Annales EJE Pays-de-Loire 2007
L’EMPLOI DES FEMMES : UN SUJET TOUJOURS D’ACTUALITÉ
Une enquête vient de confirmer ce qui ne parvient pas à se transformer en question publique : à l’arrivée d’un enfant, les pères réduisent leur activité professionnelle vingt fois moins que les mères. Comment éviter qu’un gain de bien-être pour la société (avoir un enfant) se transforme en handicap pour celles qui y contribuent fortement ?
Des taux et des types d’emploi spécifiques. Les taux d’emploi féminins restent, en France, plus faibles que ceux des hommes : un écart de quinze points subsiste. Il s’explique par le fait que, à la différence des hommes, le comportement d’activité des femmes dépend encore de la présence, du nombre et de l’âge des enfants. Plus ceux-ci sont nombreux et plus le dernier-né est jeune, plus le taux d’activité féminin est faible. Cette situation s’est renforcée à partir de 1995, lorsque l’Allocation Parentale d’Éducation (APE) a été accessible dès le deuxième enfant : le taux d’activité des mères de deux enfants est alors passé de 70 % à 55 % et il est aujourd’hui, pour les mères dont l’un des deux enfants est âgé de moins de 3 ans, de 56 % (contre 80 % pour les mères d’un seul enfant) (…)
L’emploi féminin est nécessaire. Des travaux récents ont mis en évidence la pluralité de fonctions tout à fait nécessaires que revêt l’emploi des femmes. S’il est un gage d’autonomie et d’indépendance financière, d’autant plus indispensable que les ruptures d’union sont dorénavant fréquentes, il constitue également le meilleur rempart contre la pauvreté, notamment pour les familles les plus fragiles (mères de famille monoparentale, par exemple).
Il est également une source précieuse de financement de la protection sociale, au moment où l’allongement de l’espérance de vie et les départs en retraite des baby-boomers rendent le ratio actifs/inactifs de plus en plus préoccupant. Enfin, étant donné l’investissement en capital humain que fournissent les filles – qui réussissent désormais aussi bien que les garçons à de nombreux stades du cursus scolaire et universitaire -, l’inactivité des femmes, leur sous-emploi et l’inadéquation de leurs qualifications avec les postes qu’elles occupent doivent être considérés comme un véritable gâchis de compétences et financier, qu’il est nécessaire de chiffrer (…) Au Conseil européen de Lisbonne, les États membres se sont ainsi donnés comme objectif d’atteindre un taux d’emploi de 60 % en 2010 pour les femmes âgées de 15 à 64 ans.
Dans l’Europe des Quinze, les pays nordiques, le Royaume-Uni et les Pays-Bas dépassent déjà ce taux (la situation de ces deux derniers pays doit toutefois être considérée avec circonspection, en raison de l’importance du temps partiel). 70,5 % des Suédoises de 15 à 64 ans, 70,8 % des Danoises et 67,4 % des Finlandaises sont actives, contre 56,4 % des Européennes et 57,9 % des Françaises. Augmenter les taux d’emploi féminins est donc possible et les solutions pour y parvenir sont bien connues.
Un service public de la petite enfance
Le premier élément de réponse a trait aux modes d’accueil et de garde des jeunes enfants. L’offre reste largement insufffisante en France : selon l’enquête de référence, en 2002, deux tiers des enfants de moins de 3 ans étaient gardés à titre principal par leurs parents, c’est-à-dire essentiellement par leur mère. De tels résultats dessinent en creux la faible disponibilité des mères de jeunes enfants pour le travail.La première des conditions pour développer l’emploi féminin réside donc dans la mise en place d’un droit effectif à la garde du jeune enfant, droit objectif appuyé sur un véritable service public de la petite enfance. Cela suppose de désigner, sur la totalité du territoire, la ou les institutions responsables de la fourniture d’un tel service. Les pays nordiques, dans lesquels les municipalités sont responsables de l’organisation du service de la petite enfance et bénéficient, pour ce faire, d’une fraction des impôts nationaux, constituent évidemment un exemple intéressant.
Le second élément concerne les dispositifs désincitatifs à l’activité des femmes.Les effets négatifs de l’APE sont maintenant bien démontrés. Consacrer trois milliards d’euros à maintenir hors du marché du travail les femmes les moins
qualifiées apparaît comme l’une des formes les plus antiéconomiques de partage du travail, au moins aussi problématique que l’exclusion des seniors.
Le troisième élément consiste à inciter les pères à s’investir plus fortement dans la prise en charge des jeunes enfants : le partage des congés parentaux et les congés paternels constituent des mesures intéressantes, permettant aux pères de s’investir dès les premiers jours de l’enfant, même si l’exemple suédois met en évidence des résistances. Cela rendrait plus facile une vraie prise en charge partagée des soins aux enfants, alors qu’actuellement ce partage reste (comme celui des tâches domestiques) extrêmement déséquilibré, non seulement en volume mais aussi en rythme.
Permettre aux deux parents de s’investir également dans le travail et dans la prise en charge quotidienne des enfants suppose, enfin, une profonde réorganisation du travail (…) C’est pour cette raison qu’un modèle où hommes et femmes auraient le même genre de carrière professionnelle (taux d’emploi, nature d’emploi, salaires équivalents) et partageraient également tâches domestiques et familiales, où chacun s’ouvrirait ses propres droits sociaux et où le temps parental pourrait être garanti aux deux parents sous la forme de dispositifs de conciliation et de droits spécifiques apparaît à beaucoup de chercheurs spécialistes de ces questions comme un « idéal »…
DOMINIQUE MÉDA, Chercheuse au Centre d’Études de l’Emploi,
Alternatives Économiques, Hors Série n° 71, let trimestre 2007
1. Idée dominante (5 points)
En une phrase, dégagez l’idée dominante du texte.
2. Discussion (15 points)
La notion de libre choix pour les mères entre le fait de garder son enfant ou de travailler à l’extérieur, portée par des dispositifs et une politique, a des conséquences sur l’emploi des femmes, qu’elle rend plus précaire au moment de la reprise.Quels sont selon vous les enjeux concernant l’évolution de la répartition des rôles et des tâches entre les hommes et les femmes ? Comment concilier la réponse aux besoins des familles en matière de garde et un cadre éducatif de qualité pour l’accueil des jeunes enfants ?
En vous appuyant sur les éléments du texte, vos propres réflexions, vos expériences ou vos connaissances sur le sujet, vous répondrez aux questions et donnerez votre opinion en l’argumentant.
Durée totale de l’épreuve : 3 heures
Prépa social – Concours Travail social – Prépa sociale – Concours Educateur spécialisé – Concours Educatrice jeunes enfants – EJE- ES- AS Paramédical – Concours Assistante sociale – Méthodologie Concours social – Sujets concours éducatrice jeunes enfants – Institut du travail social – Sujets concours assistante sociale – Annales concours social – Sujets concours educateur spécialisé – Concours loire