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Annales concours Infirmier 2014 Ifsi des Pays de La Loire et de Languedoc – Roussillon Epreuve de Culture Générale Durée : 2 heures XXX ENQUÊTE. Dans cette clinique pionnière de l’ouest de l’Inde, des femmespauvres louent leur ventre à des couples aisés du monde entier.
XXX Bienvenue à Anand, une grosse bourgade de 150 000 habitants, à 100 kilomètres d’Ahmedabad, principale ville du Gujarat, dans le nord-ouest de l’Inde. Ses rickshaws* pétaradants, son capharnaüm permanent de marchands ambulants, ses vaches faméliques et ses chiens errants fouillant les ordures. Jusqu’à une époque récente, Anand était la capitale indienne du lait. Grâce au succès de l’Akanksha Infertility Clinic, c’est aujourd’hui le hub mondial du bébé : 100 femmes enceintes, à différents stades de la grossesse, y portent un bébé qui n’est pas le leur. Beaucoup attendent des jumeaux car, pour augmenter les chances de succès, on implante souvent deux voire trois embryons — quitte à procéder ensuite à une « réduction embryonnaire » selon le désir du client. Comme les futurs parents souhaitent souvent être là le jour J, la délivrance passe fréquemment par une césarienne. Tandis que les concurrents en sont encore au stade du bricolage, employant une mère porteuse de-ci, de-là, le docteur Nayna Patel, pionnière du secteur, a mis ici en place en 10 ans un process presque industriel. Le 5 août dernier, cette gynécologue, qui dirige sa PME familiale avec son mari, a fêté l’accouchement de sa mère porteuse n° 500, une jeune Indienne de 28 ans, abandonnée par son mari avec 2 enfants en bas âge. Le bébé, une petite fille, a rejoint la famille à laquelle elle était destinée, un couple aisé de l’Uttar Pradesh, dans le nord du pays. Les Indiens représentent environ un tiers des clients de l’Infertility Clinic. Les autres viennent du monde entier, de la Belgique à l’Australie en passant par le Japon, Israël ou le Botswana, « 31 pays au total », souligne fièrement la doctoresse. En 10 ans, près de 700 enfants sont nés d’une mère porteuse dans son établissement. Et, à en croire les statistiques, qu’elle tient avec un soin méticuleux, l’activité connaît une croissance vertigineuse : 3 bébés en 2006, 69 en 2008, 147 en 2012… Ici, nous sommes dans le ventre du monde. XXX Estimé à plusieurs millions de dollars par an, le secteur est florissant : 600 enfants seraient nés de mères porteuses l’an passé en Inde, et ce n’est qu’un début. Les raisons sont évidentes : pénurie d’enfants adoptables dans le monde, montée en puissance du mariage gay, acceptation croissante du principe de la gestation pour autrui ; le recours aux mères porteuses est désormais autorisé dans.une quinzaine de pays. Mais plusieurs d’entre eux refusent que celles-ci soient rémunérées. Du coup, les candidates à la gestation sont rares. Cette pratique est interdite en France depuis un arrêt de la Cour de cassation de 1991. Avoir recours à une mère porteuse en France est passible de 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende au nom du principe de l’« indisponibilité du corps humain ». . Rien de tel aux États-Unis ou en Inde, où cette activité est au contraire devenue un business à part entière, avec des dizaines d’agences, d’intermédiaires et de cliniques spécialisés. Mais alors qu’il en coûte 100 000 dollars pour faire porter son enfant aux États-Unis, le coût est divisé par cinq ou six en Inde. Soins médicaux, médecins, intermédiaires, services juridiques… Tout est moins cher, à commencer par les mères porteuses : comptez 30 000 dollars en moyenne pour l’utérus d’une femme américaine sans les faux frais, contre 4 000 à 5 000 tout compris pour une Indienne. « Le principal frein de notre activité, nous a confié John Weltman, qui dirige Circle Surrogacy, une agence spécialisée à Boston, c’est le manque de mères porteuses de qualité et le prix, qui reste inabordable pour de nombreux couples de la classe moyenne. » Avec 250 millions de pauvres, l’Inde offre un vivier illimité. Seule la Thaïlande, qui vient de se mettre sur le marché avec la promesse d’être 20 % moins chère que l’Inde, peut lui faire concurrence. Mais le docteur Patel a une bonne longueur d’avance. Des agences américaines lui ont déjà proposé de travailler avec elle. Elle se méfie et préfère pour l’instant garder le contrôle sur la « production », réalisant elle-même la plupart des implantations et des accouchements. « Mais si je trouve un partenaire sérieux, pourquoi pas ? » XXX Ultime conséquence de la mondialisation ? Il y a quelque chose de vertigineux à imaginer ces bébés fabriqués sur mesure grâce à une simple carte Visa Gold, avec l’efficacité d’une chaîne de montage : paillettes de sperme et ovocytes achetés en ligne, fertilisés, congelés, puis envoyés par avion des quatre coins du monde pour être implantés dans le ventre de ces femmes en batterie. Le docteur Patel balaie ces indignations d’un revers de sa main manucurée : « D’abord, quand les parents peuvent se déplacer, nous essayons dans la mesure du possible de travailler avec des embryons frais, qui donnent de bien meilleurs résultats. Ensuite, l’un des parents au moins doit avoir un lien génétique avec le bébé : on peut acheter le sperme ou l’ovule, mais pasles deux. Enfin, quand un couple stérile doit recourir à l’achat d’ovules, il choisit généralement une donneuse qui leur ressemble, pas un top-modèle. » Impossible de comprendre ce deal « si on n’est pas soi-même clans cette situation, martèle Nayna Patel. Que tous ces donneurs de leçons commencent par apporter des solutions à ces familles malheureuses ! Alors seulement ils auront le droit de me critiquer. » Natacha Tatu, Le Nouvel Observateur, 27 octobre 2013 * Un rickshaw est un véhicule tricycle à propulsion humaine ou mécanique, destiné au transport de personnes et de marchandises.
QUESTIONS 1) Après avoir proposé un titre et trois intertitres à ce texte en remplacement des X, vous en reformulerez les idées essentielles en limitant votre rédaction à 15 lignes. Chaque titre ou intertitre n’excédera pas 15 mots. 2) Après avoir proposé une définition des deux expressions suivantes : « réduction embryonnaire » (premier paragraphe) et « gestation pour autrui » (quatrième paragraphe), vous expliquerez le principe de l’« indisponibilité du corps humain » (quatrième paragraphe) au nom duquel la France refuse la gestation pour autrui. Vous illustrerez cette notion par un exemple la prolongeant et vous rechercherez un exemple qui la contredit ou la restreint. 3) Selon l’auteure, « il y a quelque chose de vertigineux à imaginer ces bébés fabriqués sur mesure ». En quoi cette industrie du bébé peut-elle donner le vertige ? Vous répondrez à cette question en rédigeant un texte structuré en paragraphes, comportant une introduction et une conclusion, qui avoisinera les 50 lignes. |