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Sujet d’annales IFSI: NEVERS 2011
Durée : 2 heures |
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Il était une fois les transplantations, ces thérapies qui permettent de sauver la vie de patients gravement atteints n’ayant d’autre espoir que la greffe d’un nouvel organe (foie, cœur, rein ou pancréas). Le don d’organes permet de vaincre certaines maladies, et des milliers de patients attendent de pouvoir en bénéficier. Au fil du temps, le nombre d’organes susceptibles d’être transplantés a augmenté, si bien que l’on peut aujourd’hui presque tous les remplacer: cornée, poumons, intestin grêle, côlon, cellules produisant l’insuline, mains, visage, valves cardiaques, tendons, ovaires… Progressivement, tous les obstacles techniques ont pu être surmontés. De tels progrès ne peuvent que nous réjouir. Toutefois, il existe des différences entre les transplantations, et cela m’amène à me demander si toutes les interventions sont justifiées et éthiquement acceptables. Certaines opérations peuvent sans doute améliorer la qualité de vie du patient, mais elles ne sont pas essentielles à sa survie. Quel sera, dans ce cas, le prix à payer? La première transplantation d’ovaires entre deux femmes non jumelles est récente … L’intervention, simple et rapide, a été exécutée par laparoscopie. Le tissu ovarien a été prélevé sur Sandra et transplanté chez Térésa … Térésa a souhaité avoir un enfant grâce à une fécondation artificielle … Cette perspective nous place devant une grave question d’éthique: à qui appartiendrait, génétiquement parlant, l’enfant né de l’insémination d’un ovocyte n’appartenant pas à la femme qui portera l’enfant, mais à sa sœur, qui lui a fait un don de tissu ovarien ? Les spécialistes des transplantations, mais également tous les médecins et les scientifiques ne devraient jamais oublier que les possibilités techniques ne peuvent justifier toutes les interventions. Bien sûr, l’expérimentation fait partie de l’acte de soigner. Mais, même devant la plus fascinante des découvertes, la motivation principale pour faire avancer le progrès doit rester la santé du patient, ce qui est bon pour lui et sa qualité de vie, sans oublier les éventuels sacrifices qu’il devra faire et qui sont parfois de véritables souffrances … En 1998, à Lyon, une équipe internationale de chirurgiens effectua pour la première fois la greffe d’une main en utilisant le membre d’une personne décédée. Malheureusement, le patient a été incapable d’accepter complètement sa nouvelle main. Au bout de trois ans, il a fallu lui enlever la main greffée. La greffe d’un membre est une intervention extrêmement complexe … Devant de telles difficultés, n’est-il pas préférable d’opter pour des prothèses artificielles? La première greffe de visage a été un événement retentissant. L’intervention a été effectuée en 2005, à Amiens, sur une femme de 36 ans défigurée après l’agression d’un chien … Le chirurgien qui a dirigé cette entreprise était celui qui avait greffé la main: Jean-Michel Dubernard. Avant l’intervention, il a soumis sa patiente à un entretien psychologique approfondi. La femme devait être tout à fait consciente de ce qui l’attendait: elle devrait prendre des médicaments antirejet pour le restant de ses jours, serait exposée à des risques et à des contrôles réguliers, et serait confrontée à une nouvelle apparence, radicalement différente de celle qu’elle avait auparavant, avec probablement des conséquences sur la perception qu’elle aurait d’elle-même. L’intervention a finalement eu lieu, peut-être parce qu’une autre équipe, aux États-Unis, s’apprêtait à effectuer elle aussi une greffe de visage, avant d’obtenir une autorisation: la compétition entre les bistouris les plus compétents du monde était lancée. Je ne considère pas la compétition comme quelque chose de négatif; je dois même avouer que j’éprouve une certaine satisfaction, en tant que chercheur, lorsque je parviens à publier avant tout le monde le résultat d’une étude ou la description d’une intervention chirurgicale sur laquelle travaillaient également d’autres scientifiques. Toutefois, le jeu de la compétition exige que l’on respecte deux règles fondamentales : travailler dans l’intérêt du patient et ne présenter aucune donnée qui pourrait susciter de faux espoirs. Pour en revenir à la greffe de visage, bien que je comprenne les motifs de cette intervention, je me dois d’émettre des réserves sur le plan éthique: il ne s’agit pas, dans ce cas, de sauver la vie d’un patient, ni même de soigner une maladie. Bien sûr, nous pouvons tout à fait imaginer les difficultés d’une personne défigurée qui ne peut accepter son état et vit dans l’isolement, sans pouvoir travailler ni nouer de relations amicales : cette situation peut rendre la vie réellement insupportable. Il est donc possible de justifier cette intervention. Mais, avant d’opter pour une greffe du visage, il serait préférable de sonder les profondeurs de l’âme humaine et de tenter de convaincre le patient de suivre la voie qui mène à l’acceptation de soi – dans la mesure du possible, bien sûr … Le thème des greffes nous porte à réfléchir à l’éthique des innovations médicales et aux mécanismes qui lancent les chirurgiens et les scientifiques dans une rivalité effrénée: une escale qu’il semble difficile d’arrêter … Nous vivons une époque formidable: nous pouvons nous estimer heureux de pouvoir guérir des maladies qui étaient incurables il y a quelques décennies à peine. Cependant, même si les progrès de la technologie et de la biologie nous ont permis de franchir de nombreux obstacles, je ne peux ni ne souhaite oublier cette phrase que me répétait inlassablement Thomas Starzl, pionnier des transplantations qui effectua la première greffe de foie en 1963 : « Ce n’est pas parce qu’une technologie existe qu’il faut l’utiliser. » Pour qu’une technologie soit utilisée, il ne peut y avoir qu’une seule motivation: qu’elle soit bonne pour l’être humain. En excluant toute ambition personnelle, aussi bien de la part des médecins que de celle des patients. « Les périls de la course à la greffe », Ignazio Marino, Courrier international, hors-série, octobre-novembre-décembre 2008. |
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Questions 1. Vous présenterez le sujet et vous dégagerez en une vingtaine de lignes les idées principales du texte. (5 points) 2. Vous dégagerez les problèmes évoqués par le thème du texte et vous argumenterez vos réponses. (6 points) 3. En vous appuyant sur le texte et sur vos connaissances, vous expliquerez le passage en caractères gras et vous donnerez votre avis personnel. (4 points) |

