Bordeaux 1993
Épreuve de correction d’erreurs orthographiques : 15 minutes
1°- Soulignez chaque mot incorrectement orthographié et inscrivez son orthographe exacte dans la marge en vis-à-vis.
L’analyse de la pensée se fait par la parole, et l’analyse de la parole par l’écriture, la parole représente la pensée par des signes conventionels et l’écriture représente de même la parole : ainsi l’art décrire n’est qu’une représentation médiate de la pensée, au moins quand aux langues orales.Quelle que proche que soit la langue orale et la langue écrite, il peut y avoir hésitation. Mais je doute que la même équivoque se trouva originèrement dans la pronontiation. Car la langue étant, surtout dans ces commencements, beaucoup plus parlée qu’écrite, il n’était pas naturel qu’on n’y laissa dans le discours des équivoques que seule l’orthographe aurait levé.Les langues sont faites pour être parlées, l’écriture ne serre que de suplément à la parole ; mais la langue française devient de jour en jour de plus en plus philosophique et moins éloquante, et bientôt elle ne sera plus bonne qu’à lire et tout son prix sera dans les bibliotèques.La raison de cet abus est dans la forme qu’on prit les gouvernements et qui fait qu’on a plus rien à dire au peuple que les choses du monde qui le touche le moins et qu’il se souci le moins d’entendre. Des discours académiques, des sermons esoterriques, quant on n’a rien oui de tout cela, le public n’a pas perdu grand chose ! Il est singulier qu’à mesure que les lettres se cultivent, que les arts se multiplient, que les liens de la société se ressèrent, la langue se perfectione tant par l’écriture et si peut par la parole. S’est que le discours prononcé se noit au millieu de tant de parleurs et que la célébrité ne s’aquiert que par les livres.S’il y avait une liaison moins nécessaire entre la langue écrite et la langue parlée, elle s’éloignerait insenssiblement et se séparerait tellement l’une de l’autre qu’elles formeraient à la fin de langues différentes.Ceux qui empêchent que cela n’arrive communément ainsi est que les altérations de la parole se transmette enfin dans l’écriture
Épreuve d’analyses : 45 minutes
2°- Corrigez, si besoin est, l’orthographe des mots soulignés et précisez les raisons de votre correction.
La vie apparaît comme une dénégation permanente et entêtée de la maladie et de la mort. Vivre suppose qu’on se croit invulnérable et durable, qu’on puisse se projeter dans l’avenir. Pour dangereuses que risquent d’en être les conséquences, cette attitude est foncièrement saine. Les salades nient autant que cela leur est possible leur maladie, et les mourants ceux qui entrent dans le jeu de cette dénégation obstinée de la vérité : ils volent leur vie aux vivants, leur douleur à ceux qui souffrent, la mort à ceux qui agonisent, au lieu de les laisser « vivre » tout cela. Mais ce vol est peut-être plus désiré par les volés que par les voleurs. Au niveau de l’expérience individuelle, on se heurte donc d’emblée à une contradiction : pour demeurer vivant et sain, il importe de ne pas trop s’en préoccuper, ce qui suppose une part d’aveuglement et d’insouciance. D’une certaine manière, la vie, le sentiment de vivre impliquent le risque.Or une politique de santé ne peut prendre la santé que comme fin de son action. Elle est tentée de vouloir non seulement réparer toutes les détériorations éventuelles de l’organisme humain mais aussi de s’opposer – pour des raisons morales, économiques et d’efficacité – à l’apparition possible des ces détériorations.L’ensemble du corps social semble lui-même n’aspirer qu’à une société garantie contre tous les risques. On s’assure contre tout : contre les accidents, le vol, l’incendie, la maladie, la perte d’emploi, l’inflation, le mauvais temps. Et même contre la mort et ses conséquences, grâce à ce qu’on appelle pudiquement une assurance-vie.La médecine se préoccupe plus aujourd’hui de rechercher et combattre les « facteurs de risque » des grandes maladies que leurs causes. On ne sait plus ce qui provoque les maladies cardio-vasculaires mais notre existence entière semble en favoriser l’apparition. Les précautions qu’il faudrait prendre pour les éviter sont si nombreuses et envahissantes qu’elles suscitent la révolte. Les victimes disent tantôt que mieux vaut ne pas vivre si pour rester vivant il faut se priver de tout, tantôt que, tout compte fait, c’est la vie elle-même qui tue. Ce qui revient au même.Pris entre la dénégation du risque et la nécessité politique de le conjurer, le discours sur la santé est un étrange compromis. Tenu essentiellement par les professionnels à qui l’on s’en remet du soin de nous protéger sans avoir à y penser, ce discours oscille constamment entre la conjuration et l’évitement. On parle de tout, bruyamment, sauf de l’essentiel. Aucun sujet ne passionne autant l’opinion, aucun ne l’effraie autant. Ce discours consiste donc aussi bien à exprimer les inquiétudes qu’à masquer la réalité. Avant de rien décider en matière de santé, il conviendrait peut-être de savoir à quoi sert la santé, quels sacrifices elle mérite, de savoir ce qu’est la mort, et de se demander si l’on peut penser et vivre sa propre mort, directement ou à travers la mort des autres, de déterminer ce que désirent les citoyens et ce que peuvent leur apporter les moyens disponibles ou à imaginer, et de projeter, à partir de cette analyse, les structures sociales, les organismes de soin et de prévention qui permettraient d’harmoniser la demande, les besoins et les moyens. Or parce que ces questions sont difficiles, on ne les aborde presque jamais. On n’en parle qu’en parlant d’autre chose.
