Annales du concours de moniteur-éducateur de Champagne- Ardennes ; session 2005
Epreuve écrite.
Durée : 2 heures.
La compagnie de l’animal.
(…) La possession d’animaux de compagnie génère nombre d’activités dérivées : lecture de magazines spécialisés ( Trente Millions d’Amis tire à 110 000 exemplaires, Atout Chien à 90 000, Atout Chat à 75 000…), adhésion à des clubs de race canine ou féline, présentation d’animaux spécialement sélectionnés, dressés et toilettés à des concours d’élevage dotés de prix et de récompenses officiels, fréquentation d’expositions et de salons animaliers. Plus de deux mille manifestations de ce type sont organisées chaque année en France, attirant des foules considérables.
A côté des passionnés ordinaires, il y a les militants animalitaires, qui forment un monde associatif très actif mais aussi très fragmenté, traversé par de profondes fractures et de forts antagonismes, que des scissions, ralliements et mini-coups d’Etat agitent en permanence…
Le caractère de loisir, non utilitaire et non professionnel, de la passion animalière ne doit pas tromper : ceux qui s’y adonnent la prennent très au sérieux. Il existe en France plus de 280 associations de défense des animaux, dont plusieurs dizaines se consacrent, de fait, aux animaux familiers. A côté des structures généralistes comme la SPA, on trouve une multitude de petites associations qui se distinguent les unes des autres par la mission qu’elles s’assignent. Certaines s’attachent à la valorisation des animaux par les services qu’ils rendent : chiens d’aveugles, chiens d’avalanche, pour enfants et adolescents en difficulté, pour personnes âgées ou isolées, pour malades ou handicapés en milieu hospitalier.
D’ autres considèrent qu’il importe d’abord de protéger les animaux des entreprises des hommes : elles militent pour des réglementations plus strictes des conditions de détention, d’élevage, de transport et de commerce de leurs protégés. Quelques-unes (comme la Fondation Trente Millions d’Amis ) luttent même contre toute utilisation des animaux familiers. D’autres associations vont plus loin encore : la très active Ecole du Chat (7000 adhérents pour la seule Ile-de-France ) milite pour une “citoyenneté du chat” fondée sur la stérilisation, la vaccination, l’alimentation, l’identification par tatouage et la domiciliation…
Certains extrémistes de la cause animale n’ hésitent pas à joindre le geste à la parole, comme ces antivivisectionnistes qui organisent des opérations de libération d’animaux de laboratoire, ou ces opposants aux combat de coqs, qui, en Belgique, en janvier 1991, en sont arrivés à tuer un homme pour sauver des oiseaux.
A ces excès des “amis des animaux” répond l’exaspération de ceux que les premiers qualifient d’ “ennemis des animaux”, d’où les tensions très vives qui se manifestent parfois entre les deux camps. Cet antagonisme révèle deux types d’enjeux. Il y a d’abord les enjeux pratiques, perceptibles dans la vie quotidienne, qui tournent autour de la place que les humains sont prêts ou non à accorder parmi eux à des animaux. Tandis que les uns admettent partout les animaux familiers auxquels ils ne reconnaissent que des qualités et des avantages, les autres au contraire n’en voient que les inconvénients (déjections, aboiements, morsures, zoonoses…) et des maîtres, que les travers.
Derrière ces querelles se dssimulent des enjeux philosophiques et éthiques. Ce qui est en cause, au fond, dans la place des animaux, c’est la question de leur nature ou de leur position par rapport à la nôtre : les humains et les animaux sont-ils plutôt semblables ou plutôt différents ? Et cette différence autorise-t-elle les premiers à refuser tous droits aux seconds ?
(…) L’homme moderne tient à ses animaux familiers parce qu’ils ne se contentent pas de lui tenir compagnie : ils le valorisent. (…) Ce que nous aimons surtout dans nos animaux de compagnie, c’est leur dépendance et l’image d’êtres supérieurs, tout-puissants et indispensables aux autres qu’ils nous renvoient de nous-mêmes.
Jean-Pierre DIGARD ; Sciences humaines ; “La compagnie de l’animal”.
Questions :
Vous êtes évalués sur la qualité de l’expression, de la réflesion personnelle, ainsi que sur votre compréhension d’un texte.
1. Groupes sociaux : citez, dans leur ordre d’apparition, les différents groupes sociaux énumérés dans cet article. (6 pts )
2. Quelle est la thèse défendue par l’auteur ? ( 2 pts )
3. ” L’homme moderne tient à ses animaux familiers parce qu’ils ne se contentent pas de lui tenir compagnie : ils le valorisent. ” Développez cette affirmation en donnant des exemples diversifiés.
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