Annales du concours de Moniteur-Educateur de Picardie ; session 2004 Epreuve écrite français.

Annales du concours de Moniteur-Éducateur de Picardie ; session 2005

Épreuve écrite.

Durée : 3 heures

La mère sauvage.

Je n’étais point revenu à Virelogne depuis quinze ans; J’y retournai chasser, à l’automne chez mon ami Serval, qui avait enfin fait reconstruire son château, détruit par les Prussiens.

J’aimais ce pays infiniment, il est des coins du monde délicieux qui ont par les yeux un charme sensuel. On les aime d’un amour physique. Nous gardons, nous autres que séduit la terre, des souvenirs tendres pour certaines sources, certains bois, certains étangs, certaines collines, vus souvent et qui nous ont attendris à la façon des événements heureux. Quelquefois même la pensée retourne vers un coin de forêt, ou un bout de berge, ou un verger poudré de fleurs, aperçus une seule fois, pour un jour gai, et restés en notre cœur comme ces images de femmes rencontrées dans la rue, un matin de printemps, avec une toilette claire et transparente, et qui nous laissent dans l’âme et dans la chair un désir inapaisé, inoubliable, la sensation du bonheur coudoyé.

A Virelogne, j’aimais toute la campagne, semée de petits bois et traversée de ruisseaux qui couraient dans le sol comme des veines, portant le sang à la terre. On pêchait là-dedans des écrevisses, des truites et des anguilles ! Bonheur divin ! On pouvait se baigner sur place, et on trouvait souvent des bécassines dans les hautes herbes qui poussaient sur les bords de ces minces cours d’eau.

J’allais, léger comme une chèvre ,regardant mes deux chiens fourrager devant moi.

Serval, à cent mètres sur ma droite, battait un champ de luzerne. je tournai les buissons qui forment la limite du bois des Saudres, et j’aperçus une chaumière en ruines.

Tout à coup, je me la rappelai telle que je l’avais vue pour la dernière fois, en 1869, propre, vêtue de vignes, avec des poules devant la porte. Quoi de plus triste qu’une maison morte, avec son squelette debout, délabré, sinistre ?

Je me rappelai aussi qu’une bonne femme m’avait fait boire un verre de vin là-dedans, un jour de grande fatigue, et que Serval m’avait dit alors l’historie des habitants. Le père, vieux braconnier, avait été tué par les gendarmes. le fils,que j’avais vu autrefois, était un grand garçon sec qui passait également pour un féroce destructeur de gibier. On les appelait les Sauvage.

Était-ce un nom ou un sobriquet ?

Je hélai Serval. il s’en vint de son long pas d’échassier.

Je lui demandai :

“Que sont devenus les gens de là ?”

Et il me conta cette aventure.

MAUPASSANT ; Contes et Nouvelles

1. Travail d’écriture ( 10 points)

“J’allais (…) ruines.” (lignes 19-23). Réécrivez ce passage en vous plaçant du point de vue d’un observateur étranger qui arrive en face des deux chasseurs et qui ignore leur identité.

Consigne: Vous commencerez par “Il voyait un chasseur…”

2. Discussion (10 points)

“Je me rappelai aussi qu’une bonne femme m’avait fait boire un verre de vin (…) un jour de grande fatigue.” Pourquoi ces lois de l’hospitalité sont-elles parfois oubliées ? Pourquoi vous paraît-il nécessaire de les préserver ?

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