Bordeaux 2002

Annales concours Orthophonie – Bordeaux 2002

Epreuve de résumé de texte

Questions :

1.Résumez le texte suivant en 300 mots (marge de 10 %). Donnez lui un titre.

2.Choisissez une idée du texte que vous développerez et discuterez.

Notre problème est donc celui de l’autorité éducative. Que penser aujourd’hui de cette question ? Faut-il bannir comme on le clamait haut et fort il y a à peine deux décennies ou faut-il la réhabiliter de toute urgence ? Les noms de Gérard Mendel et d’Hannah Arendt font figure d’emblèmes dans ce débat controversé et permettent aisément de polariser le débat sous forme d’une alternative.

Faut-il penser avec Mendel que l’autorité n’est que ‘le masque mystifiant de la violence’ ou faut-il suivre Arendt lorsqu’elle affirme qu’il existe une autorité nécessaire et libératrice ? D’un point de vue qui stigmatise et dénonce l’autorité comme une figure douce de la violence. L’autorité est alors synonyme d’empire, d’emprise, de domination. Celui qui exerce l’autorité est toujours un dominus, un maître au sens de maîtriser. Le dominus est celui qui est et entend rester le maître de la situation. La question qui découle d’une telle opinion est alors : par quoi peut-on remplacer l’autorité ? Quel substitut possible peut-on raisonnablement envisager ? De l’autre point de vue, l’autorité est appréhendée sous les attributs du bon et du nécessaire. L’autorité libère. La supprimer reviendrait purement et simplement à supprimer la possibilité d’éduquer. Pas d’éducation sans l’autorité d’un magister. La vraie question est alors d’identifier ce qui caractérise l’autorité éducative et de pointer ce qui menace à tout moment de la pervertir.

Au point où nous en sommes il nous faut définir cette idée d’autorité. ‘C’est le pouvoir d’imposer l’obéissance’ note le Petit Robert. ‘C’est le pouvoir de se faire obéir’ précise le littré. Ces définitions pensent l’autorité du seul point de vue de ses effets. L’autorité est ce qui permet d’obtenir l’obéissance. Aussi le risque n’est pas mince de confondre l’autorité avec l’intimidation, la force avec la violence. « On se sert fréquemment du même argument écrit Hannah Arendt en ce qui concerne l’autorité : si la violence remplit la même fonction que l’autorité – à savoir, faire obéir les gens- alors la violence est l’autorité ». La seule chose qu’il est possible d’affirmer, à partir de définitions aussi succinctes que celles que nous venons de rappeler, c’est que la force, la violence et l’autorité sont des équivalents fonctionnels, mais on peut légitimement inférer que ces trois modalités de relation sont de même nature. Obéir aux recommandations de son médecin et obéir aux injonctions armées d’un voyou sont certes deux actes d’obéissance, mais nous conviendrons que ce sont deux manières différentes d’obéir. S’il existe plusieurs manières d’obéir, on peut alors raisonnablement penser qu’il existe plusieurs manières de commander. Aussi définir l’autorité comme ‘pouvoir de se faire obéir’ n’est pas une définition philosophiquement suffisante. C’est une définition fausse au sens spinoziste du terme, c’est-à-dire incomplète.

La distinction que font les latins entre Potestas et Auctoritas n’est pas inintéressante pour avancer notre travail de clarification. La Potestas est définie comme l’autorité de droit, c’est le pouvoir fondé sur la fonction, le grade ou le statut. C’est le pouvoir légal, reconnu et accordé par les instances supérieures de la société (instances militaires, gouvernementales, éducatives…). La  Potestas est le pouvoir de prendre des décisions, de commander, d’exiger l’obéissance dans un domaine donné en recourant à la force ou à la contrainte, le cas échéant. Le professeur est investi d’un Potestas, c’est-à-dire d’un pouvoir légalement reconnu pour exercer sa fonction, il a notamment le droit, droit institutionnellement défini et encadré, de réprimander si le besoin s’en fait sentir. L’Auctoritas ne dépend d’aucune instance.On n’investit pas quelqu’un d’une Auctoritas. Elle émane de la personne ; c’est ce que confirme l’étymologie puisque Auctoritas est dérivé d’Auctor, l’auteur, c’est-à-dire celui qui est cause première. L’auteur d’une chose est celui qui est à l’origine de ladite chose. D’où ici toute une série de discours sur l’autorité naturelle, l’autorité serait de l’ordre du don, certains seraient doués d’autorité, d’autres en seraient, hélas, dépourvus à jamais. Nous verrons que l’autorité n’est nullement de l’ordre du don mais que bien au contraire elle est une attitude qui se travaille et se conquiert. L’Auctoritas est synonyme d’influence, d’ascendant, de crédit. Elle n’est pas fondée sur la puissance légale de contraindre mais sur le prestige personnel. Elle est l’art d’obtenir l’obéissance sans recours à la menace ou à la violence. « … L’autorité, écrit Hannah Arendt, exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition, là où la force est employée l’autorité proprement dite a échoué ». L’autorité (au sens d’Auctoritas) produit les effets  de la force tout en étant le contraire même de la force.

Notons que ces deux formes d’autorité ne s’excluent ni ne s’impliquent nécessairement. On peut avoir de l’Auctoritas sans avoir pour autant un statut ou une fonction légalement reconnue. A l’inverse on peut être investi d’aune autorité légale et être dépourvu de toute forme d’Auctoritas. Par ailleurs, elles ne s’excluent pas pour autant, on peut imaginer qu’ « avoir l’autorité » et « avoir de l’autorité » peuvent en certaines circonstances, et fort heureusement , se conjuguer. Si l’on entend dorénavant autorité au sens d’Auctoritas, on peut donc dire sans jouer sur les mots que l’autoritaire est précisément l’individu qui manque d’autorité ou encore, et cela serait plus juste et plus précis, qu’il est celui qui abuse de la Potestas pour combler son déficit d’Auctoritas. « L’éducateur autoritaire, écrit Albert Carnois, est un faible… Il compense l’infériorité de sa personne en s’appuyant sur sa supériorité- toute impersonnelle- qui lui donne sa fonction de parent ou de maître ».  L’homme autoritaire n’est pas l’homme disciplinaire, comme on le pense souvent. Le premier exhibe ses quartiers de noblesse et donne de la voix, le second joue avec moins d’ostentation et infiniment plus d’efficacité sur la gestion tatillonne de l’espace et du temps, sur le contrôle méticuleux des formes et des modalités de l’action. Les deux, en tous cas, signent la défaite de l’autorité.

Il reste un point à préciser : si l’autorité permet d’obtenir le consentement de son vis-à-vis sans le recours à la force est-ce à dire  qu’elle l’obtient par les moyens de la raison ? Si l’autorité ne contraint pas peut-on alors dire qu’elle persuade ? Citons Hanna Arendt une nouvelle fois et un peu plus longuement. « …L’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation. Là où on a recours à des arguments l’autorité est laissée de côté. Face à l’ordre égalitaire de la persuasion se tient l’ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments… ».  L’autorité n’est ni exercice de la raison ni contrainte par force, elle est d’un autre ordre. Entre la contrainte et la raison, il y a un troisième terme qui précisément définit le domaine de l’autorité.

                                                          La sanction (extrait), Eirick PRAIRAT, L’harmattan, 1997

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