Strasbourg — Mardi 15 avril 2003
Epreuve de commentaire de texte
Durée: 3 heures
Noms communs : noms de choses. Noms propres : noms de pays, noms de fleuves, noms de personnes. Les noms communs constituent des.classes d’objets semblables. Ils signifient. Le nom propre désigne un seul individu – Il distingue, il sépare.
Notre étude porte sur les noms de personnes, objets institutionnels, régis par des règles culturelles variables dans le temps et l’espace , soumis à des modes d’attribution, de transmission, de variation, en même temps qu’objets de culte, de tabous, de superstitions. Mais aussi sur les personnes dans le rapport qu’elles entretiennent avec leur nom.
Avoir, pour avoir reçu, un nom. Il s’agit là d’une condition universelle, à laquelle chacun partout est soumis, et qui le voue à entendre l’appel; à répondre présent – ainsi déjà Moise a pu répondre à Dieu- mais aussi à répondre de ses actes, à en être tenu pour responsable. En même temps il y a là une condition éminemment singulière puisqu’il n’est pas indifférent de porter tel ou tel nom, glorieux ou infâme, bien français ou étranger, gracieux ou disgracieux. Comment s’inscrit-on dans le monde avec son nom ?
Le nom ce n’est pas tout à fait comme un visage, un corps, bien qu’on ne l’ait pas choisi non plus. Il n’est pas altéré par le temps, il n’est pas le lieu de ces métamorphoses, si lentes pourtant qu’elles nous permettent tout de même chaque jour de nous reconnaître. On peut garder le même, et si l’on en change, c’est par mutation, révolution, qui nous font basculer dans l’étrange, dans l’étranger. Ce n’est pas non plus comme un vêtement, bien qu’il puisse aussi être seyant ou malseyant, parure ou guenille, élégante robe de bal ou grotesque habit de clown. Il colle davantage à la peau, à la vie… On peut s’y trouver, s’y retrouver mal, comme parfois en son image , le percevoir comme impropre , en s’étonnant de son impropriété, s’y sentir mal à l’aise, ou au contraire l’arborer comme un emblème. On peut s’en défaire certes mais rarement par le jeu de la volonté, plus souvent par celui des alliances, ruptures, migrations, qui ne nous en laissent jamais le choix.
Toute entrée dans le monde humain s’accompagne de l’attribution d’un nom : on nomme aussi les animaux familiers, et les moins domestiques, dès lors que l’on vit en leur compagnie. Et même les objets inanimés : les petites filles prénomment leurs poupées. Le nom permet d’être « interpellé », d’être le destinataire d’une parole, comme est d’abord I’infans. (celui qui ne parle pas), puis de devenir sujet parlant “en son nom propre “. Ce n’est pas un hasard, si l’enfant, avant de dire je, utilise la troisième personne en se désignant par son prénom.
Extrait de « Nom, prénom » (Collection Autrement)
Préface de Alice CHALANSET
Vous exposerez les réflexions que vous inspire ce texte en les articulant avec de situations tirées de la vie courante
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