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Epreuve de Culture Générale Ifsi du Centre Durée: 2h Professionnels non bacheliers
La santé pour horizon
Aujourd’hui, malgré l’abondance des discours et travaux en la matière, la représentation la plus répandue de la santé reste très imprégnée par la notion de non-maladie. Elle est, en cela, fortement influencée par les développements récents de la médecine scientifique. L’absence de maladie semble être une condition nécessaire quoique non exclusive à l’émergence de la santé. À titre d’exemple, il est généralement assez difficile d’accepter qu’une personne en fin de vie, atteinte d’un cancer et de multiples métastases, puisse mourir en santé. Et pourtant, que d’actions qui ne luttent pas contre la maladie mais qui se tournent vers la santé de l’être, vers son équilibre, son harmonie, son espérance ne sont-elles pas envisageables pour que la personne mourante vive cette étape inéluctable de la vie, par exemple, de façon sereine et apaisée ? La mort engendre un sentiment d’échec chez les professionnels de la non-maladie. Elle peut offrir la satisfaction de l’oeuvre pleinement accomplie aux professionnels de la santé, ce qui n’exclut pas l’éventuelle tristesse que provoque la séparation. La non-maladie peut offrir à de nombreux professionnels le sentiment du travail bien fait car le mal est jugulé, et le corps-objet est traité voire guéri. Mais qu’en est-il de la personne abordée en tant que sujet ? De quoi la maladie ou les plaintes sont-elles l’expression ? Que signifient-elles — de quoi sont-elles le signe — dans une existence ? Comment la personne vit-elle cette expérience de vie et quelles sont les interrogations ou encore les craintes qu’elle a engendrées ? Quelles sont, également, les perspectives nouvelles qu’une telle expérience offre à la personne ? Comment aborde-t-elle son nouvel état après, par exemple : un diagnostic ou l’ablation d’un organe ou la réparation d’un membre ou d’une fonction ? Quel sens prennent ainsi les injonctions thérapeutiques ou alimentaires, les recommandations en matière d’habitudes de vie ? Les résultats obtenus après les investigations, les interventions et les traitements divers, ne témoignent pas de la souffrance résiduelle du sujet, de ses interrogations, de ses appréhensions face, par exemple, à un autre mode de vie, même momentané, qui s’impose à lui. Une maman qui se présente avec une fracture du bras au service des urgences est souvent plus inquiète pour ses enfants qui l’attendent à l’école ou pour la façon dont elle pourra continuer à s’occuper d’eux par la suite que pour la fracture elle-même. Le sujet apparaît ainsi comme bien supérieur à sa maladie ou son affection et le traitement, pour efficace qu’il soit, n’efface pas tout ce qui a pu rendre la personne malade ou qui peut engendrer chez elle des inquiétudes voire de la souffrance. La perspective que donne le professionnel de la santé à ses actions dépasse la non-maladie car il est centré sur le sujet dans la situation de vie qui est la sienne. C’est lorsque le prendre soin a pour horizon la santé de la personne, que le professionnel se rend compte qu’il n’y a pas de petites ou de grandes situations de soin, mais une situation de vie singulière, à nulle autre pareille, dans laquelle le soignant prend soin. En effet, les notions de bobologie, de petites ou de grandes affections, n’ont de sens que dans une approche fondée sur la maladie. Ces mêmes notions sont insensées — elles n’ont pas de sens — lorsque le professionnel s’adresse au malade. Chaque personne, quelle que soit son affection, nécessite une attention qui lui soit particulière et les actions appropriées qui en découlent. Cette attention peut être plus ou moins importante selon la nature de la lésion ou de l’affection. Lorsque le soignant s’adresse résolument à une personne et non à un corps malade, il ne peut établir de hiérarchie entre ces personnes ni de comparaison entre les différentes formes de souffrance qu’il côtoie, quelle qu’en soit la cause, car la souffrance — qui n’est pas réductible à la seule douleur — est propre à chaque être et ne peut dès lors être hiérarchisée. Elle exprime une part de l’existence de chacun qu’il ne convient ni de comparer ni de juger. Le soignant est ainsi, chaque fois, face à une personne qui souffre ou qui présente des inquiétudes, dont la santé est altérée ou fragilisée et qui nécessite de l’aide. La hiérarchisation entre les affections ainsi que le niveau d’intérêt porté aux personnes qui en résulte ne sont pas respectueux de celles-ci. Cela témoigne de la prédominance accordée au corps-objet et constitue un facteur de non-qualité. Si la maladie est au centre des préoccupations des professionnels, ceux-ci peuvent effectivement hiérarchiser les affections et banaliser certaines d’entre elles. Ils font essentiellement des soins mais ne prennent pas véritablement soin, leur perspective est la non-maladie. Pour le soignant, centré sur la singularité de la personne, une telle hiérarchisation et la banalisation qui s’ensuit n’ont pas de place, n’ont aucun sens. Pour lui, il n’y a pas de services plus ou moins prestigieux car tous les services accueillent des personnes et sont, à ce seul titre, équivalents en prestige dès lors que les professionnels leur font preuve d’attention. Il ne qualifie pas non plus certains services d’intéressants au détriment d’autres qui le seraient moins, mais il identifie des services pour lesquels il exprime lui, personnellement et professionnellement, plus ou moins d’intérêt. Walter Hesbeen, La Qualité du soin infirmier, Éditions Masson Résumez le texte en 33o mots, hors titre (une marge de 10 % en plus ou en moins est admise). Indiquez sur la copie le nombre de mots. Attention : « s’ », « » comptent pour i mot, exemple : « c’est-à-dire » pour 4. mots. |