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Epreuves de ASS-EJE-ES Sujet de l’IESTS Nice 2014: Résumez le texte en dégageant ses idées essentielles et en respectant ses articulations logiques. « Les travailleurs sociaux confrontes à la “surexclusion” » Avec l’installation durable de la crise économique, une population grandissante passe à travers les mailles du système de protection sociale. Cumulant les difficultés, elle confronte les professionnels à la rigidité et au cloisonnement des dispositifs. Les images de travailleurs pauvres conduits à vivre dans leur voiture sur les écrans de télévision, au tournant des années 2000, ont fait prendre conscience à l’opinion publique de la fragilité du système de protection sociale. Et révélé de nouvelles catégories de population exclues : jeunes sans emploi en rupture familiale, femmes seules avec ou sans enfants, familles surendettées, usagers de la psychiatrie, sortants de prison… Les termes de « disqualification », « désaffiliation », « désinsertion », « déliaison » ont tenté de cerner le processus qui conduisait une personne à la rue, avant que les travailleurs sociaux eux-mêmes n’en viennent à parler de la « surexclusion » d’un nombre grandissant de personnes qui échappent aux dispositifs de solidarité en raison de la complexité de leur situation. Michel Pouzol, aujourd’hui député de la 3e circonscription de l’Essonne, connaît bien cette situation qui peut conduire quelqu’un « à basculer dans le vide ». Cinq ans avant son élection en 2012, il vivait avec sa femme et ses deux enfants dans un cabanon en lisière d’un bois avec le RMI. Il ne doit son salut qu’à une assistante sociale qui a pris le temps de l’écouter et l’a mis en contact avec une association de médiation locative. « Un parcours très long, parsemé de moments de doute, où les travailleurs sociaux eux-mêmes finissent par ne plus croire en une solution », raconte-t-il avec émotion. De sa position de député, il voit qu’une nouvelle fracture se dessine dans les populations les plus pauvres. Encore avait-il, lui, « l’espoir d’un retour à un logement HLM, même à une échéance de plusieurs années. Or, affirme aujourd’hui le député, il y a une partie de la population qui n’a même plus cet espoir car sa situation sociale, voire psychologique, est trop dégradée. Ce sont ces gens qui perdent jusqu’à la faculté d’aller frapper aux portes des services sociaux ou qui n’en comprennent plus l’intérêt en raison de la complexité des démarchés qui les attendent. »… Face à la saturation des dispositifs, les travailleurs sociaux sont conduits à des processus de sélection qu’ils peuvent difficilement contourner : seuil d’accès, hiérarchie des ayants droit, séparation entre méritants et non-méritants, rejet des irascibles qui entravent le travail des professionnels ou mettent en danger l’institution. Dans les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), les entretiens pratiqués avant l’entrée en institution tendent ainsi à privilégier ceux qui ont le plus de facilité à exprimer leur motivation, ce qui rejette les personnes incapables de formuler une demande, et pour lesquelles il y a vraiment urgence. « Mais qui choisir ? Pour quoi faire ? La personne a un droit sur lequel le travailleur social doit fonder une appréciation, alors qu’il n’y a pas de place pour tout le monde. Les effets pervers de cette confrontation font qu’on ne se consacre qu’à ceux avec qui il est possible d’engager une relation dulie, sachant que certains accueils de jour peuvent recevoir 150 à 200 personnes avec seulement trois à quatre salariés », témoigne François Morillon, qui dénonce une « fabrique de l’exclusion ». L’enjeu est de taille. Le retentissement de la rue et de la précarité sur un individu est tel que les spécialistes parlent d’une recomposition des identités. Une ultime solution est tentée par le CNRS Carteret, à Lyon, qui intervient depuis 2007 auprès d’un public situé à l’extrême du processus de l’exclusion : hommes ou femmes interdits de structures d’hébergement du fait de leurs conduites addictives ou de leur intolérance au règlement de fonctionnement, longs parcours d’errance, personnes n’ayant plus aucun projet. L’accueil se fait dans un espace ouvert sur la rue sur lequel ont été disposés des Algeco servant de lieux d’hébergement. « Un dispositif entre le dedans et le dehors pour ne pas provoquer de sentiment d’enfermement, explique Natacha Gaillardo, chef de service. Les personnes orientées sur Carteret sont accueillies telles qu’elles sont, avec leurs addictions, leurs animaux de compagnie. Partant de là, le champ des possibles est beaucoup plus large. » Les sept travailleurs sociaux de la structure installent pas à pas un parcours basé sur le vivre ensemble : partage des tâches ménagères, travail sur la santé, l’hygiène, la capacité d’habiter un lieu, groupe de paroles sur les addictions, encouragement à la recherche d’une activité ou d’un travail. « Le but est juste d’être présent en soutien et de travailler le désir de la personne, de lui réapprendre à se faire confiance, sans venir en substitution avec des solutions clé en main. » Se donner les moyens (…) Pour autant, avec 150 000 personnes à la rue, auxquelles se rajoutent les bataillons grandissants des travailleurs pauvres, dont plus de un million vit avec moins de 800 € par mois (prestations sociales ou revenus du conjoint inclus), c’est une remise à plat de l’ensemble des logiques d’intervention qui est attendue. Le plan de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale a laissé les associations sur leur faim avec sa proposition de créer 7 000 « passerelles » vers le logement en 2013. Sylvie Hulmann, psychologue et directrice de l’EPOC (Espace psychanalytique d’orientation et de consultation), un organisme spécialisé dans l’accueil et le suivi de personnes en souffrance psychosociale ou désinsérées, exhorte les pouvoirs publics à tenir compte de la réalité du terrain : « Certaines réponses sont déjà dans la cité et peuvent être dupliquées si on s’en donne les moyens. » C’est le cas avec l’accueil inconditionnel pratiqué par certains services sociaux ou médico-sociaux, ou encore avec les dispositifs d’appui psychologique qui se donnent le temps de l’écoute et du suivi de la personne à la rue, quitte à aller à sa rencontre. « Mais souvent ces services, qui bousculent les pratiques établies, sont eux aussi précaires, faute de financements pérennes. Il faut que les politiques acceptent de soutenir des dispositifs nouveaux, si nous voulons apporter toute la souplesse nécessaire à l’accueil de ces gens devenus les invisibles d’aujourd’hui. |