Annales du concours de Moniteur-Educateur de Bretagne; session 2005 Epreuve écrite français.

Annales du concours de Moniteur-Éducateur de Bretagne ; session 2005

Épreuve écrite.

Durée : 3h30

Texte 1 : Gens d’ouest. Mickaël sert à la crêperie, un défi familial.

C’est demain la Chandeleur. Avec une journée d’avance, la crêperie “Au p’tit biniou” ouvre ses portes à Caudan, près de Lorient. Le serveur, Mickaël Bollet, 19 ans, accueillera ses premiers clients à l’heure du déjeuner. Il est atteint d’une trisomie 21.

“Est-ce que cette bouteille est bonne, Madame ? ” Même si le geste et les mots sont un peu hésitants, Mickaël prend un vrai plaisir à servir ses parents, Anne et Hervé Bollet. Une dernière répétition, avant d’entrer en scène pour de bon. Ce jeudi midi, ce sont de vrais clients que le jeune homme devra accueillir et servir dans la crêperie familiale. Ce sera le jour “J” de son entrée dans la vie active, préparée en équipe depuis si longtemps.

Mickaël est trisomique. Sa famille et ses amis n’aiment pas qu’on le définisse ainsi. Comme si un être humain se résumait à sa maladie ou à son seul handicap. “Malgré sa trisomie 21, nous avons toujours voulu que notre fils fréquente un milieu ordinaire”, rappellent ses parents. Pendant des années, ils ont fait 600 kilomètres par semaine pour conduire leur fils à la petite école primaire d’Inzizac-Lochrist. Là où une institutrice, avec l’accord des autres familles, acceptait de courir l’aventure de l’accueil d’un enfant trisomique dans une classe traditionnelle. Après ses quatre années en classe d’intégration dans un collège de Vannes, Mickaël a multiplié les stages en milieu professionnel. A la base aéronavale de Lann-Bihoué, où il s’occupe des espaces verts, le jeune homme, volontiers espiègle, se taille un joli succès chez les militaires en enfermant le chef d’équipe dans un abri de jardin. Un autre jour ,curieux de visiter l’infirmerie de la base, il se fait porter pâle auprès du médecin-chef.

C’est à la faveur d’un autre stage, au zoo de Pont-Scorff, que Mickaël va découvrir sa vocation professionnelle. “Il s’est véritablement épanoui dans le service de restauration du zoo”, constate sa maman qui se souviendra longtemps d’une de ses visites : “Je l’ai trouvé occupé à déplacer une énorme bassine d’huile à frites bouillante. A la maison, nous n’aurions jamais osé le laisser faire.” Mickaël est aussi à l’aise avec les enfants visiteurs qu’avec l’équipe d’animation au sein de laquelle il compte maintenant de vrais amis. De temps en temps, le samedi soir, ces amis-là viennent le chercher à la maison pour le conduire en boîte de nuit. Enfin… dans la seule discothèque qui les accepte sans tiquer sur la présence d’un handicapé…

Pour offrir à Mickaël une bonne chance d’intégration professionnelle, toute la famille Bollet s’est mouillée dans le projet d’acheter une crêperie à Caudan, un gros bourg au nord de Lorient. Annie, la maman, a quitté son emploi salarié dans une chocolaterie. Hervé, le papa, aumônier laïque dans un lycée, a négocié avec son directeur un horaire aménagé qui lui permettra de mettre la main à la pâte tous les midis et tous les soirs d’ouverture de la crêperie. Les trois ont suivi une cession de formation à leur nouveau métier à la Chambre de Commerce de Vannes. Mickaël y a décroché un diplôme d’agent polyvalent de restauration.

Les trois autres enfants de la famille Bollet sont aussi dans le coup. La fille, Karine, a dessiné le logo de la crêperie et les menus déclinés dans cinq ou six langues, dont l’arabe. Pourquoi l’arabe ? Parce que Caudan accueille des militaires saoudiens venus pour la construction de frégates par l’arsenal de Lorient. Menus imprimés aussi en braille, pour montrer qu’au “P’tit biniou”, il y aura de la place pour tout le monde et toutes les différences ! “Ici, nous avons envie de faire partager notre bonheur”, dit simplement le père, touché par l’initiative des commerçants de Caudan : dès ce week-end, ils se sont tous donné rendez-vous pour manger des crêpes au “P’tit biniou”.

Pour les Bollet, c’est un peu l’épilogue d’un combat de vingt ans pour que leur fils soit reconnu comme un enfant à part entière et non comme un “trisomique”. “Nous avons dû franchir des montagnes, pourtant, aujourd’hui encore, j’ai le vertige”, avoue Anne. Elle sait que la partie n’est jamais gagnée. Comment réagiront les futurs clients ? Un peu de gêne sûrement. “Peut-être que certains ne voudront pas revenir. A l’inverse, peut-être que d’autres nous choisiront par sympathie pour notre démarche. On fait encore un pari…”. Une bouffée d’angoisse vite balayée par le sourire généreux de Mickaël. Avec sa première paie de serveur au SMIC, celui qui dispose déjà d’un portable et d’un chéquier s’est promis d’offrir à ses parents “la collection complète de disques de Dan Ar Braz. ” “Au ptit biniou”, ça s’imposait.

