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Annales concours Infirmier 2016 Ifsi Languedoc – Roussillon – Midi-Pyrénées. 1er sujet |
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La « googlisation » des esprits Le Nouvel Observateur : Votre dernier livre s’appelle Pour une écologie de l’attention : en quoi notre capacité à nous concentrer vous apparaît-elle comme un enjeu politique et écologique ? Yves Citton : Je définis l’attention comme une « interface » entre ma subjectivité et ce qui vient la nourrir. Cette interface peut se situer à l’échelon individuel ou collectif, et je propose donc de distinguer trois niveaux d’attention : il y a tout d’abord l’attention individuelle qui a été largement étudiée par les neurobiologistes ou les psychologues et qui se manifeste par la focalisation de l’énergie psychique d’un certain sujet sur un certain objet (livre, visage, écran). Le deuxième échelon, c’est « l’attention conjointe », qui unit le bébé à sa mère lorsqu’il apprend à suivre son regard ; on la retrouve pendant un concert ou un défilé politique : un spectateur applaudit le solo du musicien, un manifestant crie un slogan et c’est toute la foule présente qui embraye. Enfin, le troisième niveau est ce que j’appelle « l’attention collective » : des individus séparés reçoivent un message – ils regardent la télévision, lisent un journal ou surfent sur internet – en étant isolés les uns des autres mais en ayant conscience qu’au même moment d’autres reçoivent le même message. Ils n’ont pas besoin d’être en coprésence pour appartenir à un collectif : c’est ce que le sociologue français Gabriel Tarde a appelé « le public » et dont l’émergence dépend étroitement des outils de communication : l’imprimerie, les journaux, la radio, le cinéma, etc. Dès lors, l’attention devient un élément déterminant de la vie politique. NO : L’idée court que nous serions dans une « crise de l’attention ». Connectés 24 heures sur 24, toujours en attente d’un texto, nous serions devenus incapables de nous concentrer sur un seul objet de façon durable. Partagez-vous le diagnostic d’une « googlisation » des esprits ? YC : J’ai toujours envie de résister au discours catastrophique. Ce diagnostic n’est pas nouveau : à la fin du XIXe siècle, scientifiques et essayistes s’inquiétaient de ce que le développement de la réclame ou du travail à la chaîne n’émiette la capacité d’attention de l’homme. Si l’on remonte encore plus dans le temps, Voltaire et Rousseau se plaignaient de passer des heures à répondre à leur courrier, comme nous nous plaignons du temps que nous prennent nos mails. Néanmoins, je reconnais que les membres de la classe moyenne éduquée et connectée sont nombreux à vivre aujourd’hui une « crise de l’attention ». L’accélération technologique multiplie les sollicitations qui nous sont adressées et bon nombre d’entre nous sont en permanence débordés. Mais le problème réside moins dans les interruptions permanentes de l’attention au niveau individuel (le téléphone qui sonne pendant une discussion, le mail auquel je dois répondre en urgence) que dans la déformation invisible à laquelle est sujette l’attention collective. La multiplication des sollicitations est une manière de façonner l’attention des publics et donc de définir les sujets qui comptent. […] NO : Vous plaidez pour une « écologie de l’attention ». Qu’entendez-vous par là? YC : En focalisant notre attention sur la question du prix, le capitalisme nous a désappris à faire attention aux implications sociales des objets que nous consommons. Lorsque j’achète un fruit à mon voisin, je sais d’où il vient, la saison où il pousse. Lorsque je vais au supermarché, j’oublie ses conditions de production, de transport, de distribution. L’écologie de l’attention consiste donc à replacer le fruit (ou n’importe quel autre produit) dans son environnement, à reconnecter ce que le capitalisme a fragmenté. De la même façon, on a longtemps développé le transport aérien sans faire attention aux effets de la pollution sur le climat : il est aujourd’hui impératif d’agrandir notre régime attentionnel aux effets environnementaux de nos modes de consommation. NO : Vous vous livrez à un étonnant éloge de la distraction. L’attention morcelée, dites-vous, possède une valeur propre. YC : On oppose trop souvent la « bonne » capacité de concentration (parée de toutes les vertus) à la distraction (qui n’aurait que des défauts). On dit qu’à force de faire plusieurs choses à la fois, « les jeunes » n’arriveraient plus à se concentrer. À rebours de ce catastrophisme, je propose de voir l’évolution de l’attention comme une adaptation aussi prometteuse par certains côtés qu’inquiétante par d’autres. La multiattention a toujours existé, c’est une faculté de l’esprit humain ; simplement, les jeunes générations apprennent à la développer davantage, et ce qui apparaît comme de la distraction est souvent une réponse très habile et très compétente à des sollicitations multiples ou à un élargissement du champ de perception. Regardez dans le champ universitaire ce que l’on appelle « l’interdisciplinarité » : ce n’est rien d’autre que la nécessité d’être attentif à plusieurs ordres de choses en même temps. On pourrait dire des jeunes d’aujourd’hui qu’ils sont spontanément « interdisciplinaires » ou « transversaux ». Il est exact que cela implique une certaine superficialité, mais aussi une compétence propre : tout le monde n’en est pas capable. Mon espoir est que les jeunes générations sont en train de développer la capacité de multiattentionna-lité, de « veille », qui a manqué à la génération précédente. Nous avons consommé sans veiller à notre environnement ; ces jeunes générations sont plus sensibles aux multiples signaux qui en proviennent, et nous avons à apprendre de leur multiattention plutôt qu’à nous lamenter de leur « distraction ». […] Entretien réalisé par Éric Aeschimann. Le Nouvel Observateur, n° 2606, 16 octobre 2014. Entretien avec Yves Citton, professeur de littérature et auteur de Pour une écologie de l’attention (Seuil, Paris, 2014). |
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QUESTION 1(5 POINTS) Dégagez en une phrase la problématique abordée et faites une synthèse du texte, en le reformulant en 10-15 lignes. QUESTION 2(4 POINTS) À partir des éléments du texte, présentez une typologie des effets de nos sociétés connectées et commentez (de 20 à 30 lignes). QUESTION 3(6 POINTS) « Mieux connectés : plus ou moins isolés ? » Répondez à la question au moyen d’une argumentation personnelle structurée (30 lignes au maximum). 3 points sont réservés à la Technique de langue : Orthographe, grammaire , syntaxe , présentation, consignes. |