Concours Infirmier 2014. Ifsi PACA. Professionnels Non Bacheliers.Epreuve de Culture Générale.


Concours Infirmier 2014

Epreuve de Culture Générale

Ifsi de Paca

Durée: 2h

Professionnels non bacheliers

Nos modèles d’alimentation sont-ils durables ?

Les Français ont toujours eu une relation privilégiée avec leur alimentation. Manger est un plaisir quotidien et partagé obéissant à certaines règles : la convivialité, la diversité, le respect d’horaires fixes et la structuration des repas autour de trois plats principaux. Ce modèle est un des moteurs les plus dynamiques de l’économie de notre pays, premier producteur agricole de l’Union européenne. Mais cet attachement au bien manger évolue en fonction de nos modes de vie et de consommation.

«Nos habitudes alimentaires ont été bouleversées par l’ère industrielle : mécanisation, utilisation d’engrais et de pesticides, intensification des cultures, etc. En 50 ans, nous sommes passés d’une alimentation issue de produits de campagne à une alimentation industrielle à base de produits transformés. Cette révolution verte a montré ses limites écologiques. Il va falloir corriger tous les défauts du système actuel et nourrir l’humanité avec des ressources renouvelables », explique Christian Rémésy, chercheur et nutritionniste à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

Des choix satisfaisants pour l’homme et la planète

Le contenu des assiettes varie selon les pays, mais une tendance globale se dessine : une surconsommation calorique avec une forte proportion de produits transformés ou d’origine animale.

En devenant chasseur puis éleveur, l’homme a inscrit la consommation de produits animaux dans son organisation sociale. Dans nos pays développés, la production de viande capte une part importante des terres cultivables. Or, produire 1 kg de protéines animales nécessite 12 à 15 kg de protéines végétales. Aujourd’hui, un tiers de nos apports provient de produits d’origine animale, un modèle répondant de moins en moins à des critères de durabilité.

Une alimentation durable est saine et équilibrée, adaptée à nos besoins nutritionnels. Elle est produite, transformée et distribuée tout en préservant notre environnement et nos ressources naturelles. Toute la chaîne alimentaire est concernée : culture, production, conditionnement, transport, distribution, consommation et déchets. «Les modèles alimentaires des pays industrialisés posent des problèmes de santé (surpoids, obésité et maladies dites “non transmissibles”), environnementaux (pollution des nappes phréatiques, gaz à effet de serre, érosion de la biodiversité. ) et sociaux. En effet, la planète produit largement plus que ce dont elle a besoin pour nous nourrir, mais de plus en plus de personnes n’ont pas accès à la nourriture : deux millions d’individus souffrent de la faim ou de carences alimentaires et un milliard d’obésité » commente Nicolas Bricas, sociologue au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). La durabilité passera par une modification de nos modes de transport et d’approvisionnement et surtout de nos pratiques alimentaires.

« Nous avons intérêt à devenir plus frugaux »

Aujourd’hui, la planète met à notre disposition l’équivalent de 2 800 kilocalories (kcal) par jour et par personne, une « disponibilité alimentaire » moyenne calculée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organisation). Selon les nutritionnistes, une ration alimentaire moyenne de 2 500 kcal est suffisante, mais elle peut aller jusqu’à 4 000 kcal dans les pays développés. Indispensables à l’être humain, les apports en protéines atteignent des niveaux trop élevés. « Nos besoins sont essentiellement d’origine végétale. Il serait facile de réduire de 15 % notre consommation de produits animaux, ce qui aurait des effets considérables sur le plan écologique : moins d’obligation à intensifier l’agriculture et les élevages concentrationnaires d’animaux et plus de biomasse. Il faut se diriger vers un comportement néovégétarien et une meilleure transformation des produits. Le bio et les échanges équitables — ils peuvent se faire tout simplement avec nos propres paysans — ont leur place dans cette façon de développer l’alimentation durable » propose Christian Rémésy.

Soixante-sept pour cent des consommateurs français sont prêts à payer plus chers des produits respectueux de l’environnement et du bien-être animal et 56 % des produits issus du commerce équitable. Enfin, toute une partie de la production destinée à l’alimentation humaine est perdue : des pertes estimées à plus d’un tiers de la production. Pour exemple, chaque Français gaspille chaque année 7 kg d’aliments emballés qui n’ont pas été consommés ou n’ont pu se conserver. Cette déperdition s’ajoute aux 13 kg de déchets (par an et par personne également) dus aux restes des repas et des emballages qui représentent 20 % du poids des déchets ménagers. « La contrainte énergétique va forcer tout le inonde à s’adapter. On ne pourra pas se passer d’une réflexion sur notre surconsommation. On gaspille et on consomme trop » conclut Nicolas Bricas.

Anne-Sophie Prévost, MNH Revue, n° 176, 2012

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