ASS Basse-Normandie 2012

IRTS et I.R.F.S.S. – Basse-Normandie 2012

EPREUVE ECRITE des Concours d’Entrée aux formations d’Assistant de Service Social.

DUREE DE L’EPREUVE : 4 HEURES

I – Compréhension de textes (10 points sur 20)

1.1 Dans le document 1, que faut-il entendre par « Il est dans la nature de l’homme d’être libre et de vouloir l’être ; mais il prend très facilement un autre pli, lorsque l’éducation le lui donne. » (2 points).

1.2 Dans le document 1, Expliquez « la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. » (3 points).

1.3 Dans le document 2, Expliquez la phrase « Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin.» (2 points).

1.4 Dans le document 2, Expliquez (3 points)

« Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse
Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
“Qu’est-ce là? Lui dit-il. – Rien. – Quoi? Rien? -Peu de chose.
Mais encore? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas
Où vous voulez? »

II – Discussion (10 points sur 20)

Existe t-il une servitude volontaire ?

Présentation, orthographe, syntaxe (de 0 à – 5 points sur 20)

Document 1

« Partout et en tous lieux l’esclavage est odieux aux hommes et la liberté leur est chère ; mais parce qu’il me semble que l’on doit compatir à ceux qui, en naissant, se trouvent déjà sous le joug : qu’on doit les excuser ou leur pardonner, si, n’ayant pas encore vu l’ombre même de la liberté, et n’en ayant jamais entendu parler, ils ne ressentent pas le malheur d’être esclave (…) On ne regrette jamais ce qu’on n’a jamais eu ; le chagrin ne vient qu’après le plaisir et toujours, à la connaissance du bien, se joint le souvenir de quelque joie passée. Il est dans la n ture de l’homme d’être libre et de vouloir l’être ; mais il prend très facilement un autre pli, lorsque l’éducation le lui donne. Disons donc que, si toutes les choses auxquelles l’homme se fait et se façonne lui deviennent naturelles, cependant celui-là seul reste dans sa nature qui ne s’habitue qu’aux choses simples et non altérées : ainsi la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude ; comme il arrive aux plus braves courtauds1 qui d’abord mordent leur frein et puis après s’en jouent ; qui, regimbent naguère sous la selle, se pré- sentent maintenant d’eux-mêmes, sous le brillant harnais, et, tout fiers, se rengorgent et se pavanent sous l’armure qui les couvre. Ils disent qu’ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont ainsi vécu. Ils pensent qu’ils sont tenus d’endurer le mors, se le persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent. Mais les années donnent-elles le droit de mal faire ? Et l’injure prolongée n’est-elle pas une plus grande injure ? Toujours en est-il certains qui, plus fiers et mieux inspirés que les autres, sentent le poids du joug et ne peuvent s’empêcher de le secouer ; que ne se soumettent jamais à la sujétion et qui, toujours et sans cesse (ainsi qu’Ulysse cherchant, par terre et par mer, à revoir la fumée de sa maison), n’ont garde d’oublier leurs droits naturels et s’empressent de les revendiquer en toute occasion. Ceux-là ayant l’entendement net et l’esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants en- croûtés, de voir ce qui est à leurs pieds, sans regarder ni derrière, ni devant ; ils rappellent au contraire les choses passées pour juger plus sainement le présent et prévoir l’avenir. Ce sont ceux qui ayant d’eux-mêmes l’esprit droit, l’ont encore rectifié par l’étude et le savoir. Ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et bannie de ce monde, l’y ramènerait ; car la sentant vivement, l’ayant savourée et conservant son germe en leur esprit, la servitude ne pourrait jamais les séduire, pour si bien qu’on l’accoutrât. »

Discours de la servitude volontaire

Etienne de la Boétie

1 Personne de petite taille et assez forte

Document 2

Un loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire loup l’eût fait volontiers;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le malin était de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc, l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
«Il ne tiendra qu’à vous, beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui répartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien:
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d’assuré; point de franche lippée ;
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin.»
Le loup reprit: «Que me faudra-t-il faire?
-Presque rien, dit le chien: donner la chasse aux gens
Portants bâtons et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire:
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons:
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.»
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse
Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
“Qu’est-ce là? Lui dit-il. – Rien. – Quoi? Rien? -Peu de chose.
Mais encore? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas
Où vous voulez? – Pas toujours; mais qu’importe?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.”
Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encore.

Le loup et le chien

Jean de la Fontaine

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