Annales concours Infirmier. Alsace 2014. Epreuves de Culture Générale


Concours Infirmier 2014

Epreuve de Culture Générale

Ifsi Alsace

Durée : 2 heures

Professionnels non bacheliers 2014

L’impact du stress sur les individus

Il ne faut bien sûr jamais oublier que la réaction de stress n’est pas pathologique en soi. Elle représente même un formidable processus d’adaptation (tant biologique que psychologique) de l’individu à son environnement, quand celui-ci devient plus difficile. Le stress n’est donc pas une maladie, mais une remarquable réaction de notre organisme (aussi bien dans notre corps, par la libération de substances chimiques, dont la plus connue est évidemment l’adrénaline, que dans notre tête avec l’émergence d’émotions variées comme l’anxiété ou la colère) pour s’adapter aux menaces et aux contraintes de notre environnement. C’est pourquoi les scientifiques préfèrent souvent parler de « réaction d’adaptation » pour désigner le stress, réaction sans cesse sollicitée et indispensable à notre bon fonctionnement.

Plusieurs décennies de recherches dans ce domaine nous permettent en effet de comprendre le stress comme l’une des grandes fonctions de l’organisme, au même titre que la respiration, la digestion ou la fonction immunitaire. Comme toute fonction, l’adaptation est non seulement utile, mais nécessaire à notre survie. Nous la partageons avec tous les mammifères, même si chez l’homme, elle possède bien sûr des caractéristiques particulières. Les mécanismes biologiques et psychologiques du stress ont pour premier objectif de nous mettre dans le meilleur état physique et mental pour faire face à une situation difficile et ainsi nous aider à nous y adapter au mieux. Le stress nous est donc fondamentalement utile, à cette seule condition que ces mécanismes biologiques et psychologiques soient déclenchés à bon escient et dans des limites acceptables.

Bon et mauvais stress

Le rapport qui existe entre l’intensité de la réaction de stress et l’adaptation de l’individu à la situation, et donc son niveau de performance, n’est pas linéaire. Dans un premier temps, niveau de stress et performance croissent ensemble, puis, le stress continuant d’augmenter, la performance chute. Entre les deux extrêmes (trop de stress/pas de stress), il existe un niveau optimal de fonctionnement de stress qui nous permet de nous mobiliser suffisamment pour faire face le plus efficacement possible aux nombreux stresseurs professionnels qui nous assaillent, sans mettre en péril notre santé. Le rapport qui existe entre l’efficacité à faire face à la situation stressante et le niveau de stress qui existe en nous est parfaitement illustré par cette courbe en forme de U inversé. Lorsque la réaction de stress est inexistante, l’efficacité est nulle. Au fur et à mesure que le stress croît, la performance augmente pour se stabiliser à un niveau maximal. Cette partie ascendante de la courbe peut être considérée comme le « bon stress » (eustress en anglais). Ce stress continuant de croître, la performance, pour sa part, va au contraire décroître. C’est le « mauvais stress » (distress en anglais, qui veut aussi dire « détresse »).

En termes d’efficacité et d’harmonie individuelle, il est évident qu’un excès de stress est néfaste. À l’inverse, une absence totale de stress est elle aussi négative. Un artiste ou un sportif savent très bien qu’un trop faible stress nuira à leur performance. C’est pourquoi il est absurde de parler d’un « monde sans stress », d’une part parce que c’est un leurre et que nous ne pourrons jamais supprimer les stresseurs qui font partie de notre environnement professionnel et naturel et, d’autre part, parce que si nous arrivions à inhiber en nous toute réaction de stress, nous serions démunis et incapables de nous adapter. On ne peut pas supprimer le stress ni « vivre sans stress », au travail comme ailleurs.

La réaction de stress devient en revanche nocive si elle est activée à un niveau très élevé, si elle est répétée (sans possibilité de récupération) ou si elle est chronique, poussant à leurs extrêmes nos réactions biologiques et psychologiques. Les pathologies liées au stress peuvent alors se développer, physiques ou psychologiques. À côté des psychopathologies dont les relations avec un facteur de stress sont claires comme les troubles traumatiques (états aigus de stress ou états de stress post-traumatiques) ou les troubles de l’adaptation, les liens de causalité entre stress et divers troubles mentaux comme la dépression ou les troubles anxieux sont encore mal élucidés. Certains types d’événements de la vie professionnelle semblent plus dépressogènes que d’autres : c’est ainsi le cas des « sorties » du champ social (retraite, licenciement). En fait, c’est souvent l’accumulation de stresseurs qui augmente le risque de dépression. Enfin, les événements stressants au cours d’un accès dépressif représentent un facteur important de la persistance de la maladie.

