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Notes “comprises à l’envers”, “erreur stupide de jugement”, réunions qui s’éternisent ou tournent au dialogue de sourds faute d’une utilisation assez précise de la langue…on n’en finirait pas de dresser l’inventaire des signes d’un déficit en culture générale dans les entreprises.
Le problème n’est pas nouveau. Mais l’absence de culture générale est en train de devenir un handicap pour toutes les catégories de salariés . Car il devient de plus en plus nécessaire à chacun d’élargir son horizon mental pour faire un usage pertinent de ses connaissances professionnelles, techniques, scientifiques, voire commerciales ou de gestion.
Les chefs d’entreprise se sont ainsi mis à parler de “culture d’entreprise”. Si l’expression est trop ambitieuse pour ce qu’elle recouvre, elle est le signe à ne pas négliger d’une évolution importante : la culture est bel et bien en train d’investir le monde de l’entreprise, ou du moins, elle frappe à la porte d’une manière de plus en plus pressante, exigeante, multiforme.
D’une part, les entreprises sont tenues désormais, pour survivre, de mobiliser non plus seulement des bras et des stocks de connaissances, mais tout le dynamisme créateur des humains qui les constituent. D’autre part, la mondialisation des échanges, l’âpreté de la compétition économique, le poids croissant des opinions publiques imposent de plus en plus aux entreprises de prendre en compte les grandes réalités sociales, politiques, culturelles.
Les entreprises sont ainsi mises au défi, comme le souligne Bruno Lussato, animateur du Centre culturel pour entreprise des Capucins à Montfort-l’Amaury (Yvelines), “de faire une place grandissante à la pensée qualitative alors qu’elles fonctionnaient jusqu’ici sur le raisonnement quantitatif. ” Et le langage, véhicule de cette nouvelle complexité, prend soudain une importance considérable. D’où, notamment, une floraison de stages sur la “communication”. Mais force est de constater que ce qui pourrait être culture s’y dégrade souvent en recettes pour “motiver”, canaliser, faire dire ce qu’on veut entendre. “Tous tiennent les mêmes propos, ressassent les mêmes mots.”, constate, effaré, un psychanalyste appelé à intervenir dans une entreprise. On est passé, conviennent les plus lucides, de l’entreprise type militaire à ” l’entreprise-couvent, où l’on ensoutane tout le monde, où l’on fait réciter la prière du matin au soir…” Quant aux formations dispensées aux cadres pour réduire leurs lacunes dans le domaine des lettres, des arts et des sciences humaines, elles ne font souvent qu’augmenter le flot d’informations qui déjà les submerge. Car on manque moins, dans l’entreprise, des connaissances, fussent -elles littéraires, que de ce qui est au coeur même de la culture : la capacité de critiquer et d’innover, l’aptitude à assumer l’ampleur, la complexité, l’incertitude du réel.
Marie-Claude BETBEDER ;Le Monde ; 10 octobre 1990
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