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CONSIGNES
° 15
points sont attribués aux 3
questions
° 5
points sont réservés à l’orthographe, à la
grammaire, à la syntaxe, à la présentation et au respect des consignes pour
l’ensemble des épreuves.
Consignes à respecter:
Vous devez lire
attentivement toutes les questions.
Vous devez répondre dans
l’ordre aux questions.
Vous ne devez pas
recopier la question mais seulement indiquer son numéro.
Vous devez utiliser tout
au long de votre copie : stylo bille ou encre d’une seule couleur.
Les réponses doivent être
rédigées.
Pas de signes distinctifs
sur votre copie.
Vous ne devez pas joindre
votre brouillon avec votre copie.
A quel
âge devient-on vieux ?
[…]Aujourd’hui, on vit globalement
en meilleure santé et plus longtemps. Conséquence : le stade de la vieillesse
recule. Pendant plusieurs siècles, 60-65 ans fut considéré comme une sorte d’«
âge d’entrée dans la vieillesse ». Désormais, comme l’ont notamment montré les
travaux de Patrice Bourdelais (1), il faut atteindre 75-80 ans pour ressembler,
en termes de santé, d’espérance de vie, d’activités, etc., aux sexagénaires des
années 1950.
Il existe cependant
de fortes variations entre les individus : on ne devient
pas soudainement tous vieux
au même âge, comme on ne devient pas soudainement tous adultes au même âge. Le moment de
la vieillesse varie également selon les catégories socioprofessionnelles : si l’espérance
de vie à la naissance est la même pour tous, à 35 ans elle n’est
plus que de quarante et un ans pour un manoeuvre, contre
quarante-sept ans pour un cadre. Et l’écart est encore
plus important si l’on prend l’espérance de vie sans incapacité
: respectivement trente-deux et quarante années. Autrement dit, pour
certains, et notamment les ouvriers, c’est la “double
peine” (…) : plus d’années d’incapacité au sein d’une
vie plus courte. Si, globalement,
nous ne sommes plus comme ces vieux que chantait Jacques Brel
« usés à 15 ans » certains continuent d’accuser un vieillissement
prématuré ; presque 30 % des hommes meurent avant 65 ans. Le
travail conserve… ceux qu’il n’a pas tués.
La question de l’âge de
la vieillesse n’est pas qu’une marotte de démographes ou de gérontologues. Elle
change le regard de chacun et de l’ensemble de la société. Au XVIe siècle,
Montaigne évoque la vieillesse à 30 ans ; au XVIIe, on parle plutôt de 40 ans ;
en 1950, de plus de 60 ans (ce qui représente 16 % de la population) ; en 2000,
de plus de 65 ans (16 %) ; et en 2060, de plus de 75 ans (16 %). On voit que le
vieillissement démographique, c’est-à-dire la proportion de personnes âgées
dans la population, ne ressemble en rien à un tsunami ! Ce que confirme
l’évolution de l’âge médian, qui passerait de 40 ans actuellement à 45 ans en
2060.
[…]Autre phénomène engendré par
l’augmentation de l’espérance de vie sans incapacité : l’intervalle entre la
fin de l’activité professionnelle et le début de la vieillesse s’allonge. La
perte d’autonomie n’apparaît généralement, quand elle survient, qu’à la fin de
la vie. Les personnes qui meurent à 85 ou 90 ans ne vivent pas « dans la
vieillesse » depuis leurs 60 ans ; du moins, pas dans la vieillesse biologique.
Mais socialement ? Pour Mme Delaunay (2), aucun doute : « Il est temps pour la
génération qui est la mienne de mesurer que la vieillesse va durer trente ans,
voire davantage ». Cette confusion serait-elle entretenue pour justifier
certaines politiques?
Pierre Bourdieu (3) le disait, l’âge
est une « donnée biologique socialement manipulée et manipulable ». C’est
flagrant pour la limite des 60 ans. Qui souhaite convaincre qu’il faut
repousser l’âge de la retraite oublie les métiers pénibles, et insiste sur le
fait qu’on est « encore jeune » à cet âge. Lorsque, en revanche, on cherche à
exclure de certains dispositifs d’aide des personnes en situation de handicap
et de perte d’autonomie, celles-ci deviennent des « personnes âgées » à 60 ans,
et leur handicap se transforme officiellement en « dépendance » (moins indemnisée).
Les sexagénaires seront donc jeunes ou vieux selon ce qu’on veut en faire : des
actifs rentables ou des handicapés moins coûteux.[…]
Pour les personnes de 60 ou 70 ans,
auxquelles on affirme, comme le fait Mme Delaunay, que leur vieillesse a
commencé, un problème débute dès maintenant : la société les invite à un « bien
vieillir » socialement et culturellement vide, et n’imagine pour elles qu’une série d’activités aussi peu excitantes que la simulation cognitive sur console de jeu pour éviter l’Alzheimer, le tai-chi
pour prévenir les chutes, ou la technologisation de leur logement pour «
retarder la dépendance ». Sans oublier – car il ne faudrait pas jouer les «
vieux égoïstes » – de nombreuses missions : garder leurs petits-enfants, aider
financièrement leurs fils et leurs filles, soigner leurs vieux parents, animer
les associations locales… Nombre de retraités participent déjà à ces
activités de solidarité, familiales comme associatives. Mais le danger existe
de transformer ces choix en injonctions, voire en condition pour être
socialement aidé ou considéré.[…]
La « réforme de la dépendance » annoncée par le gouvernement socialiste de
M. Jean-Marc Ayrault ne mettra pas fin à cette discrimination. Centrée sur le
financement, à l’image de ce que M. Sarkozy et Mme Roselyne Bachelot avaient
imaginé, la future loi risque de s’employer surtout à réduire les dépenses en
supprimant les aides aux personnes les moins « dépendantes », ce qui, en
langage ministériel, s’énonce ainsi : « Les aides publiques seront davantage
orientées vers ceux qui en ont le plus besoin » (Mme Delaunay au Monde). Le but est aussi de « faire
jouer la responsabilité individuelle » – expression également utilisée par M.
Hollande lors de son intervention au congrès de l’Union nationale interfédérale
des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss)
le 29 janvier 2013, ce qui signifie en réalité : faire fortement appel aux
assurances privées.
Le principe de solidarité nationale ne
s’appliquerait-il pas aux citoyens âgés de plus de 60 ans, et plus
particulièrement aux citoyennes ? Les vieilles femmes sont en effet les
principales victimes de ce dispositif « dépendance ». Comme au temps où Simone
de Beauvoir (4) condamnait la
manière dont la société les traitait (lire « Briser la conspiration du silence
»), elles subissent un système qui, cumulant sexisme, âgisme et utilitarisme,
considère qu’il y a des vies moins précieuses que d’autres. Et réalise ainsi la
prédiction de Hannah Arendt (5) : « Si
nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses
de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. »
(1)Directeur d’Etudes à l’Ecole
des Hautes Etudes en Sciences Sociales
(2)Députée
(3)Sociologue
(4)Femme de lettres
(5)Philosophe
Jérôme Pellissier, Le Monde diplomatique, juin 2013
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