Concours d’entrée concours ES EJE centre d’Amiens épreuve de Culture Sanitaire Sociale session 2010

Annales concours AMIENS – 2010.

Educateur spécialisé, Assistant de service social et d’Educateur de jeunes enfants.

” LA RECONNAISSANCE AU TRAVAIL”

Rencontre avec Christophe DEJOURS.

L’être humain aurait un besoin fondamental de reconnaissance. Quelle forme prend-il dans le travail ?

La première question qui se pose est : pourquoi les gens se mobilisent-ils dans leur travail ? Parce qu’en échange de ce que j’appelle la contribution, ils espèrent une rétribution. Et celle-ci prend une forme très claire. Contrairement à ce que l’on croit, la rétribution principale est symbolique ou morale : la reconnaissance. Il y a bien sûr des formes matérielles de rétribution, comme le salaire ou les primes. Mais l’efficacité de l’argent dépend de la dimension symbolique. Certains touchent des salaires extraordinaires et travaillent pourtant sans enthousiasme. Je rencontre dans mon cabinet des ingénieurs avec un salaire aux alentours de 10 000 euros par mois et qui se sentent démotivés parce que, par exemple, un de leurs collègues bénéficie d’une position de prestige telle qu’ils se sentent floués. A l’inverse, les infirmières, dont le salaire est bas, mais qui bénéficient d’une forte reconnaissance sociale, sont capables de s’investir dans leur travail de façon illimitée.

Mais la reconnaissance ne s’exprime pas n’importe comment. Il ne suffit pas d’une bonne tape dans le dos. Elle passe par deux grandes formes de jugement.

Le premier est le jugement d’utilité (économique, technique ou sociale) sur le service rendu par un opérateur. Qui peut juger de l’utilité de quelqu’un ? Ce sont ses supérieurs hiérarchiques, bien sûr, mais aussi ses subordonnés. Ceux-ci portent un jugement sévère sur l’utilité de leur chef. Les gens sont très attachés à ce jugement d’utilité. C’est pourquoi la mise au placard est si douloureuse. Lorsque des travailleurs ne sont plus reconnus comme utiles, malgré leur salaire, ils tombent malades.

Le deuxième jugement est celui de beauté. Il confirme que le travail accompli respecte les règles, que les solutions trouvées sont simples, dépouillées. Ce jugement de beauté contient lui-même deux niveaux. Tout d’abord, le niveau de conformité. Face à un tableau électrique, un électricien peut s’exclamer « ça, c’est du beau boulot! » Cette appréciation signifie généralement que le tableau est lisible, clair, qu’il va pouvoir intervenir dessus sans risque d’électrocution, en un mot, qu’il respecte les règles de l’art. C’est justement parce qu’il faut connaître les règles de l’art que le jugement de conformité est porté par les pairs, ceux qui partagent le même savoir. Ce jugement confère alors à celui qui le reçoit l’appartenance à un métier, à un collectif de travail. S’il respecte les règles de travail, il est admis dans le cercle. Cela permet de conjurer la solitude. Lorsque le jugement de conformité est acquis, on peut espérer accéder au deuxième jugement de beauté : l’originalité. Ce qui fait qu’on reconnaît le style de quelqu’un, le « plus ». On accède alors à l’identité, ce par quoi, je ne suis à nul autre pareil.

On voit donc que dans le travail, la reconnaissance porte sur le faire. Ce n’est qu’après que l’on peut rapatrier ce jugement sur le faire dans le registre de l’être.

Extrait de la revue « Sciences Humaines, octobre 2002. 

DISSERTATION :
A partir de ce texte, pensez-vous qu’on travaille pour être reconnu ? Argumentez votre point de vue, et illustrez avec un ou deux exemples.

DEUX COPIES MAXIMUM.

Durée de l’épreuve : 3 HEURES.

Prépa social – Concours Travail social – Prépa sociale – Concours Educateur spécialisé – Concours Educatrice jeunes enfants – EJE- ES- AS Paramédical – Concours Assistante sociale – Méthodologie Concours social – Sujets concours éducatrice jeunes enfants – Institut du travail social – Sujets concours assistante sociale – Annales concours social 2010 – Sujets concours educateur spécialisé – Concours amiens picardie