Jean-Laurent BRAS ; Ouest France ; 1er février 2001.

Texte 2 : Grâce à des ateliers de création artistique, un foyer occupationnel fait la promotion de la personne handicapée.

Le centre Hubert Pascal ne veut pas se limiter à la mission qui lui est confiée : accueillir des “improductifs” et des “inutiles” au monde du travail. Lieu de loisirs, de formation et de vie, on y rencontre d’authentiques artistes.

Au départ, en 1987, le centre Hubert Pascal aurait dû être un foyer occupationnel, une de ces structures banales et codifiées susceptible d’accueillir des personnes que le handicap place en situation de n’être pas des “salariés” ; dit autrement et de façon plus crue, d’accueillir des improductifs et des inutiles au monde du travail. De ces inutiles à eux-mêmes et à la société, pour reprendre les mots utilisés par Jean-Jacques Rousseau au Livre I de l’Emile afin de justifier la non-nécessité de les éduquer. Mais dès le départ, Guy Suisse, l’actuel directeur, se refuse à s’inscrire dans cette dénomination et ce marquage occupationnel.Nourri de ses engagements militants et de son passé d’animateur de mouvement d’éducation populaire, il décide de faire de foyer occupationnel un centre d’accueil et de promotion de la personne. Pour Guy Suisse, les “inaptes au salaire” que sont ces personnes lourdement handicapées, vont se mélanger à ces autres inaptes au salaire que sont les mères de famille qui, sur leur temps libre animent des activités diverses dont le but est de mettre en forme cet autre objet utile qu’est le lien social. Très vite, personnes handicapées ou de passages, dépendantes ou bénévoles se mêlent de création artistique et s’emmêlent au sein de la structure. Dans ce contexte, il recrute Annette Gibert pour animer l’atelier Ressource terre. Annette est céramiste et elle se définit plus comme étant une artiste à la recherche du bel objet que de l’artisan occupé pour fabriquer l’objet utile. Artiste céramique donc, dont la vie prend un autre sens lorsqu’elle est appelée à venir animer un atelier terre au sein du Centre Hubert Pascal.

De centre d’accueil, l’association Hubert Pascal devient peu à peu centre de rencontres, puis service d’accompagnement des loisirs et enfin, et de façon presque naturelle, centre de formation. Il faut entendre par là, non pas une école chargée de transmettre un programme mais un lieu où , de façon ponctuelle, se regroupent des personnes ayant envie de transmettre une technique à d’autres qui désirent l’apprendre ou la perfectionner. C’est dans ce cadre que Hubert Pascal reçoit en stage, dans les ateliers de création artistique, des élèves éducateurs en formation de France et d’ailleurs. Dernièrement, c’est le Maroc qui fait partie de cet ailleurs avec au départ Hisham, un élève éducateur envoyé en France pour accomplir sa formation. Il a servi d’intermédiaire entre l’association Hubert Pascal et l’AMSAHM, Association Marocaine de Soutien et d’Aide aux Handicapés Mentaux. Cette association, reconnue d’utilité publique par les autorités marocaines, se soucie de l’intégration sociale des personnes trisomiques, notamment par le biais de la pratique des techniques artisanales. Pour conduire cette mission, l’AMSAHM s’appuie elle-même sur le Centre des Arts traditionnels de Rabat. Ainsi les ponts sont jetés de part et d’autre de la Méditerranée par le biais à la fois de la céramique et de la personne handicapée.

Le reste se fait naturellement. Annette met sur pied un projet de voyage au Maroc avec cinq artistes trisomiques du groupe Ressource terre de Hubert Pascal. Il s’agit d’aller rencontrer des gens passionnés par le même art et de confronter des techniques. Le résultat dépasse actuellement de beaucoup ce qui était attendu au départ. Il a commencé par une exposition céramique à l’Alliance Franco-Marocaine et pas le poème d’une artiste trisomique du foyer Hubert Pascal, composé à l’occasion du voyage et lu à l’antenne de radio Rabat.

Et le voyage n’est pas toujours fini. La boule Nïmes-Rabat aller et retour n’en finit pas de louvoyer et les artistes de poursuivre leur chemin de vie et de création. Les potiers trisomiques espagnols à Gaudis tout près de Grenade. Ensemble, ils y ont évoqués d’autres ailleurs possibles…

Philippe GABERAN ; Lien Social ; numéro 536, 22 juin 2000

1. Résumé ( 7 points)

Résumez les textes en 30 mots chacun.

2. Explication d’expressions (6 points)

Expliquez et commentez les expressions suivantes :

“Comme si un être humain se résumait à sa maladie ou à son seul handicap”. (Texte 1)

“Le but est de mettre en forme cet autre objet utile qu’est le lien social”. (Texte 2 )

3. Commentaire (7 points)

Commentez et illustrez le propos suivant :

En vous appuyant sur les textes présentés et sur vos expériences, vous exposerez votre point de vue concernant l’insertion sociale et professionnelle de la personne handicapée. ”

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