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Sujet d’annales IFSI : Caen 2011 |
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La télévision au berceau « Initier votre bébé à la télévision. » Tel est l’objectif explicitement revendiqué par la chaîne BabyFirst. Elle a été lancée en France en octobre 2007, quatre ans après son homologue aux États-Unis, et sans l’aval du CSA, les programmes étant diffusés depuis la Grande-Bretagne. Certes, il existait déjà une quinzaine de chaînes câblées pour enfants dans l’Hexagone. BabyTV, en 2005, fut la première à s’adresser spécifiquement aux moins de 3 ans. Si BabyFirst s’inscrit dans son sillage, c’est en ciblant les téléspectateurs dès 6 mois, et avec un argumentaire visant à responsabiliser les parents : la chaîne ne se veut pas une baby-sitter, une simple astuce pour que bébé se tienne tranquille, mais au contraire un instrument pédagogique, un atout pour la progéniture. Le tout sans course à l’Audimat, d’autant qu’il n’existe pas, en France, de mesures d’audience pour les moins de 4 ans. La nounou modèle sera-t-elle bientôt plate, rectangulaire et multicolore? Au menu de BabyFirst, près de 60 émissions américaines courtes (un bébé maintient difficilement son attention au-delà de quelques minutes), colorées, aux sons aigus, le tout constituant un « univers protégé» car sans violence, et sans publicité. La chaîne se présente comme « outil d’éducation supplémentaire» visant à « muscler le cortex» et la mémoire. Elle entend préparer bébé à la symbolisation, au calcul, et même à la lecture grâce à la lenteur des images, supposée anticiper la fixation d’un texte écrit. Bref, BabyFirst se veut une « télé active », éducative et « d’éveil » pouvant se substituer, le cas échéant, à la pauvreté de l’environnement quotidien et des jeux ordinaires … Mieux encore: selon la chaîne, le bébé pourrait développer ses compétences sociales en imitant les personnages vus sur l’écran. Il prendrait même le goût de communiquer en faisant apparaître ses interlocuteurs à volonté avec la télécommande. Le bébé a besoin de contacts physiques Or cette présentation idyllique déclenche une levée de boucliers chez de nombreux psychologues. La psychologie de l’enfant, de Jean Piaget à Jérôme Bruner, a en effet démontré qu’apprendre ne se réduit ni à observer passivement, ni à singer, mais nécessite d’agir sur son environnement, et de comprendre les conséquences de ses actes pour soi et pour autrui. Le danger de la télé pour bébés résiderait donc moins dans les programmes que dans l’impossibilité du téléspectateur à interagir avec leur contenu. Que se passe-t-il, par exemple, si le bébé prend conscience que le visage s’adressant à lui sur un écran ne tient pas compte de ses réactions? Pour la majorité des psychologues, la socialisation passe nécessairement par une interaction. La vision et l’audition ne suffisent pas. Le bébé a besoin de contacts physiques et se montre très sensible aux odeurs pour identifier autrui. D’où le caractère sacro-saint du doudou, même dépenaillé et ne sentant plus guère la rose … Quelles peuvent être alors les conséquences précises, pour le développement, d’une confrontation prolongée avec des personnages fictifs qui bombardent mécaniquement de ritournelles et de gazouillis un bébé livré à lui-même? Le développement cognitif et affectif peut-il être perturbé ? Impossible à dire pour le moment. L’impact exact des chaînes comme BabyFirst sur les très jeunes téléspectateurs n’étant pas scientifiquement établi, c’est au nom du principe de précaution et de la protection des mineurs que le CIEM (Collectif interassociatif enfance et média) a saisi les autorités françaises (dont le CSA) et européennes pour demander l’interdiction des chaînes pour bébés. Garantir un téléspectateur indécrottable et dépendant? De même, le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron, vite rejoint par plusieurs de ses confrères, a lancé une pétition sur Internet réclamant un moratoire. À ce jour, on dénombre plus de 26 000 signatures, Le phénomène suscite une inquiétude analogue au Québec, avec BabyFirst, BabyTV, mais aussi BabyHD. Sauf que le CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes), l’équivalent du CSA, a donné son assentiment. Là aussi, certains demandent l’interdiction pure et simple de telles entreprises commerciales. BabyFirst se prévaut pourtant d’un « comité consultatif mondial» de psychologues veillant à l’innocuité des programmes. Du reste, la chaîne insiste sur la nécessité d’utiliser la télévision « de façon équilibrée et responsable », et donnant lieu à des échanges systématiques parents / enfant. Aux États-Unis, où est née la télé pour bébés, que préconisent justement les pédiatres en matière de responsabilité? Quelle durée d’exposition quotidienne à la télévision leur paraît-elle souhaitable? Pour les moins de 2 ans, l’American Academy of Pediatries plaide pour l’abstention totale, même en présence des parents. Trop tard: en 2003, 58 % des petits Américains de 0 à 3 ans regardaient déjà quotidiennement la télévision pendant une heure, que les programmes leur soient destinés ou non. 30 % d’entre eux avaient un poste dans leur chambre, que 66 % savaient allumer tout seuls. 70 % imitaient spontanément les comportements altruistes vus dans les émissions, contre 27 % pour les comportements agressifs. Malgré la controverse, la télé-bébé est d’ores et déjà présente dans une cinquantaine de pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord. Les adolescents délaissant progressivement la télévision au profit d’Internet, les annonceurs ont vraisemblablement tout intérêt à instituer une familiarisation précoce avec le petit écran. Ainsi, non seulement une chaîne pour bébés peut-elle représenter un avantage à court terme, par exemple en tant que produit d’appel pour un bouquet satellite, mais pourrait à long terme, selon certains psychologues et pédopsychiatres, garantir un téléspectateur indécrottable et dépendant, puisque passé directement de la couveuse à la petite lucarne. |
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Questions : 1. Après avoir reformulé la problématique générale du texte, vous exposerez, le plus fidèlement possible et sans paraphraser, les principales prises de position. Vous rédigerez votre réponse en accordant pour chacun des points de vue une seule phrase. (4 points) 2. Explicitez de manière concise les extraits suivants. Vous vous attacherez à donner une réponse respectant le contexte de la thématique du texte. – « Pour la majorité des psychologues, la socialisation passe nécessairement par une interaction. » 3. Quels sont pour vous les facteurs expliquant l’augmentation du temps passé devant la télévision par les enfants occidentaux? Quelles peuvent être les implications de ce phénomène sur leur santé? Il vous est possible de prendre appui sur ces données extraites du texte: « Trop tard: en 2003, 58 % des petits Américains de 0 à 3 ans regardaient déjà quotidiennement la télévision pendant une heure, que les programmes leur soient destinés ou non. 30 % d’entre eux avaient un poste dans leur chambre, que 66 % savaient allumer tout seuls. 70 % imitaient spontanément les comportements altruistes vus dans les émissions, contre 27 % pour les comportements agressifs. » (10 points) |

