Annales concours Carrières Sociales 2013 – IRTS Champagne Ardennes. Concours ASS, EJE et ES.


Annales concours Carrières Sociales – IRTS Champagne Ardennes 2013
ASS- EJE – ME

Durée : 2 heures

Des vertus de la paresse 

« Bouge pas comme ça, tu me fatigues », lance Alexandre à son chien. « Toi aussi, faut que tu remues, que tu cavales, mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? On a le temps. Faut prendre son temps. Faut prendre le temps de prendre son temps. » Un an avant 1968, Yves Robert dans le film Alexandre le Bienheureux nous conviait à un hymne à la paresse à travers le portrait d’un homme qui, à la mort de sa femme, décide de tout plaquer et de se reposer enfin, au grand dam des autres.

Car la paresse dérange quand elle n’est pas odieuse. Si rares sont ceux aujourd’hui à y voir un péché au sens fort, elle reste l’objet d’une sérieuse désapprobation morale.

« La paresse est mère de tous les vices », répète-t-on à l ’envi. Travailler c’est bien, fainéanter c’est mal. La messe est dite.

Mais pourquoi, alors qu’il est si doux de lézarder, le travail est-il tant valorisé ? C’est une longue histoire qu’éclaire Domi­nique Méda, dans Le Travail. Une valeur en voie de disparition (Flammarion, 1995). Dans la Grèce et la Rome antiques, l’activité productive à laquelle l’homme est astreint pour satisfaire ses besoins maté­riels et sa survie n’est guère valorisée. Les esclaves pourvoient aux tâches serviles pour que les hommes libres puissent se consacrer à ce qui est proprement humain : l’art, la philosophie, la politique… Une conception que l’on retrouve dans l’opposition que font les Romains entre otium et labor : l’otium est le loisir dans lequel l’homme s’épanouit, le travail est une servitude.

Il faudra bien des siècles pour renverser cette échelle de valeurs et faire du travail non plus seulement une nécessité mais une valeur. [ … ] En réalité, ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge que la valorisation du t ra-vail prend véritablement son essor. Peu à peu, au fil des siècles, l’otium devient sy­nonyme de paresse et le travail une valeur centrale. L’économie politique au XVIII siècle, Adam Smith au premier chef, per­çoit le travail comme le principal facteur de création de richesse et le centre de la vie sociale. Le XIXe siècle va plus loin encore en en faisant l’essence même de l’homme. Ainsi pour Karl Marx, l’homme est devenu ce qu’il est par le travail : c’est le travail qui modèle le monde et la nature et qui humanise l’homme en lui permettant d’exprimer son individualité. [ … ] Le tra­vail est peu à peu devenu le centre de la vie sociale et de la vie productive. [ … ]

[ … ] La question de la place du travail dans la société est aujourd’hui plus vive que jamais. Le développement des techno­logies a permis une augmentation impor­tante de la productivité et a soulagé les hommes de nombreuses tâches ingrates ; pourtant le travail occupe encore une très large place dans nos existences. Alors que c’est encore sur lui que repose largement la distribution des richesses, il n’est pas éga­lement réparti. Une frange de la population s’en trouve exclue et souffre tant des con­ditions matérielles à laquelle elle est réduite que du regard porté sur elle. [ … ] Face à ce problème social, il1 préconise de réduire le temps de travail, de repenser la distribution des richesses autrement que sur la base de la production et de dévelop­per davantage ce qu’il appelle le « tiers secteur », autrement dit l’économie sociale et la sphère associative qui oeuvrent au bien-être d’autrui. Une vision qui rejoint celle de D. Méda : elle en appelle égale­ment à désenchanter le travail, c’est-à-dire relativiser sa place dans nos sociétés au profit des activités sociales et politiques, qui développent l’autonomie et la coopéra­tion. La vie humaine ne se résume pas à la production. Travailler moins, est-ce pares­ser ?

[ … ] Ne pourrait-on pas concevoir une société où chacun serait libre de choisir de travailler plus ou moins ? Le film Attention danger travail2 éclairait ainsi le choix de ceux qui ont pris le parti en dépit de tout de ne pas travailler. Loin de l’image du chô­meur déprimé, ils montrent qu’il est pos­sible de s’épanouir et d’avoir une vie so­ciale riche hors du travail. Les tenants de la décroissance enjoignent pour leur part à consommer moins, à travailler moins et à réformer en profondeur les modes de vie et notamment notre consommation. Une question de survie expliquent-ils, pour ré­duire l’impact écologique et le prélèvement des ressources naturelles, mais aussi une volonté de promouvoir d’autres valeurs : l’altruisme, la coopération, le loisir… Outre que cela favoriserait notre épanouis­sement, un p eu de paresse sauverait-il le monde ? Ce n’est peut-être pas si impro­bable. De quoi justifier en tout cas pour l’auteure de ces lignes qu’elle s’autorise un peu de repos.

Catherine Halperm. Article de la rubrique « Nos péchés Capitaux » Août-septembre 2008.Science humaines N°196

1Jérémy Rifkin (économiste)

2Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe, Attention danger travail, film documentaire, 2003.

Première question

Dans un paragraphe rédigé d’une vingtaine de lignes maximum, vous présenterez les idées essentielles du texte.

Deuxième question

« Travaillez moins, est-ce paresser ? » Vous répondrez à cette question dans un développement structuré, argumenté et illustré d’exemples.