Annales du concours de Moniteur-Educateur de Champagne-Ardennes ; session 2004 Epreuve écrite.

Annales de Moniteur-Educateur de Champagne-Ardenne ; session 2004

Epreuve écrite

Durée : 2 heures.

La défaite du droit d’ingérence.

De la défense sans frontières des droits de l’homme à la loi du plus fort.

En s’ingérant dans les affaires irakiennes, George Bush a peut-être tué “le droit d’ingérence” humanitaire qui commençait à naître. Un fait domine toute la période depuis l’effondrement de l’Union soviétique : le virage brutal opéré par le président américain, sous l’influence du 11 Septembre, dans le sens du réalisme et même de l’impérialisme. Compte tenu du poids des Etats-Unis à l’échelle internationale, il a pour conséquence de bouleverser la donne internationale et, au passage, de défigurer – et peut-être de discréditer – le nouveau droit, difficilement conquis dans les deux décennies précéentes, qui devait surpasser l’ancienne souveraineté des Etats pour autoriser l’ingérence chez les autres pour des raisons humanitaires ou de protection des droits de l’homme, telle que l’a défendue Bernard Kouchner.

Qu’est-ce à dire ? La question posée est celle de la souveraineté : qui a le droit d’intervenir en dernier recours, sans avoir à rendre compte à personne qu’à soi-même ? Quatre types de réponses sont classiquement données.

Les souverainistes. Ce sont ceux qui pensent qu’en dernier ressort la souveraineté appartient aux Etats, entités indépendantes, égales en droit, consacrées auprès de leurs semblables par la détention du pouvoir effectif à l’intérieur. Le respect de l’indépendance de chacun est la vraie garantie de la paix, quelle que soit la nature du régime, démocratie ou dictature. L’ONU n’est pas inutile, mais elle doit se limiter à des missions de bons offices entre Etats souverains. Sont souverainistes toutes les puissances qui ne souhaitent pas que l’on mette le nez dans leurs affaires : la plupart des Etats du tiers-monde, la Chine, la Russie et de façon générale, toutes les dictatures.

Les internationalistes. Pour eux, le dernier mot n’appartient pas aux Etats, mais à la communauté librement constituée entre eux, c’est-à-dire à l’ONU. La logique de cette position, c’est de faire de l’ONU un suprême échelon, qui devrait être progressivement doté d’un pouvoir d’arbitrage mais aussi de coercition pour venir à bout des Etats fauteurs de guerre. Sont internationalistes les Etats qui s’inspirent des droits de l’homme et souhaitent la constitution d’un pouvoir d’arbitrage pour réguler les questions pendantes à l’échelle de la planète. Lors de la crise irakienne, l’Allemagne et surtout la France se sont installés sur ce créneau.

Les populistes. Ceux-là pensent que le pouvoir suprême ne devrait pas appartenir aux Etats mais aux peuples. L’ONU n’est une institution valable que pour autant qu’elle reflète les aspirations des peuples et s’efforce de les imposer aux gouvernements.

Un certain nombre d’organisations non gouvernementales, tels Attac et autres altermondialistes, plaident ainsi pour une souveraineté populaire, dont elles seraient les interprètes, au détriment des Etats.

Les réalistes. Ils considèrent que la loi suprême à l’échelle internationale est la loi du plus fort à un moment donné. C’est à celui-ci, dont il faut souhaiter qu’il soit inspiré par le Juste et le Bien, de jouer le rôle de gendarme interational. L’ONU ne peut figurer qu’en situation d’auxiliaire. Si elle s’oppose à l’Etat dominant, elle doit être combattue.

Est réaliste, naturellement, l’Etat le plus puissant, qui entend que son pouvoir de fait donne naissance à une légitimité de droit, avec tous les avantages attachés à cette position. Les Etats-Unis de Bush appartiennent à ce camp réaliste, parfois proche du cynisme.

Jaques JULLIARD ; Le Nouvel Observateur ; 11-17 septembre 2003.

Questions :

Vous serez évalués sur la qualité de votre expression ( 3 points réservés à la présentation et à l’orthographe) , sur votre capacité de compréhension d’un texte et sur la qualité de votre expression personnelle.

A. Compréhension (4 points)

1. Dégagez les différentes parties du texte.

2. Délimitez chaque partie : vous citerez les deux premiers mots et les deux derniers mots de chaque partie.

3. Formulez un titre pour chaque partie. ce titre doit refléter l’idée générale de chaque partie.

B. L’ONU (1 point)

Que signifie le sigle ONU ?

C. Commentaire. (12 points )

En vous inspirant de vos propres connaissances, expliquez par des exemples ce qu’est selon vous l’évolution de la défense des droits de l’homme aujourd’hui.

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