Sujet de Français Psychomotricien:Toulouse
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La victoire de l’équipe de France en coupe du monde, la violence des bandes dans les banlieues… La vie des groupes fait parfois les titres de l’actualité. Selon le tour que prennent ces événements, les représentations que l’on se fait du groupe seront, soit positives, soit au contraire négatives.
Avant d’être un objet scientifique, le groupe est, en effet, un objet de croyances. Le nous idéal est un groupe dont l’action surmonte les impuissances individuelles- « l’union fait la force »- par la mise en commun des énergies, des enthousiasmes, des capacités, et grâce à la solidarité entre les membres. Mais quand le groupe n’est pas idéalisé, il fait peur. L’individu redoute d’y être contraint, malmené. nié, entrainé malgré lui. De façon plus large, transparaissent couramment à son égard méfiance et suspicion. Les connotations péjoratives présents dans les termes desectes, clans, bandes, rangs, cliques sont associés dans l’imaginaire collectif à l’’dée de secret, de violence, de transgression.Le groupe devient alors une menace. (…)
Quand il est question de définir le groupe, on s’accord plus volontiers sur des définitions négatives (ce qu’il n’est pas) que sur des définitions affirmatives. il est ainsi classique de signaler que tout regroupement de personnes ne constitue pas forcement un groupe, qu’il peut se réduire à un agrégat, c’est-à-dire à un ensemble d’individus unis par la simple proximité physique, mais sans liens entre eux, comme par exemple dans une file d’attente. Si le groupe se différencie d’une simple collection de personnes, ce ne peutêtre que par l’établissement d’une ou de plusieurs liaisons entre elles.Un premier type de lien est imaginaire : c’est parce que les désirs et les rêves des membres entrent en résonance que le groupe se forme. Un autre type de lien dérive de la technique, de procédés ou de savoir-faire partagés qui créent des liens l’fonctionnels entre les personnes. (…) La liaison se constitue également par l’adhésion commune à un système de valeurs. Si ce type de lien est particulièrement explicite dans des groupes, confessionnels par exemple, en fait, il existe dans de grouper sans normes, et réciproquement, les normes sont produites par des collectifs.
Ainsi l’agrégat des personnes qui forment cette file d’attente au bureau de poste se transformera en groupe lorsque, se mettant à interagir entre elles, ces personnes échangeront leurs représentations du service public et s’organiseront pour engager ensemble une action de contestation visant à obtenir que plus de guichet soient ouverts. C’est donc dans l’interdépendance implique une triple détermination fonctionnelle, normative, et imaginaire. Ce constat s’applique à toute une série de situations (prise d’otages, panne d’ascenseur, etc.) qui semblent transformer brusquement une collection d’individus hétérogènes en un collectif capable d’une action commune. Dans ce qui précède, le groupe a été défini par l’interaction et l’interdépendance. C’est-à-dire défini de l’intérieur. Or, ce qui se passe dans un groupe, la manière dont il se forme, s’organise, se structure, dépendent pour une bonne part de ce qui se passe à l’extérieur du groupe, et , en particulier, de ses rapports avec d’autres groupes. C’est ce qu’a magistralement démontré le philosophe Jean-Paul Sartre, dans son analyse de la Révolution Française. Sans la l’amine, explique-t-il, ce groupe (des insurgés) ne se serait pas constitué. Mais d’où vient-il qu’il se définisse comme organe de lutte commune ? Pourquoi ces hommes ne se sont-ils pas disputés les aliments comme des chiens. Comme il arrive parfois ? C’est l’encerclement de Paris par les troupes du roi qui a transformé la horde des affamés en groupe. Et c’est contre un autre groupe, le gouvernement qui tentait une politique de force, contre les « dragons » que le peuple de Paris s’est armé. On le voit, le groupe ne peut être défini sans rapport d’extériorité. C’est particulièrement frappant dans l’analyse sartrienne, où la délimitation du groupe est figurée concrètementpar l’encerclement. Mais tout groupe s’établit en rapport avec d’autres groupes, et définit son fondement, son identité, sa raison d’être, même si ce n’est pas immédiatement apparent. Ainsi, à la Poste, la transformation de la file d’attente en groupe s’opère par rapport à une autre entité, aux intérêts antagonistes, l’entreprise publiqueLa Poste qui cherche à faire des économies. Dans une entreprise, le groupe des grévistes s’oppose aux non-grévistes. Certes, le processus de différenciation grâce auquel un groupe se forme par rapport à d’autres n’est pas forcément aussi conflictuel que dans les exemples évoqués mais il est toujours à l’œuvre. (…)
Enfin l’intégration dans des groupes et l’appartenance catégorielle participent de la définition de soi qu’élabore l’individu. Dans cette perspective, la dépersonnalisation, qui est, certes, un des processus qui sous-tend les phénomènes de groupe, n’implique rien de négatif. Elle ne correspond pas en effet à une perte d’identité mais à un changement d’optique. En effet, notre groupe se transforme en levier de nospensées et de nos actions. Et pour chacun de nous, être membre d’un groupe n’est pas secondaire, mais au contraire constitutif de notre identité.
Dominique OBERLE (maitre de conférence à l’université Paris Nanterre), extrait du « Dossier » de la revue Sciences Humaines n°94, mai 1999
Vivre ensemble : le groupe en psychologie sociale
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