Annales du concours de Moniteur-Educateur de Champagne-Ardennes ; session 2002 Epreuve écrite.

Annales du concours de Moniteur-Educateur ; Champagne -Ardennes ; session 2002

Epreuve écrite

Durée : 2 heures.

Euthanasie : ” Il faut débattre! ” (par Bernard Kouchner )

Soins palliatifs, mort douce, euthanasie : ultime frontière d’une société riche, indécise et rétive au débat. (…)

Deux livres importants, contradictoires et que pourtant rien n’oppose, celui d’Antoine Audouard, apaisé et tendu, celui de François de Closets, exigeant et excessif, deux ouvrages et un film poignant – C’est la vie – viennent de nous rappeler à l’urgence d’un débat citoyen.

Dans La dernière Liberté, Closets réclame le droit à mourir comme on l’entend, au moment choisi, en être libre. Il souhaite une transformation profonde du système . Il s’insurge contre la mort à deux vitesses qui prévaudrait dans notre société. Il refuse le lot commun, cet arbitraire médical pesant, sans discernement ni grâce, sans accompagnement ni tendresse. Il a raison. C’est le respect de l’autre qu’il nous faut imposer. Encore faut-il nous accorder sur l’évolution de nos moeurs, et sur les règles qui conviendraient désormais.

Une maison au bord du monde d’ Audouard est un portrait de groupe, militants des soins palliatifs, médecins, infirmières, soignants, cuisiniers, malades en fin d’existence, défilé inspiré et gai de gens qui vivent leurs derniers instants ensemble dans une maison bleue et ocre à Gardanne, en Provence. Ils se soutiennent et se racontent, ils disent par quels chemins, avec ou sans famille, ils en sont arrivés là : fin de parcours entourée d’attention, de respect et souvent de tendresse. Soins palliatifs donc, et des meilleurs. On ne laisse pas souffrir, mais on refuse, par principe, l’euthanasie. On accepte la plainte et la demande, on ne s’en indigne pas, on y répond par la présence et par les soins, sans laisser s’installer la douleur. Il y a des fêtes, des repas sous les arbres, on danse, malades et médecins mêlés, le fondateur en tête, Jean-Claude, vrai praticien de leur campagne, aguerri par la lutte contre le sida, ce virus qui aura si profondément changé nos moeurs.

(…) Certains lecteurs jugeront peut-être le livre d’Audouard trop serein, trop bien-pensant. Je l’ai trouvé poignant, admirable, tout comme le film de Jean-Pierre Améris, C’est la vie, tourné précisément à Gardanne, la fin magnifique de Jaques Dutronc sous le regard aimant de Sandrine Bonnaire. Sinistre ? Non, une leçon de vie et de mort. D’amour.

Les soins palliatifs que pratiquent des associations, des bénévoles et quelques médecins traquent la douleur, rendant la mort plus belle et plus douce. Il s’agit d’un progrès déterminant, puisqu’il y a peu on mourait seul dans sa souffrance. (…) Cette nouvelle spécialité se nomme “accompagnement”. “J’ai réussi un accompagnement”, disent ces volontaires que je trouve admirables. Cette activité , devenue profession de foi, suffit-elle à résoudre tous les problèmes ? Je ne le crois pas. Que signifie cette médecine de la mort si on la singularise davantage? (…) Peut-on exercer le métier de soignant en ignorant la mort et, à l’inverse, le métier peut-il se résumer à son seul exercice ? (…) “La médecine combat pour la vie”, apprend-on dans les facultés de médecine. Certes. Tuer le malade n’est pas dans le contrat. Pour autant la mort, moment ultime de la relation nouée entre le médecin et son malade, en fait entièrement partie. La question ne saurait se résumer à la guérison. Si on n’y parvient pas, doit-on laisser le malade seul, l’envoyer ailleurs, s’en détourner comme d’un mauvais sujet, en laisser le soin à d’autres ? Y aurait-il une médecine de la vie et une médecine de la mort ? Non.

Quitte à changer la culture médicale, les études médicales, la pratique médicale, la consommation médicale de nos concitoyens, il faut raisonner différemment. (…) Dans la loi sur les soins palliatifs de juin 1999 est inscrit le droit, pour le patient comme pour le médecin, à refuser l’acharnement thérapeutique. Dans la récente loi sur les droits des malades existent enfin le droit au consentement à tout traitement et le droit à la mort digne.

(…) En attendant les pilules de l’éternelle jouvence, mourir reste une fatalité acceptée. La rébellion porte sur la méthode. Pourquoi d’inutiles souffrances ? Faut-il une modification de la loi pour répondre aux souhaits légitimes des médecins de soins intensifs, ceux qui, une fois sur deux, débranchent l’appareil ? Il faut arrêter de feindre que l’euthanasie – mot horrible- n’existe pas, il faut cesser de la couvrir d’un voile pudique ou idéologique. Il n’est plus aussi simple qu’autrefois de savoir où commence l’acharnement thérapeutique. Les techniques rendent chaque jour plus floue la frontière entre la vie et la mort. Toute modification de la loi ne justifierait pas que si elle garantissait aux patients qu’on ne leur volera pas leur mort, si elle se fondait sur le respect de leur liberté de choix, même s’ils en changent. Quels que soient les textes, il reviendra toujours au médecin, dans la liberté de sa conscience, de décider de l’ultime : éteindre ou non la machine, pousser ou non les antalgiques. C’est la grandeur de son métier. Doit-il pour autant l’assumer seul ?

J’aimerais que le patient et son entourage participent à sa décision. Il faut installer ce dernier espace de liberté partagée. Avant de changer la loi, j’aimerais créer au plus vite des services hospitaliers d’éthique médicale, recours neutre et indispensable : pratique médicale au lit du malade et non débat théorique. Serons-nous capables, collectivement, d’assumer, aux côtés de la médecine, la transformation des conditions de nos heures dernières ? J’aimerais surtout, comme en Orégon, aux Etats-Unis, que l’on prépare sa mort en famille : là-bas, 40 % des mourants sont retournés s’éteindre chez eux, entourés des leurs. La fin de vie, voilà un beau sujet de vraie politique.

Bernard KOUCHNER ; Le Nouvel Observateur ; 15- 21 novembre 2001.

1. Structure du texte ( 15 points)

Dégagez les différentes parties du texte et dites combien vous en relevez.

Délimitez chaque partie : vous citerez les deux premiers mots et les deux derniers mots de chaque partie.

Titrez chaque partie puis formulez en une phrase son contenu sans paraphraser.

2. Argumentation ( 30 points)

La société s’intéresse de plus en plus à la mort. D’après vous comment s’y intéresse-t-elle ?

Répondez par une argumentation construite en faisant appel au texte et à vos références personnelles (expérience, actualité)

Attention : il ne s’agit pas de faire un débat contradictoire sur l’euthanasie. Là n’est pas la question. Centrez-vous sur la question telle qu’elle est posée.

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