Annales du concours de Moniteur-Educateur de Bretagne; session 2006 Epreuve écrite français.

Annales du concours de Moniteur-Éducateur de Bretagne ; session 2006

Épreuve écrite.

Durée : 3h30

Texte 1 : La chasse aux gros est ouverte, après la “war on terror”, la “war on fat”.

Sous la pression des politiques, des médias et du voisinage, vivre aux États-Unis est devenu un enfer pour les obèses. De la difficulté de maigrir dans un pays où le soda coûte moins cher que l’eau.

La pub disait : “Voila ce que vous allez gagner : l’honneur et la dignité”, avec photo avant-après, d’un monstre de 130 kilos transformé en quasi pin-up de série télé. Ce matin, il sont venus voir, hommes, femmes, parfois en couple, avec les enfants. Dans cet hôpital de la Silicon Valley, trois chirurgiens expliquent, graphiques à l’appui, l’opération simple, un petit anneau posé autour de l’estomac, coût : 30 000 dollars certes, mais combien sont déjà dépensés dans les régimes qui ne marchent pas ? Et puis des milliers d’Américains peuvent témoigner, c’est toute la vie qui change. “Assez, lance une jeune femme blond platine. Dites la vérité, les complications, le nombre de gens qui y restent…” Planquées dans l’assistance, les complices crient : “Stop au carnage. On peut être gros et bien dans sa peau…” La preuve… Elles se lèvent, déboutonnent leur chemise, enlèvent leur pantalon…Les voilà en bikini fluo, toutes en chair, fières d’exhiber leur ventre, sous le regard médusé des réducteurs d’estomac. La meneuse, Marilyn Wann, ex-prof de linguistique à San Francisco, court le pays de manif en conférence, monte avec les copines des opérations commandos. Elle lutte, avec son humour et ses 100 kilos, pour “la reconnaissance des gros.” Ici, en Californie, la cause est ancienne. “Mais elle n’a jamais été aussi nécessaire, explique-t-elle. Aujourd’hui, nous sommes la terreur personnifiée, l’ennemi à abattre. Pire qu’ Al Qaïda ! ”

Les gros n’ont pas la vie facile en Amérique. Depuis des années, ils supportent les études récurrentes sur l’obésité, les prêches des drogués du fitness. mais jusque-là, on leur foutait la paix…Le pays se mettait au XXL, vêtements, lits, bagnoles, la société s’adaptait. Leur gras, c’était leur problème, pas celui de l’Amérique. Terminée, face au “ground zero de l’obésité”, comme disent les nutritionnistes, la “war on fat” est officiellement déclarée. Journaux, radios, télés bombardent le pays de nouvelles : deux tiers d’Américains en surpoids, un tiers d’obèses. Coût pour la société : 117 milliards de dollars par an et surtout près de 300 000 morts, bientôt plus que le tabac. Le ministre de la Santé, Tommy Thomson, s’inquiète : “Beaucoup trop d’Américains se gavent littéralement jusqu’à la mort. ” George W. Bush demande solennellement à ses concitoyens de faire un peu d’exercice.

Manger équilibré et sans excès…C’est presque une provocation au pays des portions supersize (grande taille) et du eat as you can (service à volonté). Mais aujourd’hui les fabricants de junk food (aliments préparés rapidement, mais sans valeur nutritive), menacés d’être taxés ou traînés en justice, se mettent aussi à la diététique. Kentucky Field Chicken donne des conseils pour maigrir. Mc Do lance un menu avec salade, podomètre et dépliant sur les bénéfices de la marche.

“Beaucoup de gens prennent le conseil “manger sain” dans des proportions complètement malsaines”, explique Katherine Beals, professeur de nutrition à Ball State University, dans l’Indiana. Le nombre de calories, de graisse, de carbone est inscrit partout. Les Américains ont appris à compter sans cesse, mais dans un pays qui vous nargue avec des centaines de glaces et de sodas moins chers qu’une bouteille d’eau minérale, 2000 calories par jour, c’est quasiment inhumain. “Je n’y arrive pas, la nuit, je rêve des beignets de Krispy Kreme”, confesse une infirmière, qui passe la moitié de sa vie au club de gym à essayer de brûler ses excès : “D’un côté, la société tout entière nous ordonne de maigrir, de l’autre, elle nous dit : “Consommez, essayez ces délicieux cookies”…On est dans une culpabilité permanente.” Certains chercheurs parlent d’anorexie mentale collective. Les Américains dépensent plus de 33 milliards de dollars par an à essayer de perdre du poids, mais le pays n’a jamais été aussi gros. “Ceci explique sans doute cela, avance Richard Klein, professeur de littérature à Corneil et auteur d’un livre sur le sujet. On compte sans cesse, on se restreint et puis évidemment on craque. le rapport à la nourriture n’est plus du tout naturel. On a une conception très puritaine. Trop manger est un péché. ” Les “diététiciens chrétiens ” font un tabac avec ce discours. Gwen Shamblin a ainsi converti plus d’un million de fidèles avec son régime biblique… Seul exercice requis : “Mettez-vous à genoux et priez ! ”

