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Annales Psychomotricien : Paris 2002 (I.S.R.P) |
| 1. Résumez ce texte en 180 mots (+ ou — 10%) (16 Points ) 2. Expliquez les expressions soulignées ( 4 Points ) |
| Opprimées et soumises
Il faut bien convenir, comme le formule M. Claude Lévi-Strauss cité par M. Alain Decaux, qu’il existe depuis bien longtemps ” une relation fondamentale d’asymétrie entre les sexes “, en fait depuis un million d’années qu’il y a des hommes, et qui exploitent une des deux plus intéressantes moitiés — à coup sûr la plus charmante — de l’humanité. Sommes-nous si loin de la préhistoire ? Le premier tome d’une histoire des Françaises qui nous conduit de la femme de Roquebrune (1 000 000 avant Jésus-Christ) aux premières amours de Louis XIV peut très légitimement s’intituler “la Soumission”. Le temps de la soumission a été un très long temps. Pendant cette période, donc pendant la quasi-totalité de l’histoire humaine, la quasi-totalité des femmes ont été traitées en objet d’échange, de convoitise, de propriété. Et cela, en France aussi bien qu’ailleurs. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’elles s’en plaignent. Mais cela s’explique-t’ il seulement par la contrainte ? On sait bien que la lutte pour l’égalité n’a pris que très récemment un caractère cohérent. Deux faits essentiels ont fort longtemps mis obstacle à l’émancipation des femmes. D’abord, bien entendu, la volonté des hommes, étayée sur la force, les lois, les traditions et des considérations théoriques qu’il est hors de propos de discuter ici. Mais aussi bien l’absence de protestation des femmes, qu’elle s’explique par la résignation, l’impuissance, l’ignorance où elles étaient maintenues, l’égoïsme ou le bonheur auquel certaines d’entre elles atteignaient quand même. Demander la libération de la femme, c’est demander que toute femme bénéficie légalement et pratiquement des avantages conquis individuellement, dans le passé, par quelques femmes. C’est une démarche moderne. S’il y a eu, au cours de la période que traite M. Alain Decaux dans ce premier tome, un mouvement fréquemment interrompu, une résistible ascension comportant des temps morts, des repos, des chutes, c’est bien celui-là. Et si le sujet n’avait jamais été traité, c’est qu’il tient de la gageure. Certes, on peut à toute époque dégager des tendances, des moyennes. La « Gauloise moyenne » était plus libre et plus considérée que la Gallo-Romaine, encore que cette liberté ait également consisté, à la soviétique, en ce qu’on la jugeait apte aux travaux les plus durs. L’époque mérovingienne et le Haut Moyen Age marquent ici comme ailleurs une régression. Les croisades, la guerre de Cent Ans, la Renaissance sont, au contraire, autant d’étapes vers un peu plus de lumière. Mais nous restons ici au niveau du schéma. Comment cerner de plus près cette réalité ondoyante et multiple, l’existence des femmes au long des millénaires ? Comment définir cette créature si diverse ? Aucune ne ressemble à aucune autre, ni d’un siècle sur l’autre, ni d’une région ou d’une condition à l’autre. Et l’exception vient sans cesse infirmer la règle. Ainsi la reine semble-t’elle à tous points de vue plus libre que l’esclave ou la serve, la châtelaine que la religieuse, la femme des villages que la paysanne. Mais dans la pratique médiévale, l’adultère royal ou aristocratique est plus sévèrement châtié que celui des femmes d’humble condition. Dans l’extrême misère, il n’y a guère de distance entre le « vilain » et la « vilaine ». La femme célibataire ouveuve jouit d’une indépendance évidente, par rapport à celle qui est «en puissance de mari ». A condition d’avoir de quoi vivre. La vérité est qu’il n’y a jamais eu de statut féminin en France. Ou plus exactement que ce statut, dans ses états successifs, a toujours été troué de dérogations. Il n’est pas d’exemple, et même aux temps les plus barbares, que la ruse, l’amour, la volonté, la loi parfois n’aient transformé la vie de certaines femmes. Il y a toujours eu des femmes qui « portaient la culotte », bien avant que Catherine de Médicis inventât cette pièce d’habillement. Il y a toujours eu des femmes libres de leur corps, de leur propos, de leur destin. Question de caractère ou de circonstances. Ainsi Clotilde, femme de Clovis, ou Judith, épouse de Charlemagne. Ainsi, dans un registre différent, Frédégonde ou Brunehaut. Les reines de France ont, pour la plupart, vécu dans l’ombre de leur mari. Mais en cas de veuvage et de minorité royale, elles devenaient toutes-puissantes. Ainsi Blanche de Castille, Catherine et Marie de Médicis ou Anne d’Autriche. Les deux premières exercèrent la régence avec une grande virilité. Les deux autres n’ont rien eu de plus pressé que de l’aliéner, naturellement entre les mains d’un homme. Où l’on vérifie que le pouvoir et les lois ne sont que ce qu’on en fait. Cela dit, les régentes n’étaient pas considérées comme femmes, mais comme veuves et mères. D’une autre façon, certaines dames ont su régner par les sens. Mais c’est par leur soumission même au désir des souverains et des grands de ce monde, qui n’est rien d’autre, sous le velours et la soie, qu’un bon gros désir de mâle, qu’Agnès Sorel ou Diane de Poitiers sont amenées à jouer un grand rôle. A l’autre bout de l’échelle, la sainte, l’héroïne, l’inspirée ont vu reconnaître leur supériorité, transitoirement ou durablement. Ainsi Geneviève de Nanterre ou Jeanne d’Arc. Mais nous voyons bien qu’il s’agit là de cas très particuliers. Rares, très rares, pendant des siècles, ont été les femmes qui sont parvenues à se faire reconnaître et respecter comme égales sans tomber dans la prostitution ou être auréolées d’une mission divine. Il faut attendre le début du XVII’ siècle pour assister à un changement décisif. Non pas tant du côté des belles amazones qui tirent le canon pendant la Fronde, rivalisant avec les hommes sur le terrain des hommes et ne s’en trouvant pas si bien. Le salon, la conversation, la politesse, inventions féminines, changent les données du problème. La marquise de Rambouillet reçoit sur son lit, mais pour mieux narguer les hommes qui n’ont pas le droit de s’y étendre à ses côtés. Le Puritanisme des précieuses est avant tout volonté de ne pas subir la loi du plus fort. Il ne s’agit plus de briller par la brutalité, le muscle et l’épée. Les femmes exigent désormais des hommes l’élégance, la finesse, l’esprit et elles leur démontrent qu’en ces domaines elles n’ont rien à leur envier. Alors autour de la divine marquise, de Magdeleine de Scudéry, de Françoise d’Aubigné, de leurs émules de la cour, de la ville, de la province se groupent des hommes, de plus en plus nombreux qui, pour la première fois, traitent sincèrement les dames en interlocutrices valables. On remet en question l’ignorance des filles, on demande pour elles cette liberté de choisir sans laquelle il n’est pas de mariage humain. Le temps de l’homme subjugué commence avec l’annonce d’un monde plus civilisé. Dominique JAMET, Extrait du Figaro, 1972. |
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