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Rappelons rapidement les quelques données qui ont un impact sur les relations entre la fille et son père. L’autonomie politique, professionnelle et financière de femmes françaises n’a pas un demi-siècle ! On l’oublie trop souvent. Il faut attendre 1944 pour que la fraternité républicaine puisse se décliner au féminin : les femmes obtiennent le droit de vote. En même temps que citoyennes, elles deviennent des ménagères “libérées” du travail domestique . Les machines et les robots sont censés les soulager de leurs corvées,tout en suscitant le goût de la consommation. Cela devient nécessaire car les femmes travaillent de plus en plus. L’accès aux professions demandant une qualification a été rendu possible par l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, où les femmes réussissent en moyenne mieux que les hommes. Mais il faudra attendre 1965 pour que la loi reconnaisse enfin aux femmes mariées le droit d’exercer une activité professionnelle sans l’autorisation de leur époux. Les femmes investissent surtout les professions du secteur public, où elles trouvent une sécurité professionnelle qu’elles recherchent et où elles bénéficient de meilleures promotions que dans le privé. En 1972, l’égalité du salaire entre hommes et femmes devient force de loi.
Par ailleurs, l’évolution des conditions de la maternité contribue à accroitre l’autonomie des femmes. Les progrès de la médecine permettent de réduire la mortalité infantile. On assiste à une baisse du nombre de procréations : la gestion occupe de moins en moins de temps dans la vie des femmes. A partir des années 70, le baby-boom est terminé : la fécondité descend en dessous du taux de 2,1 enfants par femme, chiffre nécessaire pour que la population se maintienne à un niveau stable. De plus, avec l’apparition de la contraception, il y a eu passation de pouvoir : les femmes ont désormais l’initiative de la conception. Elles vont bientôt rêver de faire des enfants toutes seules.
La conjugalité connaît les effets de ces changements. Le divorce devient plus fréquent , il atteint aujourd’hui 30 % des couples. Les conjugalités se diversifient : les femmes sont mariées, pacsées, vivent en concubinage ou en union libre. Sur 14,7 millions de femmes françaises vivant en couple aujourd’hui, 2 millions ne sont pas mariées. Les naissances hors mariage connaissent le développement que l’on sait , pour un bon nombre dans le cas de couples également dits “naturels”. En 1994, 40 % des enfants naissaient hors mariage, et 17 % ne vivent pas avec leurs deux parents. Parmi ces derniers, 85 % vivaient avec leur mère.
Après avoir employé les femmes dans le service public, après leur avoir réservé un certain nombre de prestations comme les allocations familiales, la protection de la petite enfance, le développement du travail social, l’Etat a eu à coeur de protéger les femmes après une dissolution conjugale. Ce qui a amené certains auteurs à parler d’Etat-mari. Etat, mari des citoyennes et protecteur de leurs enfants à la place du père réel.
Ces quelques constats nous permettent-ils de penser que la femme est émancipée ? L’évolution est significative, mais le discours triomphaliste tenu récemment par la presse, selon lequel les femmes seraient aujourd’hui restituées dans leurs droits, selon lequel nous vivons sous le matriarcat, ne sert qu’à masquer une réalité contraire. Si la famille a beaucoup évolué, et avec elle les rôles respectifs de l’homme et de la femme, redéfinis récemment par la loi vis-à-vis des enfants, la place de la femme dans le champ social laisse subsister des inégalités.
La condition des femmes a évolué, mais leur position relative vis-à-vis des hommes est restée stable. Le couple d’opposition homme-femme se déplace, mais subsiste.
La condition des femmes s’améliore, leur inégalité se maintient.
Si les filles réussissent mieux que les garçons au baccalauréat et sont plus nombreuses en université, certains domaines restent réservés à une majorité masculine : dans les lycées techniques, elles s’orientent plus vers des métiers humains et sociaux (commerce, secrétariat, santé ) que des métiers techniques. Elles sont minoritaires dans les classes préparatoires et, à l’université, elles sont peu présentes dans les disciplines scientifiques.
Au niveau professionnel, leur choix semble guidé par trois principes. Le premier est que les emplois qui leur conviennent le mieux sont ceux apparentés aux fonctions domestiques : enseignement, santé, services, activités symboliques ( art et littérature, presse ). Le deuxième veut que, à qualification égale, les hommes sont préférés pour détenir une fonction d’autorité, les femmes restant cantonnées aux rangs hiérarchiques inférieurs. Le troisième principe veut que les hommes gardent le monopole des métiers techniques. On peut donc affirmer que, si la condition sociale des femmes s’améliore, le différentiel avec les hommes persiste.
Jean-Claude LIAUDET ; Telle fille, quel père ? ; L’Archipel ; 2002.
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