Norbert BENSAID
1°- Faites l’analyse grammaticale (nature et fonction) des 7 mots soulignés (d’un trait) dans le texte ci- joint.
2°- Faites l’analyse logique (nature et fonction de chaque proposition) de la phrase : « Avant de rien décider en matière de santé . . . . . « jusqu’à » . . . la demande, les besoins et les moyens ».
3°- Expliquez précisément le sens des 3 mots soulignés de deux traits.
Test de langage : 10 minutes
1°- Dans les phrases suivantes remplacez le verbe mettre par un verbe de sens plus précis :
a) Elle a mis ses plus beaux habits pour aller au mariage.
b) J’ai soif, mets un peu d’eau dans mon verre.
c) Il a mis tout son argent dans le dernier emprunt.
d) Ne laisse pas traîner tes cahiers, mets-les dans ton tiroir.
2°- Dans les phrases suivantes, remplacez les points de suspension par un nom, différent à chaque fois, évoquant l’idée d’accroissement :
a) Une nouvelle . . . . . . . . . . . . des prix va entraîner une révision des salaires.
b) Les cordonniers réclament une . . . . . . . . . . . . des tarifs de ressemelage.
c) L’ . . . . . . . . . . . . de l’épidémie inquiète la municipalité.
d) L’ . . . . . . . . . . . . des magasins a nécessité une fermeture d’un mois.
e) Ce fermier n’a qu’un but : l’ . . . . . . . . . . . . de son revenu.
3°- Ponctuez les phrases suivantes :
a) Quoi de plus arbitraire d’injuste peut-être qu’une image une impression
b) Les cris d’un homme ou d’une femme à l’extrémité de la douleur les timbres ne se distinguent plus haletants traversaient la salle de l’hôpital San Carlos et s’y perdaient
4°- Dans la liste suivante, soulignez quatre synonymes de dissimulé :
Renfrogné, cachottier, secret, frustré, discret, hypocrite, sournois, renfermé, rancunier.
5°- Donnez le sens des locutions suivantes :
– Avoir voix au chapitre – Damer le pion à quelqu’un
Dictée :
Quiconque étudiera l’histoire et le progrès des langues parlées verra que, plus la voix devient monotone, plus les consonnes se multiplient, et qu’aux accents qui s’effacent, aux quantités qui s’égalisent, on supplée par des combinaisons grammaticales et par de nouvelles articulations : mais ce n’est qu’à force de temps que se font ces changements.
Un autre moyen de comparer les langues et de juger de leur ancienneté se tire de l’écriture. La première manière d’écrire n’est pas de peindre les sons, mais les objets mêmes, soit directement, soit par des figures allégoriques. La seconde manière est de représenter les mots et les propositions par des caractères conventionnels. La troisième est de décomposer la voix en un certain nombre de parties élémentaires avec lesquelles on puisse former tous les mots et toutes les syllabes imaginables.
Il est peu vraisemblable que les premiers qui s’avisèrent de résoudre la parole en signes élémentaires aient d’abord fait des divisions bien exactes. Du reste il n’y a pas une quantité de lettres ou éléments de la parole absolument déterminée. Ceux qui ne comptent que cinq voyelles se trompent fort : les Grecs en écrivaient sept, les premiers Romains six, d’autres en comptent dix ou même dix-sept, et je ne doute pas qu’on n’en trouvât bien davantage si l’habitude avait rendu l’oreille plus sensible et la bouche plus exercée aux diverses modifications dont elles sont susceptibles.
La plupart des peuples ont pris l’alphabet les uns des autres et représenté par les mêmes caractères des sons tout différents. Ce qui fait que, quelque exacte que soit l’orthographe, on lit toujours ridiculement une autre langue que la sienne à moins qu’on n’y soit extrêmement exercé.
Jean-Jacques Rousseau ; Essai sur l’origine des langues.
Corrigé de l’épreuve d’erreurs orthographiques
1/
| conventionels | conventionnels |
| décrire | d’écrire |
| quand | quant |
| quelle que | quelque |
| proche | proches |
| soit | soient |
| originèrement | originairement |
| pronontiation | prononciation |
| ces | ses |
| on n’y | on y |
| levé | levées |
| serre | sert |
| suplément | supplément |
| éloquante | éloquente |
| bibliotèques | bibliothèques |
| on prit | ont pris |
| on a | on n’a |
| touche | touchent |
| souci | soucie |
| esoterriques | ésotériques |
| quant | quand |
| oui | ouï |
| ressèrent | resserrent |
| perfectione | perfectionne |
| peut | peu |
| s’est | c’est |
| noit | noie |
| millieu | milieu |
| elle s’éloignerait insenssiblement et se séparerait |
elles s’éloigneraient insensiblement et se sépareraient |
| de | deux |
| ceux qui empêchent | ce qui empêche |
| se transmette | se transmettent |
2/ “pronontiation” : orthographe incorrecte. Le c est requis.
“levé” : Le COD “équivoques” est ici placé avant le participe passé.Il commande donc l’accord au féminin pluriel de celui-ci. (levées)
“insenssiblement” : Le doublement du “s” est une erreur orthographique. Un seul “s” suffit.
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