Le big n’est plus du tout beautiful. A la télé, Doctor Phil, le Delarue moustachu de la chaîne Fox, récompense les courageux qui ont vaincu les kilos. Ceux qui n’y arrivent pas sont des losers. Mary n’ose plus sortir de chez elle, Eve va faire ses courses le soir pour éviter les regards accusateurs. Dan, étudiant en psycho, est “malade” de son corps : “La pression sociale n’a jamais été aussi forte. On ne voit plus l’obésité comme une maladie mais comme un échec personnel. J’ai l’impression d’être un paria…” Il y a encore peu de temps, personne ne lui parlait de ce qu’il coûte à la société, personne n’aurait proposé de le taxer. Aujourd’hui, la compagnie Southwest Airlines demande aux obèses d’acheter deux places sur les vols très fréquentés. Plusieurs assureurs refusent désormais de les assurer. “Tout ça, c’est une guerre des riches contre les pauvres, soupire Alfonso, vendeur chez Walmart. Chez moi, petits, on était tous au régime chips et hamburgers : c’est ce qu’il y avait de moins cher. Voilà comment je suis devenu gros.”

La révolution culturelle est en marche. La plupart des écoles interdisent, comme vient de le faire la France, les ventes de sodas dans les cours de récré, au risque de tirer un trait sur les subventions des grandes marques de boissons. Faute d’avoir pu renoncer aux 400 000 dollars annuels que lui verse Coca-Cola, le Board of School de Seattle a demandé au fabricant d’ajouter de l’eau et du jus d’orange dans les distributeurs. Les cantines revoient les menus, plus de légumes, moins de hot-dog et de lasagnes. Seulement, comme souvent, l’Amérique ne sait pas s’arrêter. Dans l’Arkansas, les enfants liront bientôt leur indice de poids corporel sur le bulletin scolaire, à côté des notes de calcul et d’écriture. En Pennsylvanie et en Floride, on envoie des lettres aux familles : “Attention, votre fils est trop gros! ” Plus question de prendre les menaces à la légère. Au Nouveau-Mexique et dans le Michigan, des parents, jugés responsables de l’obésité de leur progéniture, se sont vus retirer leur garde. Bientôt, les enfants pourront à leur tour les poursuivre pour les avoir emmenés trop souvent au fast-food. Weight Watchers vendra des régimes à la maternelle. Certains médecins commencent d’ailleurs à vanter les bénéfices de la chirurgie dès l’âge de 7 ans. A euxaussi, on dira bientôt : allez, une petite ablation de l’estomac, la dignité n’a pas de prix…

Sophie DES DESERTS ; Le Nouvel Observateur, avril 2004.

Texte 2 : Le “bon vivant”, “l’amoral glouton” et le “malade”.

L’image du gros a dérapé au fil du temps : “Bon vivant”, puis “glouton amoral” et enfin, “malade”. Les commentaires du sociologue Jean-Pierre Poulain qui s’inquiète notamment des conséquences sociales de l’obésité.

Jusqu’en 1920 environ, le gros portait beau et la bedaine était avenante. L’embonpoint disait son bourgeois qui a réussi dans les affaires. “N’entend-on pas encore d’un ton admiratif, “C’est un homme de poids”, “C’est un homme qui pèse”?”, relève jean-Pierre Poulain. Les femmes aussi ont vécu ces époques du dodu autorisé, des opulences voluptueuses. Mais, souligne le sociologue, “quelles que soient la culture et l’époque, une frontière a toujours existé entre le beau – y compris très grassouillet-et le gros, au-delà du toléré.”

Fluctuant ce “trop”. “Prenez un joueur de rugby. Si vous calculez son indice de masse corporelle, il est obèse. Mais en pleine action sur le terrain, c’est un gars bien charpenté, musclé, qu’on envie.” cette ligne de partage implicite entre l’ esthétiquement admis et le réprouvé a évolué au fil du temps. De même, la perception que la société a de ses “enrobés”.

