Bordeaux 2003

Concours Orthophonie Bordeaux 2003

Sujet de méthodologie

I: Résumé: Résumez le texte suivant au quart de sa longueur : environ 300 mots puis donnez-lui un titre.
II: Discussion: Choisissez une idée du texte à développer

Boris Cyrulnik: Je vous surveille depuis longtemps. Il m’arrive même de vous lire et j’ai l’impression que nous jouons un peu dans la même équipe mentale. Je suis ravi de trouver ici un collègue. Je vous vois en effet mettre votre nez partout et c’est exactement le reproche que l’on me fait. Je pense que sur le plan des idées, nous avons le choix. Soit nous décidons d’être spécialiste, une situation tout à fait confortable intellectuellement puisqu’il nous suffit d’accumler de plus en plue d’informations sur un point de plus en plue précis: on fini alors, comme le dit le dogme, par tout savoir sur rien. Soit nous décidons d’être généraliste, c’est dire mettre notre nez, un peu à chaque fois, dans la physique, la chimie, la biologie, la médécine légale, la psychologie: on finit par alors n’être spécialiste en rien, mais on a la meilleure opinion sur la personne qui nous fait face et qu’on appelle l’homme. Ce sont deux attitudes, deux politiques du savoir totalement différentes…En vous lisant, j’ai l’impression d’avoir trouvé un une attitude mentale portée sur l’homme.
Edgar Morin: C’est juste, mais je repousse cette idée qu’il nous faut toujours forcément nous situer dans l’alternative, ou bien être spécialiste et avoir un savoir pertinent, reconnu par les collègues, les universités, lesz institutions; ou bien être généraliste et détenir un savoir absolument inconsistant. Ilm s’agit justement d’éviter cette alternative, ce quiest d’ailleurs le cas dans la scienceécologique, par exemple. La compétence de l’écologue touche les modes de régulation et de dérèglement des différents éléments qui constituent un écosystème. Jouant un rôle e chef d’orchestre, il va faire appel au savoir du botaniste, du zoologiste, du micobiologiste, du géologue, etc. Il en est de même en ce qui concerne les sciences de la terre: depuis la découverte de la techtonique des plaques, la Terre s’étudie comme un système très complexe, dont tous les éléments sont en relation, vous faîtes appel ,aux différents spécialistes concernés par cet objet, tout en vous cultivant, en incorporant les connaissances-clés de leurs disciplines.
J’en viens alors à l’idée très importante de la culture. Qu’est-ce que la culture? C’est le fait de ne pas être désarmé quand on vous place dans différents problèmes! Par exemple, être cultivé historiquement signifie que lorsqu’o vous parle de la Bosnie, vous possédez un minimum de connaissances pour situer la Bosnie dans son histoire, son contexte géographique, l’histoire du communisme, des Balkans, etc. En fait, le vrai problème estde pouvoir faire la navette entre des savoirs compartimentés et une volonté de les intégrer, de les contextualiser ou de les globaliser.
Boris Cyrulnik: Je pense que l’Occident est effectivement un fragmenteur- et encore ‘frag’, ce n’est pas sûr! C’est d’ailleurs la fragmentation (c’est-à-dire, qui consiste à faire des objets partiels) qui a donné à l’Occident le pouvoir technique et intellectuel., Or,si cet objet partiel creuse, va de plus en plus loin, fait de bonnes performances en laboratoire, cela n’est pas forcément le cas dans la vie. La pensée occidentale (et c’est son grand piège) a fini par croire que la partie peut être séparée du tout, alors que la partie est un élément du tout. On fait une partie, une découpe artificielle, mais une découpe didactique. Après l’avoir manipulée expérimentalement, on oublie ou l’on refuse de la réintégrer dans le tout. Il s’agit là d’une faute de pensée.
Vous avez pris la mort comme objet d’enchaînement et de réflexion. Comme vous l’écrivez effectivement dans L’Homme et la mort, cet objet de pensée doit partir de la biologie…A quoi ça sert biologiquement de mourir? On ne s’est jamais vraiment posé la question; je crois même que notre Occident l’a bien refoulée. Or, quelques pages de votre livre parlent déjà d’éthologie, de la non-représentation de la mort chez les animaux. Et vos interrogations de 1951 sont toujours d’actualité. Dans un siècle ou deux, lorsque nous aurons enfin les réponses, nous nous donnerons rendez-vous pour en parler…