Le stress peut aussi être à l’origine de nombreuses pathologies somatiques. Plus que de maladies dites « psychosomatiques », il s’agit en fait de « maladies de l’adaptation », pour utiliser la terminologie la plus récente et aussi la plus étayée scientifiquement. La mort brutale par épuisement (burn out) de cadres surmenés au travail, décrite dans la littérature japonaise sous le nom de karoshi, est aussi spectaculaire qu’heureusement peu fréquente. Le stress au travail peut avoir des répercussions variées, même si à ce jour mal évaluées, sur la santé physique des individus, que ce soit en favorisant les maladies cardio-vasculaires (hypertension artérielle, maladies coronariennes) ou en contribuant à l’augmentation du nombre de troubles musculo-squelettiques (ou TMS), qui représentent maintenant la première cause des maladies professionnelles reconnues en France.

Il faut cependant être extrêmement prudent avant d’affirmer sans nuances le rôle pathogène systématique du travail. Certains discours semblent malheureusement suggérer que le travail ne peut que générer souffrance et détresse. Or toutes les études confirment que ce sont les personnes privées de travail, les chômeurs par exemple, qui présentent le plus de problèmes de santé physique ou mentale, et aussi consomment le plus de psychotropes.

Les sources de stress au travail

Les causes du stress au travail sont multiples et varient bien sûr énormément en fonction du type de secteur d’activités mais aussi des fonctions de l’individu dans l’entreprise. Les facteurs de stress au travail ont pu être regroupés en plusieurs grands domaines : les facteurs liés à la tâche à accomplir, les facteurs liés au contexte de l’entreprise, les facteurs liés à l’individu et les facteurs liés aux relations interpersonnelles.

Actuellement, les stresseurs les plus fréquemment retrouvés, et source des plus grandes difficultés pour les individus semblent être :

1) la charge de travail. Celle-ci se caractérise par une quantité de travail importante à réaliser sous une forte contrainte de temps. Les interruptions de travail sont fréquentes (on parle de « zapping » des activités) : on estime ainsi qu’en moyenne, un cadre est interrompu dans son travail toutes les dix minutes. Par ailleurs, les objectifs à atteindre et le culte de la performance accentuent encore la pression ;

2) les incertitudes. C’est une banalité de constater que le monde du travail est en pleine évolution. Il faut cependant souligner que l’accélération du rythme du changement est souvent associée à des incertitudes majeures et à l’impossibilité de prévoir et donc de s’organiser. Que ce soit l’organisation de l’entreprise (fusions, restructurations, etc.) ou les technologies nouvelles (on parle maintenant du « techno-stress »), l’individu doit s’adapter sans cesse à la nouveauté et à l’inconnu ;

3) les frustrations. Les attentes des individus sont souvent déçues. Les changements impliquent l’abandon de projets et d’investissements affectifs, les plans de carrière sont parfois incertains et les déceptions fréquentes. L’absence de renforcements et le manque de considération des salariés peuvent accroître ces phénomènes de frustration ;

4) les relations. « L’homme est un stresseur pour l’homme ». Le contact avec des clients ou des usagers exigeants, impatients, voire parfois agressifs, concerne de nombreux salariés. Au sein même de l’entreprise, les relations peuvent être aussi plus ou moins conflictuelles entre les individus et certaines formes de management semblent faire fi du simple respect d’autrui, allant même parfois jusqu’à un véritable harcèlement moral.

Plusieurs études ont souligné que le stress était d’autant plus nocif que se conjuguaient de fortes contraintes ou exigences exercées sur l’individu, de faibles marges de manoeuvre ou de décision (modèle de Karasek) et le sentiment de ne pas voir ses efforts payés en retour (modèle de Siegrist).

(1 364 mots)

Patrick Légéron, « Le stress au travail.: de la performance à la souffrance », Droit social, n° 12, décembre 2004, pp. 1087-9 (extrait)

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