Celui qui ne se contrôle pas.

L’image du gros a dérapé de “bon vivant” à “glouton amoral” : l’égoïste qui mange plus que sa part, qui ne se contrôle pas, qui ne redistribue rien. A classer dans ce registre, les caricatures dénonçant un patron dévorant ses ouvriers ou les pays riches dépeçant le tiers-monde.

Dernier avatar : depuis trente ans aux États-Unis (dix ans en France) , le gros est devenu un “malade” ; le surpoids lui fait courir des dangers pour sa santé. “D’une certaine manière, la médicalisation est une formidable chance, analyse le sociologue, car elle sort les obèses d’un regard strictement moral sur leur état.”

Ce regard dont ils souffrent, atrocement. Surtout les plus jeunes. “Devenir obèse à 40 ans est douloureux et “moins” grave : l’individu a déjà sa trajectoire sociale, il s’est construit psychologiquement. Mais pour les gamins…” Humiliation, malaise quand le corps ne s’emboîte pas dans les fauteuils standard d’un cinéma, d’un avion ; dans un scanner; dans les toilettes publiques…

Jean-Pierre Poulain se souvient de cette infirmière qui avouait : “Le midi, quand je fais une pause trop courte, je descends grignoter dans le jardin de l’hôpital. Les gens qui passent , je sais ce qu’ils pensent : “Cette grosse qui continue à s’empiffrer avec un sandwich! ” Si j’étais mince, ils diraient : “La pauvre, elle n’a pas le temps de déjeuner”. ”

Le sociologue a enquêté et consulté les travaux de ses confrères. Statistiquement, les obèses font moins d’études supérieures que les minces. Ils trouvent plus difficilement un emploi( “Les recruteurs privilégient, parfois inconsciemment, l’esthétiquement correct.”) Leurs revenus sont plus bas. Les femmes concluent des unions “descendantes” : elles épousent des hommes d’un milieu social moins élevé que celui de leurs parents. les obèses sont souvent issus de classes défavorisées : budgets serrés, peu ou pas de connaissances diététiques, rares visites chez le médecin.

“Il faut arrêter de faire de l’”anti-gros”, fulmine Jean-Pierre Poulain. Les obèses dépriment et se dévalorisent ou ils s’échinent à perdre du poids. Or, aujourd’hui, la médecine ne sait toujours pas faire maigrir durablement. On perd des kilos, on en reprend. On connaît mal l’obésité. On devrait d’ailleurs dire les obésités, tant le problème est multifactoriel.” Selon lui, plus on pense en termes de poids et de corpulence, plus le rapport à l’alimentation crée de l’angoisse. la phrase qu’il préfère est cette déclaration d’une fille de 17 ans sur le site Internet obésité.com : “Je suis assez grosse, mais je veux vous dire à tous que je peux plaire et que bien des gens m’apprécient pour ce que je suis.”

Colette DAVID ; Ouest France, 27 octobre 2003.

1. Résumé (10 points)

Résumez le premier texte, “La chasse aux gros est ouverte”, extrait du Nouvel Observateur du 29 avril 2004, en 160 mots (plus ou moins 10 %, soit entre 144 et 176 mots )

Votre résumé doit traduire le plus fidèlement possible les idées exprimées dans le texte et elles seules, en respectant le déroulement du texte.

2. Explication (10 points)

Expliquez et commentez l’expression suivante : “D’une certaine manière, la médicalisation est une formidable chance”, extraite du second texte.

NB: Une page maximum.

3. Commentaire ( 10 points)

Commentez et illustrez le propos suivant.

En vous appuyant sur le thème développé dans ces textes mais aussi sur l’actualité et vos expériences, vous montrerez, dans un premier temps, en quoi la différence, quelle que soit son origine, peut être un facteur de mise à l’écart.

Différentes mesures sont prises ou envisagées en France – par exemple la parité homme / femme pour les élections, les dispositifs législatifs visant à favoriser l’embauche des personnes en situation de handicap…-afin d’atténuer cette différence. Pensez-vous que cette mobilisation soit de nature à permettre à chacun de trouver sa place dans notre société ?

Prépa social – Concours Travail social – Prépa sociale – Concours Éducateur spécialisé – Concours Moniteur -Éducateur – ME -EJE- ES- AS Paramédical – Concours Assistante sociale – Méthodologie Concours social – Sujets concours éducatrice jeunes enfants – Institut du travail social – Sujets concours assistante sociale – Annales concours social ME – Sujets concours moniteur éducateur – Concours bretagne – annales concours moniteur éducateur