre les voies. L’histoire se faisait autrefois dans le bruit des bottes, des fusillades, des massacres, dans les cris souvent implacablement étouffés des victimes. Convenons-en, c’est tout autrement que s’opèrent aujourd’hui mutations et réformes de structure. (…) Mais la raison fondamentale qui nous pousse à rejeter le pessimisme, c’est qu’hier encore, toutes les misères étaient ressenties comme des fatalités contre lesquelles il était vain de s’insurger ; à l’inverse, la société de demain, si elle porte encore en elle des formes d’aliénation inacceptables, refusera des horreurs qui nous étaient devenues familières et ses futurs artisans s’emploient dès maintenant à les prévenir. Même si l’avenir « meilleur pour tous » n’est pas aussi prochain que nous le voudrions, un nombre croissant d’hommes savent que leur sort peut s’améliorer et, du coup, ils cessent d’être résignés. Ils veulent se battre pour plus de justice et d’humanité. Et, tout compte fait, c’est cela le progrès.

Pierre MENDES FRANCE

Article paru dans Après–demain (journal mensuel de documentation politique), 1967.

Vous résumerez ce texte en 160 mots (+ ou – 10 %). Vous indiquerez le nombre de mots utilisé.

Notes :

(1) Nom donné aux régimes politiques dans lesquels le pouvoir est détenu par un très petit nombre de dirigeants.

(2) Croyances et doctrines expliquant la finalité de l’homme dans l’univers.

(3) Période de bonheur imaginée par le poète grec Hésiode ( Ville — Vile siècle av. JC)

(4) Allusion à la bergerie dans laquelle Marie Antoinette aimait s’occuper d’animaux, à Versailles. On peut également voir là une référence à des tableaux et motifs décoratifs évoquant la vie, heureuse et très idéalisée des bergers de l’Antiquité.

Prépa psychomotricien – Concours Psychomotricien – Prépa psychomot – Métier psychomotricien – Concours psychomotricien Toulouse- Paramédical – Psychomotricité – Psychomotricien Ecole toulouse – I.S.R.P Etudes psychomotricien – Annales psychomotricien – Annales corrigées Psychomotricien Sujets concours psychomot. Epreuve de Français Résumé concours psychomotricien