En fait, le contresens est d’avoir fait croire q’un objet de science pouvait être cohérent alors qu’il est un morceau du réel, arbitrairement découpé par la pensée, la technique et le laboratoire. Lorqu’on observe la place de l’homme dans le vivant, on arrive à la conclusion que l’homme seul peut ne peut plus penser seul, qu’il est obligé de s’entourer une équipe. Le piège de la pensée serait de dfaire un galimatias théorique, une sorte d’oecuménisme des genres. Ce n’est pas du tout cela! Il s’agit d’associer des gens des disciplines diverses, pour éclairer un même objet différemment. Chacun reste ce qu’il est, simplement il doit apprendre à parler à un autre. Le biologiste reste bilogiste, mais il peut tenter une passerelle et trouver la richesse la richesse d’un psychanalyste ou d’un sociologue.
Edgar Morin: Mais il y a besoin d’un long commerce pour que l’interdisciplinarité devienne féconde; sinon un peu comme l’ONU, chacun voudra défendre sa frontière et son territoire! Poursuivons ce que vous avez dit sur la fragmentation. Bien entendu, on finit par croire que les frontières artificiellesentre disciplines sont les frontières qui correspondent à) la réalité; ceci est une première illusion. Mais c’est toute la réussite de la science. On a même oublié que l’expérimentation consistait à prendre un corps hors de son milieu naturel et à le faire travailler, l’influencer dans un milieu artificiel. On a développé les techniques de manipulation dans tous les domaines en oubliant du même coup la réalité des êtres vivants , des êtres humains. Aujourd’hui, le déferlement des manipulateurs de la science, depuis l’énergie atomique jusqu’à la génétique, est tel qu’il pose un vrai problème. Nous avons la puissance, mais pas la vraie connaissance et pas du tout la sagesse…Un autre vice est celui de la réduction. On croyait connaître un ensemble en définissant les éléments séparément. Dès le XVIIe siècle, deux types de pensée se posaient. Celui de Descartes (qui a triomphé) disait “quand je vois un problème très compliqué, je divise ses difficultés en petites parties et une fois que je les ai toutes résolues, j’ai résolu le tout”. Celui de Pascal disait:” je ne peux pas comprendre le tout si je ne connais pas les parties et je ne peux pas comprendre les parties si je ne connais pas le tout”, invitant à une pensée navette. Pascal n’a malheureusement pas été entendu, ni même compris. La pensée complexe essaie en effet de voir ce qui lie les choses les unes aux autres, et non seulement la présence des parties dans le tout, mais aussi la présence du tout dans les parties. J’ai en mémoire les mots d’un ami astrphysicien qui, à un oenologue qui lui demandait ce qu’il voyait dans un verre de vin lui répondait: “je vois l’origine du cosmos car l’hydrogène s’est formé dans les premières minutes, je vois les soliels antérieurs aux nôtres pour les atomes de carbone, je vois les débuts de la Terre avec la formation des macromolécules, l’apparition de la vie, le développement du monde végétal, de la vigne sauvage, les progrès de la technique dans le contrôle électronique de la fermentation, de la température, etc.” Cet ami a vu tout cela dans un verre de vin!  Je crois qu’on est encore loin d’avoir compris la nécessité de relier. Relier, relier, c’est sans doute le grand problème qui va se poser à l’éducation.

                                                                                             Extrait d’entretien entre Boris CYRULNIK  et Edgar MORIN, D.R

Concours Orthophonie Bordeaux 2003

Corrigé du sujet de méthodologie

Corrigé Résumé Bordeaux 2003 :  311 mots

– BC: En vous observant j’ai le sentiment que nous faisons partie de la même école intellectuelle. Au niveau de la pensée, je pense qu’on a le choix: soit se spécialiser dans une compétence scientifique, ce qui me semble honorable mais prohibitif. Ou d’être généraliste en courant le risque de n’acquérir que des bribes de connaissances de diverses disciplines.
 -EM: Effectivement, mais je ne partage pas l’idée d’alternative car je crois qu’on peut de façon synchronique faire partie des deux. Cela serait d’autant plus avantageux si son investigation corrèle des dsciplines autres que son domaine de compétence. En appréhendant la notion de culture, on peut la définir comme un lien entre des savoirs dissemblables.
 -BC: La pensée occidentale est par nature parcellaire. Ce parcellement est le fruit d’innovations technologiques. Elle gagnerait en réintégrant les parties après les avoir étudiés séparément. Vous anticipez dans votre livre, L’Homme et la mort, sur une réflexion sur la nécessité biologique de mourir. Il est aberrant de vouloir étudier l’homme en opérant un clivage avec son milieu d’expérimentation. L’expérimentation et la communication sont indispensables pour un développement bilatéral.
 -EM: Assurément, mais cette ‘interdisciplinarité’ a encore du chemin à faire. Si on continue sur votre point de vue relatif à la segmentation, on se rend compte que la science lui est redevable car elle puise son essence dans l’expérimentation en laboratoire. La maîtrise que l’homme a sur son milieur est la résultante de ces progrès. Au XVII e siècle, deux courants de pensée s’opposaient: la pensée cartésienne restrictive car frgamentaire l’a emporté sur celle de Pascal. Ce dernier évoquait l’importance de concevoir le tout pour saisir les parties. Je pense que la nécessité de relier nous échappe encore et c’est là le problème que l’éducation va devoir solutionner.

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Vocabulaire Bordeaux 2003

Durée 10 min

Pour chaque expression, indiquez si la signification proposée (caractères gras) est juste (réponse A) ou fausse (réponse B). Reportez votre    réponse sur la fiche de lecture optique.

1-Un amphitryon :                             un hôte avec qui l’on dîne

2-être impavide :                               être sans courage

3-une gibbosité :                                une bosse

4-maugréer :                                     protester à mi-voix, entre ses dents

5-une action inique :                          une action juste

6-un esprit mercantile :                      un esprit caractérisé par l’appât du gain

7-un pays de cocagne :                     un pays où il est difficile de vivre

8-pavoiser :                                      manifester de la tristesse

9-des effluves pestilentiels :               des émanations nauséabondes

10-une affliction :                                un grand chagrin

11-un homme débonnaire :                 un homme bon, jusqu’à la faiblesse

12-Une dichotomie :                           une opposition entre deux choses

13-Un visage émacié :                        un visage très pâle

14-des billevesées :                             des balivernes

15-unesubstance létale :                     une substance infinitésimale

16-une fièvre erratique :                      une fièvre permanente

17-déliquescent :                                qui perd sa consistance

18-unfeufollet :                                  une flamme légère et fugitive

19-se gausser de quelqu’un :               se moquer ouvertement de quelqu’un

20-unebarbe hirsute :                         une barbe touffue

21-une humeur labile :                         une humeur stable

22-faire preuve de mansuétude :          faire preuve de sévérité

23-une mijaurée :                                une femme timide

24-dessimagrées :                              des minauderies ridicules

25-mordoré :                                      d’un brun chaud, avec des reflets dorés

26-quémander :                                  mendier

27-prosaïque :                                    élaboré

28- un quolibet :                                 un oiseau exotique

29-uncontrattacite :                           un contrat implicite

30-untrublion :                                   un instrument de fanfare

31-un chemin vicinal :                         un chemin mal entretenu

32-une vétille :                                    une bagatelle

33-unerodomontade :                        une fanfaronnade

34-unengramme :                               une trace laissée en mémoire

35- suranné :                                      encore en usage, à la mode

36-abjurer :                                        supplier

37-une exaction :                                un vol

38-une faute vénielle :                         une faute grave

39-une personne irascible :                  une personne que l’on ne peut corrompre

40-un acolyte :                                    un ermite  

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